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Dans le contexte des événements qui se déroulent entre le Liban et l’ennemi, il est nécessaire d’examiner de près plusieurs points. Le plus important d’entre eux est de déterminer la source des informations relatives à la reconstruction des capacités du Hezbollah.

Ibrahim Al-Amine

Tout a commencé par des fuites provenant de l’entité occupante vers des chaînes de télévision financées par l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, dans lesquelles il était question d’Israël surveillant la croissance des efforts du Hezbollah pour reconstruire ses capacités. La presse ennemie a ensuite pris le relais directement à travers une série de reportages, d’articles de presse et de déclarations accompagnés d’une première vague de menaces. Le représentant de l’armée d’occupation, au sein de la commission « Makainz », a accusé le représentant de l’armée libanaise de ne rien faire pour mettre fin aux activités du Hezbollah. Le représentant américain, qui « comprend les préoccupations israéliennes » concernant la situation au Liban, a approuvé ces propos avant d’ajouter que l’armée libanaise pouvait faire beaucoup de choses.

Pendant ce temps, Morgana Ortagus se chargeait de transmettre les messages de son administration, qui « ne voit pas pourquoi les dirigeants devraient tenir compte du Hezbollah dans les dossiers des armes et des négociations ». puis elle a relayé ce qu’elle dit avoir « appris d’Israël, à propos de détails intéressants sur ce que fait le Hezbollah pour reconstruire ses capacités », pour conclure qu’« Israël n’attendra pas longtemps et qu’il est prêt à tout moment à mener à bien une mission de désarmement, si le Liban refuse de le faire ».

Pendant ce temps, l’émissaire politique Tom Barak « réprimandait » les responsables libanais pour leur « inaction » et leur manque d’initiative dans la mise en œuvre d’un projet de règlement global avec Israël. Barak a ensuite développé sa position en déclarant que le Liban « n’avait qu’une seule chance d’empêcher la reprise de la guerre, à savoir que les autorités libanaises acceptent d’entamer des négociations directes avec Israël et que l’armée libanaise se voie accorder des pouvoirs supplémentaires pour désarmer le Hezbollah dans tout le Liban ». Mais Barak, qui ne semble pas apprécier sa collègue Ortagus, est revenu sur ses propos concernant les « nombreuses options dont dispose Israël », ajoutant toutefois, à l’intention de ceux que cela intéresse, qu’« il n’est pas logique que le Liban attende des États-Unis qu’ils empêchent Israël de faire ce qu’il juge approprié pour protéger sa sécurité ».

Le point commun à toutes ces déclarations est qu’Israël n’est pas prêt à donner des garanties quant à la fin de ses agressions contre le Liban. Il ne considère pas que le simple fait de négocier l’oblige à prendre des mesures concrètes. Et bien que toutes les déclarations des dirigeants ennemis n’aient pas abordé la question des négociations, ni de près ni de loin, Israël a informé les canaux de médiation qu’il attendait que le Liban annonce officiellement sa volonté de négocier directement avec lui.

Ce qui a été proposé au Liban et à la résistance n’est pas seulement une négociation directe, mais des concessions préalables et confirmées sans aucune garantie de la part d’Israël de mettre fin à l’agression.

Avec le temps, l’ennemi s’est empressé d’envoyer des éclaircissements par l’intermédiaire de représentants étrangers et régionaux, affirmant que « les négociations ne sont pas une condition suffisante pour offrir des garanties de sécurité ou prendre des mesures de bonne volonté », Les dirigeants ennemis ont même répété qu’ils « voulaient que le Liban prouve, pendant les négociations, qu’il dispose d’un mécanisme garantissant la mise en œuvre de tout accord de sécurité, et qu’après avoir testé ce mécanisme, Israël examinerait ce qu’il doit faire ».

Mais le plus important dans tout cela, c’est qu’Israël a demandé aux Américains d’être francs avec le Liban une dernière fois, en lui disant que « il ne s’agit pas de négocier la mise en œuvre de l’accord du 27 novembre 2024 ou de poursuivre la mise en œuvre de la résolution 1701, mais que les négociations porteront sur un accord de sécurité complet, que le Liban doit oublier l’accord de cessez-le-feu et comprendre que la résolution 1701 n’est plus à l’ordre du jour et qu’il ne faudra que quelques mois pour s’en débarrasser, grâce au lancement du programme de démobilisation des forces de l’ONU présentes au Liban ».

Le débarquement égyptien

Dans ce contexte, le Liban recevait différents messages sur l’importance de tirer parti de « la porte ouverte après l’accord de Gaza ». C’est ce que les Américains ont laissé entendre lors de certaines réunions, mais selon plusieurs sources bien informées, Washington aurait discuté de la question avec l’Égypte, par l’intermédiaire du médiateur américain Steve Witkow, qui a conseillé au Caire d’envoyer un représentant pour discuter avec la partie israélienne, puis de préparer une initiative égyptienne. C’est dans ce contexte que le directeur des services de renseignement égyptiens, le général Hassan Rachad, s’est rendu à Tel-Aviv pour rencontrer les dirigeants politiques, militaires et sécuritaires de l’ennemi, comprenant que Washington s’intéressait à autre chose qu’à la simple « protection de l’accord de Gaza » et à l’importance d’un lien entre celui-ci et le dossier libanais.

