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Conseil de paix, Déclatrations de Witkoff, Gaza, Israël est contre, le plan trump est une farce

Il n’y a pas de cessez-le-feu, pas d’aide, pas de désarmement du Hamas, pas de retrait de l’armée israélienne ni de force de stabilisation. Juste beaucoup de discussions autour des panels dirigés par Trump, qui suscitent peu d’adhésion.
Paul R. Pillar
Les annonces de l’administration Trump concernant la bande de Gaza pourraient laisser croire que la mise en œuvre du plan de paix en 20 points du président Trump, largement repris par la suite dans une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies, progresse sans encombre.
À ce titre, l’envoyé spécial de Trump, Steve Witkoff, a annoncé ce mois-ci sur les réseaux sociaux le « lancement de la phase deux » du plan, « passant du cessez-le-feu à la démilitarisation, à la gouvernance technocratique et à la reconstruction ». Mais l’examen de quelques-unes des affirmations de Witkoff dans son annonce montre que les termes « sans encombre » ou même « mise en œuvre » sont des exagérations amères.
Witkoff a déclaré que la phase 1 avait « maintenu le cessez-le-feu ». Non, ce n’est pas le cas. Israël a poursuivi ses attaques quotidiennes contre la bande de Gaza depuis que le cessez-le-feu était censé entrer en vigueur en octobre dernier. Comme d’habitude avec les cessez-le-feu non observés, les deux parties s’accusent mutuellement de violations. Le nombre de victimes révèle toutefois de quel côté proviennent les violations meurtrières. Selon le ministère palestinien de la Santé, les attaques israéliennes depuis le début du prétendu cessez-le-feu ont tué au moins 451 Palestiniens et blessé 1 251 autres. Comme cela a été le cas lors des attaques israéliennes au cours des trois dernières années, bon nombre des victimes sont des civils. De l’autre côté, l’armée israélienne affirme que trois de ses soldats ont été tués au combat au cours des premiers jours du cessez-le-feu en octobre 2025.
Witkoff a également déclaré que « la phase 1 a permis d’apporter une aide humanitaire historique » à Gaza. Ce qu’il n’a pas dit, c’est que le refus continu d’Israël d’accéder aux demandes d’acheminement de l’aide vers la bande de Gaza a rendu le flux d’aide bien inférieur à ce qui avait été convenu et bien inférieur à ce qui est nécessaire. À la mi-janvier, 24 611 camions d’aide humanitaire étaient entrés à Gaza depuis l’accord de cessez-le-feu, soit moins de la moitié des 57 000 camions qu’Israël aurait dû autoriser à entrer selon la répartition convenue.
La phase deux est donc annoncée sans que la phase un ait été pleinement mise en œuvre.
L’administration a annoncé certains membres, mais pas tous, du « Conseil de paix », présidé par Trump, qui est censé fonctionner comme un conseil d’administration international supervisant la mise en œuvre du reste du plan. Le recrutement d’une liste complète de membres s’est manifestement avéré difficile. L’hésitation de nombreux gouvernements à participer est peut-être compréhensible, compte tenu des incertitudes qui entourent jusqu’à présent la mise en œuvre et de la nature du projet global, dirigé par Trump en coordination avec Israël.
Le recrutement ne sera pas facilité par le fait que l’administration exige une contribution en espèces d’un milliard de dollars de la part de tout gouvernement souhaitant devenir membre du conseil.
Les annonces faites jusqu’à présent concernant la composition du conseil suffisent à mécontenter chacune des parties au conflit. Le Conseil de paix comprend, entre autres, Witkoff, le gendre de Trump, Jared Kushner, et l’ancien Premier ministre britannique Tony Blair. Les gouvernements arabes et de nombreux autres pays du monde musulman se méfient de Blair en raison de son rôle dans la guerre en Irak et de son parti pris perçu en faveur d’Israël lorsqu’il était envoyé international chargé du conflit israélo-palestinien.
Israël s’est empressé de s’opposer à la composition d’un « conseil exécutif de Gaza », également annoncé par la Maison Blanche, dont les relations avec les autres organismes impliqués à Gaza resteront vaguement définies. Ce conseil comprendra, outre Blair, Kushner, Witkoff et d’autres, le ministre turc des Affaires étrangères et un haut responsable qatari. Le bureau du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a déclaré que le Conseil exécutif de Gaza tel qu’il est constitué est « en contradiction avec la politique israélienne ». Cette déclaration reflète manifestement les relations tendues entre Israël et la Turquie et le Qatar, en grande partie en raison des relations de ces deux gouvernements avec le Hamas.
