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Armes secrètes, changement de régime, Etats-Unis, Géopolitique, Geopolitics, Grand Moyen-Orient, guerre hybride, Hégémonie, Iran, Pétrole, Stratégie
Ce qui a commencé fin décembre 2025 par des grèves des bazaris de Téhéran – des commerçants traditionnellement fidèles à la faction libérale et corrompue du régime à condition que ce dernier ferme les yeux sur leurs pratiques frauduleuses– contre l’inflation galopante s’est désormais transformé en manifestations antigouvernementales généralisées dans au moins 180 villes et localités du pays. Le gouvernement iranien a réagi par une coupure totale d’Internet, la principale arme des États-Unis dans les guerres de la décennie 2020 et le recours à la force en pourchassant les agents du Mossad israélien et de la CIA. Si le déclencheur immédiat est la détresse économique – flambée des prix des produits de base et taux d’inflation atteignant 42 % –, la revendication sous-jacente est politique : la chute du régime iranien et cela converge avec l’objectif ouvertement affiché par les États-Unis et Israël concernant l’Iran: un changement de régime et une prise de contrôle de ses ressources énergétiques (pétrole et gaz naturel).
La crise actuelle est un exemple typique de guerre hybride moderne, où les batailles se livrent simultanément dans les domaines économique, informationnel et militaire. L’approche occidentale semble multiforme mais conforme à un schéma récurrent et reconnaissable à des milliers de km à la ronde.
Ce qui change cette fois est que le président américain Donald Trump a publiquement menacé d’une intervention militaire directe si l’Iran réprimait violemment les manifestations. Parallèlement, des figures de l’opposition en exil, comme Reza Pahlavi, fils du Shah déchu, sont présentées par certains lobbies aux États-Unis comme des alternatives potentielles, rappelant le sinistre coup d’État orchestré par les États-Unis en 1953 contre le Premier ministre démocratiquement élu Mossadegh et le rôle primordial de Washington et certaines capitales européennes dans la chute du Shah et sa disgrâce en 1979.
Ce qui change également est que les discours hypocrites sur la démocratie, laquelle n’existe nulle part en 2026 ou, pire, les droits de l’homme, bafoués par ceux qui s’en réclament et se prétendent les défenseurs n’a plus de prise pour propulser un narratif creux et sonnant faux. Derrière tout le bruit de fond croissant de la propagande occidentale contre un régime iranien aux abois car sérieusement affaibli sur le plan géopolitique et stratégique après une série de revers militaires dans son environnement géopolitique immédiat (sans compter le poids des sanctions sur l’économie en interne) se cache un calcul géopolitique brutal axé sur le pétrole. Les analystes et les commentateurs décrivent ouvertement l’Iran comme un « géant énergétique et minéral dormant » doté de vastes réserves. Un changement de régime à Téhéran permettrait à Washington de débloquer ce trésor.
Derrière le pleureuses professionnelles se trouve un enjeu capital: le contrôle des ressources énergetiques iraniennes serait la dernière pièce du puzzle pour établir une architecture énergétique mondiale dominée par les États-Unis au Moyen-Orient, un projet en gestation depuis des décennies. Depuis la Seconde Guerre mondiale, la stratégie américaine repose sur deux piliers régionaux : l’Arabie saoudite et Israël. Un Iran docile compléterait cette triade de contrôle, permettant à Washington de dicter ses conditions pour près de la moitié des réserves pétrolières prouvées mondiales. Ce modèle est déjà en cours d’expérimentation : le président Trump a récemment pris des mesures pour établir un « contrôle total » sur le pétrole vénézuélien après le renversement de Nicolás Maduro, cherchant explicitement à réduire l’influence chinoise et à étrangler la Russie. La Russie dépend fortement des exportations d’énergie pour financer son effort de guerre contre l’OTAN. Une nouvelle source massive de pétrole et de gaz inondant le marché mondial sous la direction des paillettes dorée scintillantes de Donald Trump pourrait faire s’effondrer les prix mondiaux de l’énergie, dévastant la principale source de revenus de la Russie et paralysant son autonomie stratégique. Cet effondrement des prix du pétrole affecterait tous les pays d’un OPEP qui sera voué à disparaître en tant que cartel ou de devenir un club américain.
C’est la raison pour laquelle les États-Unis, une puissance mondiale aux abois sur le plan économique et financier, a recours à l’arme ultime : dévoiler ses armes secrètes demeurées inconnues de tous jusqu’à la guerre du Levant pour sauver Israël et l’attaque contre le Venezuela. Ces armes secrètes développées depuis des décennies dans la pure tradition allemande de Peenemünde ont atteint un seuil critique de révolution dite T (technologique) vers le milieu de l’année 2023 et depuis lors, Washington est en roue libre car aucun autre pays au monde ne connaît exactement la nature de ces armes nouvelles.
La situation en Iran était fort prévisible. On l’avait prédit avec beaucoup d’autres analystes depuis des mois. Sur le terrain on ne sait pas trop ce qui s’y passe et la propagande occidentale fort bruyante et tapageuse (Goebbels était finalement un enfant de chorale chrétienne face à la machine à fabriquer le mensonge du nouvel empire) nous empêche d’y voir clair. Cependant, disposant d’un avantage technologique et de près de 60 000 militaires déployés sur 19 sites autour de l’Iran, les États-Unis vont cette fois intervenir. Cependant la présence militaire américaine dans la région – entre 40 000 et 60 000 soldats répartis sur 19 sites – est dense et géographiquement exposée. Bien qu’affaiblies par les frappes US contre les systèmes balistiques et les sites nucléaires, les forces militaires iraniennes se sont entraînées au lancement simultané de salves massives de 500 missiles, une tactique conçue pour submerger les défenses telles que les systèmes Patriot et THAAD.
L’issue finale reste incertaine. Le régime iranien de nature bicéphale bénéficie toujours d’un soutien important, notamment de la part de la puissante milice Basij et de millions de personnes qui ont voté pour des candidats partisans de la ligne dure. Cependant, la convergence d’une crise économique profonde, d’une obssesssion populaire inébranlable à en finir avec le régime et d’une pression extérieure sans précédent a créé une situation d’une fragilité et volatilité sans précédent.
Les enjeux ne pourraient être plus importants. Nous assistons à un jeu de pouvoir géopolitique classique déguisé en discours de libération alors que la plupart des pays de l’Empire ont réellement besoin d’une libération de l’oppression de l’État profond. L’objectif affiché et poursuivi est la soumission stratégique de l’Iran, non seulement pour la sécurité régionale, mais aussi pour s’emparer d’une clé maîtresse de la domination énergétique mondiale.
En cas de succès, Washington et ses alliés pourraient étrangler les économies russe et chinoise. En cas d’échec ou d’erreur de calcul dans la poursuite de cet objectif majeur, cela déclenchera un conflit régional aux conséquences dévastatrices pour l’économie mondiale. On comprends dès lors aisément que les grandes puissances mondiales manœuvrent, non pas pour l’âme perdue de l’Iran, mais pour le contrôle de l’océan de pétrole qui se trouve sous son sol.