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Depuis longtemps, des gouvernants français servant des intérêts extérieurs vivent sur le pays, payant les Français de mots. Souhaitons que 2026 voie la fin du parti de l’étranger et le retour au réel!
Edouard Husson

Naturellement, nos vœux vont aussi à notre cher et vieux pays, si malmené par la corruption des dirigeants et le règne des idées fausses. Désignons le mal qui nous ronge pour ce qu’il est: le déni de réalité.
Déni de réalité
Contrairement à une idée facile, le déni de réalité ne touche pas l’ensemble de notre population de manière uniforme. Il est essentiellement le fait d’un monde dirigeant, qui mérite bien peu ce qualificatif. Les classes moyennes et populaires n’ont pas toujours la notion des risques que court le pays; mais, la plupart du temps, leur priorité est de joindre les deux bouts.
Depuis un demi-siècle, nos dirigeants, nos dirigeants ont systématiquement préféré leur incorporation au club des dirigeants occidentaux à l’intégration civique des étrangers et au bien-être de leurs concitoyens. Je voudrais qu’on prenne la mesure, par contraste, de la détérioration sociale qui caractérise notre pays. Et les “Gaulois réfractaires” comme les “habitants des quartiers” ont essayé de ne pas subir, sans arriver, faute de relais dans les élites, à trouver la traduction politique de leurs protestations.
Après tout, une majorité de Français, en 2005, a rejeté le traité constitutionnel européen, pour le voir réintroduit, en 2008, par un tour de passe-passe.
En 2017, Macron n’a été élu que par un membre sur trois du corps électoral. La crise des Gilets Jaunes a tellement effrayé le pouvoir qu’il a utilisé les confinements anti-COVID et la terreur des injections Pfizer obligatoires pour museler l’opinion et faire réélire un président sans légitimité.
Peut-être le tournant le plus décisif est-il survenu avec la Guerre d’Ukraine. Avant ce conflit, vous pouviez croire qu’il y avait encore une opposition, à droite ou à gauche. L’Ukraine a fait tomber les masques. La lâcheté de la droite soi-disant “nationale” et de la gauche prétendument “socialiste” face au conformisme hystérique imposé par les prescripteurs de l’OTAN a dissipé toutes les illusions.
La Guerre d’Ukraine, cependant, m’intéresse pour une raison bien plus profonde. Elle est le bon instrument de mesure du déni de réalité.
Ce que la Guerre d’Ukraine a révélé
Vladimir Poutine restera dans l’histoire non seulement comme le chef d’Etat qui a redressé la Russie abandonnée par Gorbatchev et Eltsine aux prédations du capitalisme financier occidental et de ses complices en Russie, mais aussi et surtout comme celui qui a osé défié Washington et révélé, par sa résistance victorieuse à l’OTAN, que le pouvoir unipolaire était nu.
Je comprends la rage de bien des petits marquis et des plumitifs qui ont fondé toute leur carrière sur l’adhésion au mondialisme financé par l’étalon-dollar. La fête est bientôt finie.
A vrai dire, mes articles depuis bientôt quatre ans en témoignent, je n’ai pas été surpris par la victoire militaire de la Russie. Elle était inévitable, prévisible dès le départ. Et il faut, soit ne pas s’être intéressé à la réalité militaire, soit être de mauvaise foi, pour avoir jamais cru que l’armée russe fût en difficulté réelle.
Il lui a fallu, simplement, s’adapter à plusieurs reprises à l’obstination de l’OTAN à nier le réel: refus de la paix à Istanbul en avril 2022, alors que l’armée ukrainienne avait été saisie d’effroi devant les premiers missiles hypersoniques russes utilisés sur le champ de bataille; lancement d’une nouvelle armée ukrainienne en septembre 2022 alors que la première avait été entièrement défaite; “contre-offensive” ukrainienne de l’été 2023, qui a tourné d’autant plus au désastre que l’OTAN a refusé de laisser les Ukrainiens combattre “à la soviétique”, leur imposant les procédures de combat de l’OTAN; opération de Koursk, à l’été 2024, dont l’unique fonction était d’empêcher que l’effondrement de la dette ukrainienne entraîne celle de la dette britannique. Et que dire de l’obstination de plus en plus vaine à combattre alors que Donald Trump offrait une chance de limiter les pertes territoriales à venir?
Je m’étonne qu’il n’y ait pas plus d’intellectuels, d’universitaires, d’analystes, en France qui fassent ce constat très simple: nos dirigeants ont sacrifié deux millions de soldats ukrainiens à leur envie de détruire la Russie. Nous rendons-nous compte de ce que cela signifie? Théoriquement, les Starmer, les Macron, les von der Leyen aiment les Ukrainiens et ils nous expliquent qu’il faut payer pour qu’ils puissent se battre, pour sauver la démocratie ! Sauver la démocratie en conduisant à ce qu’il y ait dix fois plus de pertes chez les Ukrainiens que chez les Russes? Cela nous dit, de manière terrifiante, que nos dirigeants sont prêts à nous sacrifier à leurs intérêts de classe, qu’ils nous sacrifient déjà largement.
