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Téhéran (IRNA)-La visite du ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araqchi, à Paris constitue, selon l’expert et analyste politique iranien, Morteza Makki, un signal clair de la volonté de Téhéran de réactiver la dynamique politique autour du dossier nucléaire. Malgré l’escalade des tensions avec la troïka européenne après la résolution récente du Conseil des gouverneurs de l’AIEA, l’Iran et la France tentent de recréer un climat favorable à une nouvelle phase de dialogue.
Morteza Makki souligne que la situation actuelle — marquée par les pressions politiques, économiques et sécuritaires, ainsi que par les changements intervenus depuis la guerre des Douze Jours — impose à l’Iran de redéfinir son approche diplomatique. Les sanctions et les pressions occidentales n’ont pas permis d’avancer vers une solution, et seule une initiative politique peut désormais débloquer l’impasse.
La France, plus active que le Royaume-Uni et l’Allemagne sur le dossier nucléaire, pourrait jouer un rôle de médiateur entre Téhéran et Washington, surtout dans un contexte où des États comme Oman ou le Qatar ne disposent plus de la même marge de manœuvre dans la conjoncture actuelle. Paris cherche également à se distinguer de ses partenaires européens en explorant les dernières options diplomatiques disponibles.
M.Makki rappelle toutefois que les Européens, rapprochés des positions américaines et israéliennes, compliquent la perspective de négociations efficaces. Le retour au JCPOA (acronyme anglais du Plan global d’action conjoint sur le nucléaire iranien de 2015 (PGAC) ayant échoué à plusieurs reprises, en raison du non-respect des engagements par l’Occident , l’Iran doit désormais optimiser les opportunités faire attention aux signaux envoyés.
S’agissant de la capacité de pays comme la France à ouvrir une nouvelle voie diplomatique entre l’Iran et l’Occident, malgré les exigences maximalistes du président américain, Morteza Makki rappelle que les attentes françaises à l’égard de l’Iran sont clairement reflétées dans la résolution qu’elles ont soutenue au Conseil des gouverneurs de l’AIEA. Il précise cependant que la récente visite d’Araghchi au Caire et l’accord conclu avec Rafael Grossi — signé avant l’activation du mécanisme de retour automatique des sanctions contre l’Iran — ont été accueillis favorablement par Emmanuel Macron, qui y voyait un pas constructif dans le cadre de la coopération avec l’Agence et une occasion de rouvrir un canal de dialogue avec l’Occident. Le président français a toutefois reconnu qu’il manque en Iran un consensus interne pour mettre en œuvre pleinement cette approche.
Makki estime que si la France acceptait de s’appuyer sur les principes inscrits dans l’accord du Caire, et si elle posait des actes concrets visant à alléger les sanctions en contrepartie de la coopération iranienne, cela pourrait constituer un point de départ réaliste et équilibré pour des discussions avec l’Occident. Mais il souligne aussi que le niveau élevé de tensions rend difficile toute prévision quant aux résultats potentiels de telles négociations. Selon lui, on peut au mieux espérer que ces démarches contribuent à mettre fin à l’immobilisme politique imposé à l’Iran dans ses relations avec l’Ouest.
Le rôle incertain des médiateurs
Makki revient également sur les rumeurs évoquant une éventuelle médiation du prince héritier saoudien entre l’Iran et les États-Unis lors d’une rencontre à Paris — un récit dénué de fondement, précise-t-il. Il rappelle que tant que Washington maintiendra des exigences dépassant les lignes rouges de l’Iran, la question du rôle d’un médiateur, saoudien ou autre, demeure incertaine.
Selon lui, l’ampleur de la crise entre Téhéran et Washington est telle que les deux parties pourraient difficilement trouver un terrain d’entente dans un dialogue strictement bilatéral. L’Iran, attaché à des discussions indirectes fondées sur le respect mutuel, voit dans la médiation l’un des rares moyens restants pour maintenir un canal de dialogue. Makki estime toutefois que les médiateurs ne peuvent aider que jusqu’à un certain point et que, dans certaines situations, l’Iran et les États-Unis pourraient parvenir eux-mêmes à mieux comprendre les positions de l’autre, même sans intermédiaire.
Le voyage à Paris d’Araghchi à Paris montre la volonté de l’Iran de faire avancer la diplomatie
Pour l’interlocuteur de l’IRNA, il est difficile d’être optimiste quant au rôle de médiateurs, compte tenu des pressions politiques, économiques et sécuritaires exercées par les États-Unis et de leur refus de s’engager dans une négociation équilibrée. Il admet cependant que, dans le contexte particulier de la personnalité de Donald Trump — qui cherche à inscrire son nom dans des initiatives de paix et se montre sensible à l’idée d’un geste symbolique — des figures comme Mohammed ben Salmane, proche de lui, pourraient contribuer à ouvrir une fenêtre d’opportunité. Une telle médiation pourrait, selon Makki, déboucher sur un arrangement bénéfique pour les deux parties si elle est menée de manière réaliste.
Il rappelle toutefois que l’establishment politique américain, qu’il soit démocrate ou républicain, reste profondément hostile à l’Iran. À ses yeux, si une ouverture doit voir le jour sous une administration Trump, elle ne pourrait passer que par des personnalités d’influence qui entretiennent déjà une relation privilégiée avec lui et qui comprennent la nécessité de tenir compte des revendications légitimes de l’Iran.