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Chine, Etats-Unis, Raymond R.M. Tai, Taiwan, Volontaires pour la Paix
Raymond R.M. Tai, ancien ambassadeur de la République de Chine (Taïwan) auprès du Vatican, affirme que la paix à notre époque ne peut être atteinte qu’avec les autres, et non contre quelqu’un.

Texte de l’ambassadeur Raymond R.M. Tai
Ce matin, j’ai lu sur Internet que Cheng Li-wen, la nouvelle présidente élue du Kuomintang (KMT), avait déclaré à la communauté internationale que Taïwan ne devait pas être un « fauteur de troubles », mais un « artisan de la paix ». Je soutiens sans réserve cette déclaration et je pense qu’elle reflète également le souhait de la grande majorité de nos compatriotes à Taïwan, Penghu, Kinmen et Matsu.
Je me souviens qu’en 2000, lorsque Chen Shui-bian, du Parti démocratique progressiste (DPP), a été élu 10e président de la République de Chine, j’ai présenté ma démission au président Lee Teng-hui de mon poste d’ambassadeur auprès du Saint-Siège, conformément aux conventions de transition entre les partis. Le président Lee n’a pas pris de décision avant de quitter ses fonctions. Après son entrée en fonction, le président Chen a envoyé le nouveau ministre des Affaires étrangères, le professeur Tien Hung-mao, au Vatican pour me demander de rester. J’ai accepté de rester temporairement et j’espérais que la nouvelle administration nommerait rapidement un successeur approprié.
En septembre, je suis retourné à Taïwan pour prendre mes fonctions. Lorsque le président Chen m’a rencontré, il m’a demandé pourquoi le petit Vatican entretenait des relations diplomatiques avec plus de 170 pays, y compris tous les membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU à l’exception de la Chine, et même des pays communistes comme Cuba. Je lui ai expliqué que le Saint-Siège était un État neutre et non aligné. Aux Nations unies, il a le statut d’« observateur », ce qui signifie qu’il ne vote ni pour ni contre aucune question internationale, mais se contente de proclamer le message selon lequel l’humanité doit s’unir et le monde doit rechercher la paix. Il n’a donc pas d’ennemis, seulement des amis.
Le président Chen m’a alors demandé si j’avais des propositions concrètes. J’en avais en fait préparé une à l’avance : la création d’une « Fondation pour la paix mondiale » sur le modèle du prix Nobel de la paix, afin de faire écho aux messages annuels du pape en faveur de la paix et de contribuer à façonner l’image de Taïwan en tant que société éprise de paix. Mon raisonnement était que Taïwan ne pourrait jamais rivaliser avec la puissance nationale de la Chine continentale. Au lieu d’investir massivement dans la force militaire, comme l’achat de 150 chasseurs F-16, pourquoi ne pas allouer le coût d’un seul avion de chasse (50 millions de dollars américains) à la création d’une fondation qui récompense les personnes et les institutions qui promeuvent la paix dans le détroit de Taiwan et dans le monde ? Cela ne diminuerait pas notre force défensive, mais nous donnerait l’impression favorable d’« investir dans la défense » tout en « investissant dans la paix ». Le président Chen a approuvé en hochant plusieurs fois la tête et a chargé le secrétaire général adjoint Eugene Y. H. Chien, qui était présent, de coordonner les évaluations avec les ministères de la Défense nationale et des Affaires étrangères.
Trois ans plus tard, en 2003, je suis retourné à Taïwan pour prendre mes fonctions. Le président Chen m’a dit qu’il avait déjà accepté ma suggestion et créé une fondation. Je n’ai pas posé de questions à ce sujet sur le moment, mais j’ai interrogé plus tard le ministre des Affaires étrangères Eugene Chien. Il m’a répondu que la fondation s’appelait « Taiwan Foundation for Democracy » (Fondation taïwanaise pour la démocratie). À ce moment-là, j’ai été alarmé : cette fondation était essentiellement calquée sur le modèle de la fondation anticommuniste américaine « National Endowment for Democracy » (Fondation nationale pour la démocratie). Comment une telle fondation pouvait-elle promouvoir la réconciliation entre les deux rives du détroit et la paix mondiale ?
En juillet de cette année-là, après la visite de Mme Chen, la Première Dame, au Vatican, ma demande de démission en tant qu’ambassadeur auprès du Saint-Siège a finalement été approuvée. Avant de retourner à Taïwan au début de l’année suivante, le 8 janvier 2004, je suis allé avec ma femme et ma fille voir le pape Jean-Paul II pour lui faire mes adieux. Il a exprimé l’espoir qu’après ma retraite, je continuerais à « promouvoir la paix et à faire la paix ». Cela correspondait parfaitement à mon aspiration à être un « instrument » de paix. Après près de huit ans passés au Vatican, j’avais été profondément influencé par la « Prière pour la paix » de saint François d’Assise, qui commence ainsi : « Seigneur, fais de moi un instrument de ta paix ». Après tout, promouvoir la paix mondiale est le devoir de tout diplomate.
Cela fait maintenant 21 ans que j’ai pris ma retraite. Je me suis toujours considéré comme un « volontaire pour la paix mondiale », dédié à la promotion de la réconciliation entre les deux rives du détroit, exhortant le Conseil du comté de Kinmen, en première ligne, à désigner le 23 août comme « Journée de la paix » et contribuant à faire de Kinmen un « pont » d’amitié et de coopération entre les peuples de Taïwan et de Chine continentale. J’appelle également nos citoyens à ne pas devenir les « pions » de la quête de domination des États-Unis, mais plutôt à être un « pont » d’entraide et de prospérité partagée entre les États-Unis et la Chine continentale.
Pour répondre à l’appel de la présidente Cheng Li-wen à devenir des « artisans de la paix », j’adresse un appel sincère, en tant que volontaire mondial pour la paix, à tous mes compatriotes de Taïwan, Penghu, Kinmen et Matsu :
Soutenons pleinement cette vision.
Devenons tous des volontaires pour la paix !