Il ressort clairement des discussions que le général a eues lors de sa visite à Beyrouth et de ce qui a été dit en marge de la cérémonie égyptienne au Grand Musée que Rachad a entendu en Israël des propos directs sur ce qu’il considère comme une « menace persistante ». Un haut responsable lui aurait clairement dit qu’Israël « ne considère pas que le compte soit réglé avec le Hezbollah, l’Iran, le Yémen ou même l’Irak », ce qui a amené l’homme à conclure qu’Israël « semble se préparer à une nouvelle série de guerres et pourrait prendre l’initiative de frapper ceux qu’elle considère comme les sbires de l’Iran, afin de pouvoir ensuite porter un coup fatal à l’Iran », et qu’elle « voit un lien fort et durable entre le Liban, l’Irak, le Yémen et l’Iran, ainsi qu’avec le Hamas ». Indépendamment du malaise certain que lui inspire « l’arrogance manifeste dans les propos et les actes des dirigeants israéliens », il est revenu discuter de la question avec les États-Unis, avant que l’Égypte ne fasse un pas en avant, qui ne semble pas sans rapport avec ce qui se passe.

Il est même difficile de croire que Le Caire, qui se vante de voir son rôle revenir en force à Gaza, cherche à combler les vides existants dans la région, qu’il n’est pas disposé à laisser à l’Arabie saoudite, aux Émirats arabes unis ou même à la Turquie. Mais surtout, Le Caire entretient aujourd’hui de bonnes relations avec les Américains, ce qui lui permet une coordination fructueuse, notamment entre Rachad et Witekoff.

Lorsque Rachad s’est rendu à Beyrouth, une série de réunions ont été organisées en public, tandis que d’autres se sont tenues à l’abri des médias. Leur contenu peut être résumé comme suit :

Premièrement : Israël mène des opérations sécuritaires et de renseignement afin de porter un coup dur et douloureux au Hezbollah, et l’idée d’assassiner des dirigeants importants des ailes politique et militaire est à l’ordre du jour des services de renseignement et de l’armée.

Deuxièmement : Israël se considère en position de force et capable de mener une campagne aérienne qui brisera le Hezbollah et ses alliés au Liban, et de faire de même en Irak et contre les Houthis.

Troisièmement : la stratégie opposée doit reposer sur le fait que Washington est prêt à faire pression sur Israël (sur Benjamin Netanyahu en particulier), mais cela nécessite des mesures concrètes de la part du Liban, qui doivent être coordonnées avec le Hezbollah.

Quatrièmement : Le Caire considère qu’il a remporté une victoire en empêchant le déplacement des habitants de Gaza, et il n’appelle pas à l’élimination du Hamas, pas plus qu’il ne considère que la sécurité nationale arabe passe par l’écrasement du Hezbollah, mais il estime que le parti doit réfléchir à la situation d’une manière différente de celle qu’il a adoptée jusqu’à présent.

Cinquièmement : Le Caire a trouvé une formule opérationnelle et convaincante pour les Américains, qui ne se limite pas à l’annonce par le Liban de son accord pour entamer des négociations directes ou indirectes, mais exige que le Hezbollah annonce lui-même des mesures telles que l’initiative de remettre toutes ses armes dans la région sud du Litani et qu’il s’engage clairement à ne pas cibler Israël. Dans ce cas, la question du sort de ses armes au nord du Litani serait gelée, et le climat serait alors propice au lancement de négociations visant à atteindre les objectifs principaux, à savoir le retrait complet d’Israël, la délimitation des frontières terrestres, la libération des prisonniers, puis l’ouverture de la voie à la reconstruction.

Le Hezbollah et l’inconnu

Pour sa part, le Hezbollah n’a pas hésité à exprimer sa position, déclarant ouvertement que toutes les initiatives ne visent qu’à contraindre le Liban à renoncer à l’accord du 27 novembre, et que les Égyptiens, tout comme les Américains et les autres, n’ont pas la capacité de convaincre Israël dès qu’un cessez-le-feu est conclu, alors comment pourraient-ils garantir son respect de tout accord ? L’expérience syrienne est évidente et n’encourage personne à aller de l’avant avec une quelconque initiative. Bien sûr, le Hezbollah n’avait pas besoin de dire à ceux que cela concerne que les États-Unis eux-mêmes n’ont pas garanti la sécurité du Qatar contre l’agression israélienne. Comment les États-Unis, l’Égypte ou d’autres pays pourraient-ils garantir le comportement de l’ennemi au Liban ?

Dans la pratique, le Hezbollah a estimé qu’il était de son devoir de prendre une position claire et appropriée, en précisant les points suivants :

Premièrement, le parti est attaché à l’accord de cessez-le-feu, il n’est pas en position offensive et il comprend parfaitement les termes de l’accord signé le 27 novembre. Il est donc absurde de lui demander de prendre des engagements pour satisfaire Israël.

Deuxièmement, le parti, qui a participé aux négociations sur la délimitation maritime, ne s’oppose pas à l’idée d’étendre le champ d’action du « mécanisme », mais souhaite que cela se fasse dans un cadre qui ne pousse pas le Liban vers un accord de paix ou une normalisation avec Israël.

Troisièmement : la résistance ne parle jamais de son action, elle a pris la décision consciente de passer à « l’inconnu », et personne au sein du Hezbollah ne parle de l’aspect militaire. Le parti n’est en aucun cas responsable des propos tenus par ses partisans ou ses adversaires, il est même agacé par bon nombre de ces propos.

Quatrièmement, et c’est le plus important, la résistance a rappelé à tout le monde qu’elle exercerait son droit à la défense, et c’est peut-être cela qui a provoqué la colère américaine, saoudienne et israélienne qui s’est traduite hier par le lancement d’une nouvelle phase d’escalade…

Al Akhbar