Je ne veux pas donner à mon lecteur l’impression de trop bavarder en ce début d’année. Mais on pourrait tirer le même enseignement du génocide de Gaza. Le traitement réservé aux Palestiniens par les Israéliens avec le soutien des Etats-Unis et de la plus grande partie des Etats-membres de l’Union Européenne, nous dit d’une autre manière que l’Ukraine, mais avec le même résultat, quel sort nous réservent les valets du Pouvoir Washingtonien qui administrent notre pays pour le pouvoir globaliste.
Nous devons aux Ukrainiens envoyés à une mort inutile, nous devons aux Palestiniens qui résistent depuis quatre-vingt ans à un déracinement forcé, de les soutenir, d’arrêter le massacre. Si nous ne le faisons pas par empathie, faisons le par intérêt: ils sont le laboratoire de ce qui nous attend si nous ne nous révoltons pas contre l’ordre injuste du globalisme qui ne veut pas disparaître.
Refaire une France indépendante
Mais allons plus loin. Le devoir de la France, c’est de de dresser pour empêcher que le fascisme occidental nous entraîne à l’abîme. Voilà pourquoi ce qui doit nous inquiéter, comme Français, c’est l’inadaptation de notre armée aux conflits du futur. En se rappelant bien que les puissances les plus hostiles à nos intérêts ne sont pas des adversaires apparents, comme la Russie, mais de faux amis, comme l’Allemagne, la Grande-Bretagne, les Etats-Unis. Ce sont d’eux qu’il va falloir nous faire respecter, nous faire craindre, même. Pour cela nous devons recréer une armée indépendante.
Si l’on parcourt toute la gamme des armes nécessaires à la guerre moderne, des drones aux armes hypersoniques, notre alignement toujours renforcé sur l’OTAN nous a fait prendre un retard considérable. Au Pentagone, on sait bien qu’aucune guerre de haute intensité ne serait gagnée par les Etats-Unis contre la Russie ou la Chine, même prises séparément. A Paris, on se berce d’illusions. En tout cas dans les discours officiels. Dès qu’on s’éloigne du cercle des képis étoilés qui ont construit leur carrière sur “un passage par l’OTAN”, le discours devient plus sobre, inquiet même: je ne suis pas un militaire tenu au devoir de réserve et je peux témoigner que les officiers honnêtes ne savent pas si notre force de frappe atomique est encore en état de marche.
La Guerre d’Ukraine oblige à poser les questions qui fâchent. Non seulement nous avons raté le tournant de l’hypersonique, bien qu’étant la patrie de Jean-Pierre Petit mais nous avons rapidement perdu, dans les années 2000, l’avance que nous avions sur tous les autres en matière de drones. Nous serions incapables d’engager plus de 10 à 12 000 hommes en Ukraine, des unités d’élite que leurs chefs exposeraient à un massacre immédiat puisque, quelles que soient les qualités de nos combattants, ils n’auraient pas les moyens de la guerre électronique moderne et seraient des cibles faciles pour les drones ou les missiles hypersoniques russes.
J’ai eu plusieurs fois l’occasion de le dire ou de l’écrire en 2025: je ne me définis pas comme souverainiste mais comme indépendantiste. Je ne pense pas que l’enjeu pour notre pays soit simplement de réaffirmer notre capacité à utiliser les outils de la souveraineté. Nous n’en serons pas capables tant que nous n’aurons pas repris notre indépendance. L’indépendance précède la souveraineté. Elle en est la condition. La souveraineté n’est que l’expression juridique et l’exercice responsable de l’indépendance. Regardez les Britanniques qui, par le Brexit, ont réaffirmé la souveraineté mais cela n’a rien donné parce que cela fait longtemps que l’oligarchie britannique aliène l’indépendance du pays. Regardez comme Trump a du mal à réaffirmer l’indépendance des Etats-Unis!
Le programme indépendantiste dont a besoin la France
Nous devons réaffirmer notre indépendance, nous aussi! Pour moi, la priorité est la sortie – complète – de l’OTAN. Ensuite, nous devons briser le sortilège qui nous a trop longtemps rendu soumis à l’Allemagne. Nous devons rééquilibrer le temps investi dans nos relations organisées avec l’Europe et celui que nous (ne) consacrons (pas) à notre atout le plus précieux, nos territoires outremer et notre domaine maritime.
Nous devons sortir du psychodrame sur l’immigration: d’une part en actant le fait que la population d’origine étrangère joue un rôle comme elle n’en a jamais joué dans notre histoire, pour une série de raisons complexes – la baisse du dynamisme démographique français, l’évolution du marché du travail, la complicité objective entre les immigrationnistes et l’extrême-droite, au fond d’accord pour ne pas limiter l’entrée des étrangers en France….; d’autre part en retrouvant et modernisant le logiciel romain d’intégration, qui est le fil directeur de notre histoire.
La soumission croissante de nos dirigeants centristes et de la gauche (par le Cheval de Troie de l’écologie) au capitalisme financier international et à l’OTAN a produit son double caricatural, une droite qui se dit “nationale” mais ne représente finalement que la version identitaire, national-globaliste, de la même politique suprémaciste occidentale. Le macronisme et le bardellisme sont les deux faces de la même monnaie étrangère, qui ne devrait plus avoir cours sur notre territoire. Nous ne voulons ni des uns ni des autres.
