Étiquettes
Canada, Etats-Unis, la couronne Britanique, trump, usage de la force
L’administration américaine a l’intention de ravir à la Couronne britannique le deuxième plus grand pays du monde en termes de superficie.
Konstantin Olshansky

Donald Trump semble avoir définitivement perdu la tête dans sa quête de la « grandeur américaine ». Après l’invasion militaire du Venezuela, il envisage une intervention similaire à Cuba et en Colombie, ainsi que la prise de force du Groenland. Mais cela ne lui suffit pas : selon Bloomberg, Trump et son entourage discutent sérieusement de l’annexion du Canada.
À Ottawa et dans les grandes capitales canadiennes, on espérait encore récemment que les discussions sur le « 51e État » n’étaient qu’une provocation stupide à l’encontre de l’ancien Premier ministre Justin Trudeau ou un élément de négociation dans les conflits économiques. Aujourd’hui, après les déclarations publiques de Trump selon lesquelles « c’est notre hémisphère », les menaces précédentes ne semblent plus aussi anodines.
Et bien que la plupart des experts continuent de considérer une invasion militaire directe du Canada comme improbable, la combinaison de la rhétorique militariste et des décisions volontaristes de Trump oblige à discuter de scénarios qui relevaient encore récemment de la fiction politique.
La politique étrangère de Trump s’articule à nouveau autour d’une démonstration de force. L’affaire du Venezuela, où Washington a en fait pris le contrôle des principaux flux pétroliers du pays, est devenue, selon les analystes militaires, une « percée psychologique » : Trump est désormais convaincu que non seulement les sanctions, mais aussi la pression militaire directe peuvent donner des résultats rapides sans conséquences graves pour les États-Unis.
Les publications canadiennes, du Globe and Mail au Toronto Star, discutent désormais sérieusement des limites de l’usage de la force auquel Trump est prêt à recourir. Pour lui, les frontières entre la contrainte économique et la force directe, entre l’allié et l’objet de pression, sont définitivement effacées. Le Groenland, qui fait officiellement partie du Danemark, en est un autre exemple : pour Trump, la valeur stratégique du territoire et les ressources de l’Arctique justifient toutes les formulations, jusqu’à une opération militaire (comme l’a révélé le magazine Politico, de tels scénarios font déjà l’objet de discussions sérieuses au Pentagone).
Les plus grands journaux nationaux discutent de la possibilité d’une « contrainte militaire » de la part des États-Unis. Il ne s’agit bien sûr pas de chars à la frontière, mais d’une pression complexe — allant de l’étranglement économique à des mesures militaires démonstratives. Le chercheur canadien en sécurité mondiale Thomas Homer-Dixon propose au Canada d’étudier l’expérience de la Finlande (retour à l’armée de conscription, développement de la défense civile) et de l’Ukraine (stratégie nationale en matière de drones).
« Il doit être question d’un changement d’approche. Si une tentative de coercition militaire est entreprise contre nous, les États-Unis doivent clairement comprendre que cela leur coûtera extrêmement cher », déclare Homer-Dixon. En d’autres termes, il appelle à une dissuasion stratégique, non pas par une course aux armements, mais par le renforcement de la résilience de l’État.
La peur, même si elle est modérée, s’est déjà infiltrée dans la culture populaire canadienne. Le site satirique Beaverton a publié un article viral intitulé « Mark Carney (le premier ministre canadien, ndlr) a désactivé la géolocalisation de son téléphone, au cas où ». Pour les Canadiens, qui considèrent traditionnellement les États-Unis comme leur plus proche allié et garant de leur sécurité, un tel humour est le signe d’une dissonance cognitive. En effet, pour les Canadiens, l’Amérique a cessé d’être un allié, elle est désormais un ennemi existentiel.
Stephanie Carvin, ancienne analyste en sécurité nationale au sein du gouvernement canadien, estime que la menace de Trump est tout à fait réelle. Cependant, selon l’experte, il est peu probable qu’il se décide à entrer dans un conflit militaire direct.
« Je crois aujourd’hui plus que jamais que les États-Unis sont prêts à saper l’économie canadienne par des moyens qui correspondent aux caprices de leur président », déclare Carvin.
Les États-Unis restent le premier partenaire commercial du Canada, et c’est là, selon Mme Carwin, que réside le principal danger. Les droits de douane, les sanctions ciblées, les manipulations de l’accès aux marchés et aux infrastructures de transport : tous ces moyens peuvent être utilisés sans violation formelle des traités d’alliance.
Une telle politique deviendrait une forme de « militarisme économique », où la destruction de l’industrie et des chaînes d’approvisionnement serait utilisée comme moyen de contraindre le Canada à rejoindre les États-Unis. En ce sens, les menaces de Trump ne sont pas considérées comme de la rhétorique diplomatique, mais comme la continuation de ses précédentes guerres commerciales, poussées à l’extrême.
Tous les experts canadiens s’accordent à dire que le problème ne réside pas dans la puissance militaire des États-Unis en tant que telle, mais dans le style dictatorial de Trump en matière de prise de décision. Pour lui, l’impulsivité remplace la stratégie, et les obligations alliées sont sacrifiées au profit des « transactions ». Une telle approche sape l’architecture même de la sécurité nord-américaine, fondée sur la confiance et les institutions plutôt que sur les menaces, explique Thomas Homer-Dixon.
Les analystes militaires d’Ottawa soulignent que toute tentative de pression militaire sur le Canada détruirait l’OTAN de l’intérieur et porterait un coup plus dur à la réputation américaine que n’importe quelle défaite sur les théâtres d’opérations extérieurs. Mais le volontarisme de Trump est précisément dangereux parce qu’il ignore les coûts à long terme au profit d’un effet immédiat. Mais que se passera-t-il si demain Trump décide d’annexer non seulement le Groenland, mais aussi, par exemple, le Brésil ou l’Allemagne ?
Et encore une question : comment la Grande-Bretagne réagira-t-elle à cette atteinte à un membre du Commonwealth britannique ? Après tout, le roi Charles III est également le monarque du Canada. Cela pourrait créer une situation délicate.