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Edouard Husson

La crise iranienne de janvier 2026 a déclenché le pire de la mentalité néo-coloniale occidentale. Dans cette demi-heure d’entretien, je vous parle, avec Cédrick, de ce qui s’est vraiment passé.

Est-il possible de parler de la crise iranienne telle qu’elle s’est réellement passée?

  • les difficultés économiques et sociales, sur fond de corruption d’une partie des intermédiaires à l’exportation (l’Iran vit en régime de sanctions occidentales) et de chômage d’une partie de la jeunesse.
  • les manifestations du début janvier, contre le renchérissement de la vie, pacifiques et prises au sérieux par le pouvoir.
  • la subversion occidentale, qui va de la spéculation contre la monnaie iranienne, en décembre, au recrutement d’émeutiers (entre autres parmi les jeunes chômeurs) et de séparatistes (dans les régions limitrophes) pour accélérer, espérait-on, la déstabilisation du pouvoir.
  • la coordination des émeutes par l’intermédiaire d’internet et la coupure, en riposte, de la Toile par les autorités iraniennes.
  • l’introduction de terminaux Starlink, dont le déclenchement devait prendre le relais de l’internet classique. En fait, cette mise en fonctionnement a permis au régime (1) de localiser les responsables des émeutes, avant que (2) la technologie élaborée par les Russes en Ukraine pour brouiller Starlink ne soit mise en œuvre.
  • la mobilisation massive de la population pour soutenir le régime contre le chaos occidental.
  • la propagande occidentale pour imprimer dans l’opinion des nombres de victimes présumées du régime non vérifiés, tandis que l’on se garde bien de parler des victimes faites par les émeutiers à la solde de l’Occident. . Le but était de préparer l’opinion américaine et européenne à une guerre.

Je me suis longtemps demandé comment il se fait que les Etats-Unis et l’Europe n’aient pas plus appris de la chute pacifique du communisme. Le répit procuré aux pays du bloc soviétique par les accords d’Helsinki de 1975 (qui donnaient à Moscou la reconnaissance par l’Allemagne des frontières issues de la Seconde Guerre mondiale en échange d’un engagement du bloc soviétique à respecter les droits de l’Homme) a été utile, comme on sait, pour permettre aux dissidents de déployer leur opposition sans être poursuivis comme des “agents de l’étranger”.

En fait, les Américains ne sont jamais rentrés dans l’idée du “laisser-faire” comme meilleur moyen de favoriser la démocratie. Ils n’ont jamais arrêter de chercher à subvertir le bloc de l’Est, comme on l’appelait. Ce qui a permis la fin de la Guerre froide, c’est la modération européenne: des dirigeants européens des années 1960 aux années 1980 (Charles de Gaulle, Willy Brandt, Olaf Palme, Bruno Kreisky….) ont vraiment joué le jeu de la détente. Et, dans les années 1980, le pape Jean-Paul II a été décisif pour modérer les Américains, éviter qu’ils détournent Gorbatchev de faire le pari de la paix. Les Etats-Unis, eux, ne sont jamais sortis de l’agressivité, sauf pendant la courte période où Margaret Thatcher a eu suffisamment d’influence sur Ronald Reagan pour qu’il négocie avec Gorbatchev de manière constructive.

A peine Reagan avait-il quitté le pouvoir, le Pouvoir Washingtonien reprenait son attitude fondamentale: encouragement aux étudiants chinois manifestants, guerre contre l’Irak etc….

Donald Trump a renoncé, le 15 janvier, au moins provisoirement, à une nouvelle guerre contre l’Iran. Mais il n’y a personne en Europe, pour lui recommander de traiter avec l’Iran. Et puis, les dirigeants iraniens, comme bien d’autres, seront toujours méfiants: Bush le Père a méprisé “la faiblesse” de Gorbatchev; Bush le fils a fait de Ben Laden et de Saddam Hussein, chacun à sa manière une créature de la CIA et du Pentagone, les bouc-émissaires de l’après 11 septembre; Barack Obama a fait tuer Kadhafi, qui avait pourtant traité avec les Occidentaux et renoncé à l’arme nucléaire. Donald Trump a renié la parole des Etats-Unis en sortant de l’accord sur le nucléaire iranien – sans parler de sa faute majeure: avoir fait assassiner le Général Soleimani alors que ce dernier était, en accord avec la diplomatie américaine, en mission de médiation auprès des milices chiites irakiennes.

il y a bien aujourd’hui un groupe des “grands méchants”: Iran, Russie, Chine, Corée du Nord. Ce sont des Etats qui ont goûté aux tentatives de déstabilisation américaines, réussi à se préserver et sont effectivement immunisés contre toute naïveté vis-à-vis de “ceux qui arrivent la Bible dans une main et le colt dans l’autre”, en détournant à peine une célèbre formule du Cardinal de Richelieu qui disait se méfier, à son époque, de ces catholiques qui se présentaient “le chapelet dans une main et l’épée dans l’autre”.

Détestez-vous la dureté du régime iranien, la guerre que mène Poutine en Ukraine ou ce qui reste de communisme dans les régimes chinois et nord-coréens? Demandez-vous juste ce que l’intransigeance de ces pays doit à l’agressivité et la duplicité du messianisme américain.

Edouard Husson – Libres Propos