Ce que nous voulons, c’est une France indépendante, qui décide par elle-même et pour elle-même. Une France qui sorte de son actuel provincialisme piur se réconcilier avec le monde. Une France qui sache intégrer ses étrangers à notre longue histoire, à partir de la matrice gallo-romaine -à chaque génération, avant la désastreuse expérience des “boomers”, il y a eu en France un peuple-souche, “gaulois” et une capacité “romaine” à assimiler les nouveaux-venus. Les soixante-huitards ont détruit cela en jetant le vieux modèle républicain par-dessus bord; et la droite lepéniste et ses avatars ont verrouillé la fin de l’assimilation en proclamant certains groupes impossibles à intégrer.
J’iniste sur la nécessité de débloquer le verrou du débat sur l’immigration parce que je rêve d’une France qui joue son rôle dans le nouveau monde multicivilisationnel.
La France devrait être candidate aux BRICS
Autant j’avais imaginé d’emblée la victoire militaire russe dans la Guerre d’Ukraine, autant j’ai été surpris par l’autre développement extraordinaire des quatre dernières années: dès mars-avril 2022, on a pu constater que le monde extra-occidental refusait les sanctions contre la Russie, en affirmant neutralité ou soutien. C’est le grand basculement géopolitique en cours. Je ne crois pas du tout que la France doive en avoir peur. Au contraire! Si nous épousons ce mouvement, il nous aidera dans notre chemin vers une nouvelle indépendance.
Je suis étonné à chaque fois que je me promène sur un continent hors du monde occidental: on m’y parle du Général de Gaulle, comme s’il avait quitté le pouvoir hier. Et l’on me dit combien l’on aime la culture française, faite d’universalisme, de mesure et de générosité. Très loin de Macron, donc. Notre pays n’a pas tout perdu. Son capital historique et culturel n’a pas été dilapidé. Pas encore. Il est temps de reprendre le gouvernail du navire en mettant les actuels pilotes aux arrêts, à fond de cale.
Quand je parle de mettre fin au déni de réalité, je voudrais que mon pays cesse de vivre enfermé dans la prison mentale occidentale où le maintiennent ses geôliers bruxellois. La France s’étiole et meurt quand elle s’enferme en Europe: l’histoire de la monarchie sous Louis XIV et Louis XV en apporte la preuve: trop de temps passé à nous mêler des affaires et des conflits du continent européen nous détourne de l’autre face de notre vocation: maritime et mondiale. Louis XVI l’avait compris, mais il a été emporté par les rancœurs et les ressentiments accumulés sous ses deux prédécesseurs, quand les Français s’enlisaient dans des disputes locales et des “querelles allemandes” au lieu de penser à explorer le vaste monde.
Il en va de même aujourd’hui, nos territoires d’outre mer et l’héritage du gaullisme nous tracent la voie: il nous faut devenir une puissance de médiation mondiale, comme nous avons été une puissance d’équilibre en Europe pendant des siècles. Une manière concrète de manifester cette révolution des mentalités stratégiques serait de poser la candidature de la France aux BRICS – immédiatement après avoir quitté l’OTAN.
“Arrêtez d’emm….les Français!”
On se rappelle la célèbre formule de Georges Pompidou, prononcée un jour qu’il voyait les parapheurs s’accumuler sur son bureau pour signature. Je voudrais reprendre la formule pour inverser le procès qui est habituellement fait aux Français ordinaires par des membres des élites qui ont peur de perdre leur contrôle social.
Certains s’étonneront, par exemple, que je ne parle pas du déficit budgétaire comme d’une priorité. D’abord, en faire une priorité est un signe d’appartenance à la caste qui nous gouverne. Ensuite, le sujet est plus facile à résoudre qu’on ne le croit. Le premier vecteur de l’endettement public, ce sont les gabegies des gouvernants, l’absence d’autorité des ministres sur leurs administrations ministérielles ou bien les foucades imposées par l’alignement occidental. Comment ose-t-on “emm…” les Français sur la question du financement des retraites quand on s’endette de facto par paquets de dizaines de milliards pour financer la Guerre en Ukraine? Comment la Macronie a-t-elle l’outrecuidance de demander aux Français de faire des efforts alors que le président et ses équipes, à la suite de François Hollande, ont en partie détruit notre secteur nucléaire civil?
Traitons des sujets d’indépendance d’abord. Interdisons ensuite aux ministres de communiquer sur les plateaux télévisés: leur place est dans leur ministère, à réduire les dépenses. Mettons fin à l’imposture qui consiste à confondre une économie de marché nationale – qu’il faut forcément protéger, ne serait-ce qu’en contrôlant la circulation des capitaux, des personnes et des biens venus de l’extérieur – et le projet néolibéral, qui a consisté à vider les nations de leur substance!
La tâche est énorme. Elle en vaut la peine.
Souhaitons que 2026 soit le début d’une nouvelle révolution française, fondée sur la fin du déni et le retour à la réalité.
Edouard Husson – Libres Propos