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«Vassalisation heureuse» des Européens, déboussolés dans leur logiciel par l’imprévisibilité de Trump, «régression du niveau intellectuel» et «déclin démographique objectif»… Autant d’éléments qui rappellent à l’anthropologue la fracturation de l’URSS qu’il avait prédite dès 1976. Sur le plateau du Figaro TV au Grand Palais, Emmanuel Todd écume les tensions géopolitiques du moment au Venezuela, au Groenland, en Ukraine et en Iran.
«L’affaire du Groenland dit l’ultime vérité de ce que nous vivons», relève Emmanuel Todd, invité de l’émission du Figaro TV, «Points de Vue», délocalisée au Grand Palais pour le bicentenaire du journal. L’appétit de Donald Trump pour l’île danoise et les réactions européennes qui en découlent vont, selon l’anthropologue, encore plus loin, ce que qu’il qualifiait de «Défaite de l’Occident (éd. Gallimard, 2024). L’historien guette d’ailleurs, avec un amusement non dissimulé, l’envoi au Groenland de soldats allemands aux côtés de soldats français. «Les Allemands aiment l’ordre et la discipline. Je crois qu’ils aimeraient vivre soumis aux États-Unis mais avec un homme comme Trump aux commandes, ce doit être difficile pour eux en ce moment», ironise-t-il, doutant de la volonté concrète de Berlin de se détacher de Washington.
Désormais, pour l’auteur qui s’était fait connaître avec «La Chute finale» en 1976, l’Occident vit un moment historique de décomposition en mondovision. «Ce n’est pas seulement une chute de puissance de l’Occident, on vit quelque chose de certes plus doux mais de comparable à la dislocation du communisme», avance Emmanuel Todd, qui prend pour exemple les États-Unis, «engagés dans un processus de régression dont on n’a même pas idée : le taux d’analphabétisme des jeunes de 16 à 24 ans est par exemple passé de 17 à 25% entre 2017 et 2026. La dégradation du commerce extérieur se poursuit, à tel point qu’ils sont en déficit agricole».
À tel point que «la virulence agressive» affichée – et matérialisée – par le président américain s’expliquerait par une prise de conscience du déclin de son propre pays. «Tout ce que fait Trump au Venezuela, en Iran et au Groenland corrobore une sorte de renoncement à la production. L’idée n’est plus de produire mais de voler», considère Emmanuel Todd auprès de Vincent Roux. Après de premiers mois de second mandat ouvertement protectionnistes, marqués par la frénésie des droits de douane, le temps semble revenu à l’impérialisme guerrier et prédateur, «d’où cette obsession pétrolière». «Le protectionnisme est souhaitable et j’y suis totalement favorable mais il n’est efficace qu’avec une population active compétente et Trump a dû s’en rendre compte», abonde l’historien.
Les Allemands, je crois, aimeraient vivre soumis aux Américains mais avec le comportement de Trump, ce doit être un moment difficile pour eux Emmanuel Todd dans «Points de Vue» (Le Figaro TV)
Même constat pour le conflit en Ukraine dont Trump s’était fait fort de le résoudre en 24 heures. «Trump est arrivé avec des illusions sur la capacité de négocier avec les Russes, alors que JD Vance avait bien compris l’incapacité pour les Américains à produire l’armement suffisant. Le président américain a sûrement tenté de faire quelque chose mais il semble désormais avoir compris à l’été dernier que Poutine serait inflexible et que les États-Unis en sont désormais réduits à suggérer des frappes sur des installations pétrolières russes. Voilà un empire au rabais réduit à de la vulgaire guérilla». Et de résumer le revirement du président américain en une brève formule : «La main semble être passée du Pentagone qui n’avait pas les ressources à la CIA et son agressivité envers la Russie.»