Les objections israéliennes fourniront au gouvernement Netanyahu un motif supplémentaire pour renverser l’ensemble du processus diplomatique quand il le souhaitera. Ce n’est pas seulement le gouvernement, mais aussi l’opposition israélienne qui fait toute une histoire de la composition du conseil exécutif. Le chef de l’opposition, Yair Lapid, a qualifié l’inclusion de la Turquie d’« échec diplomatique grave ». Itamar Ben Gvir, l’extrême droite qui occupe le poste de ministre de la Sécurité nationale, a appelé l’armée israélienne à « reprendre la guerre avec une force considérable dans la bande de Gaza ».
Entre-temps, des progrès organisationnels apparents ont été réalisés au Caire, avec la première réunion du Comité national pour l’administration de la bande de Gaza (NCAG), un groupe de 15 technocrates palestiniens censés fonctionner comme une administration intérimaire sous la supervision du Conseil de paix. Le comité a rencontré le diplomate bulgare Nickolay Mladenov, qui a été nommé « directeur général » du Conseil de paix. Les membres du NCAG n’ont pas été annoncés, à l’exception du président du comité, un ingénieur civil et ancien vice-ministre des Transports de l’Autorité palestinienne nommé Ali Shaath.
Dans son annonce concernant la phase deux, Witkoff n’a rien dit au sujet de la future Force internationale de stabilisation (ISF), qui est censée jouer un rôle majeur en matière de sécurité pendant l’administration provisoire et la reconstruction de la bande de Gaza. Le recrutement des participants à l’ISF s’est avéré encore plus difficile que celui des membres du Conseil de paix. Les gouvernements ne veulent pas que leurs troupes soient impliquées dans une situation de combat actif, alors que les attaques israéliennes se poursuivent. Ils ne veulent surtout pas être impliqués dans une mission de désarmement du Hamas, un objectif qu’Israël n’a pas réussi à atteindre après trois ans de guerre sans restriction.
Alors que Witkoff et d’autres mentionnent fréquemment que le Hamas doit respecter ses obligations, il est important de rappeler que le Hamas n’a jamais signé le plan en 20 points de Trump. Ce que le Hamas a accepté, en revenant à un accord-cadre de 2024, c’est un cessez-le-feu complet, la libération de tous les otages en échange de la libération d’un nombre convenu de prisonniers palestiniens et le retour des dépouilles des défunts, dans le cadre de la fin du siège de la bande de Gaza et du début de la reconstruction du territoire sous supervision internationale.
Le Hamas a également clairement indiqué qu’il était prêt à céder la gouvernance de la bande de Gaza à des technocrates palestiniens indépendants. À cet égard, le Hamas a publiquement salué comme un « développement positif important pour l’ » la création et la première réunion du NCAG. Le Hamas accepte également en principe la présence à Gaza d’une force internationale neutre de maintien de la paix.
En ce qui concerne le désarmement, les conditions sont importantes. Le Hamas a proposé d’enterrer ses armes dans le cadre de la trêve à long terme ou hudna qu’il propose depuis longtemps à Israël. Mais il ne rendrait complètement ses armes qu’à un véritable gouvernement palestinien.
Ce que le Hamas ne fera pas, c’est un désarmement unilatéral alors qu’Israël continue d’occuper le territoire palestinien et de tuer des citoyens palestiniens. Il est irréaliste et déraisonnable de s’attendre à cela, surtout au vu du massacre perpétré à Gaza au cours des trois dernières années.
Les technocrates du NCAG ont une tâche énorme à accomplir, et ils y font face avec des handicaps majeurs. Le fait que Shaath, pour se rendre à la réunion du Caire depuis son lieu de résidence en Cisjordanie, ait dû passer par la Jordanie et ait été détenu pendant six heures par les autorités israéliennes au poste-frontière d’Allenby est peut-être symbolique de ces handicaps. Un responsable palestinien a déclaré que cet incident démontrait l’intention d’Israël de saboter le travail du comité.
Un diplomate arabe a fait remarquer qu’un comité de 15 membres ne peut pas administrer la bande de Gaza sans un grand nombre de fonctionnaires. Or, Israël empêche non seulement toute personne rémunérée par le Hamas, mais aussi toute personne rémunérée par l’Autorité palestinienne de participer au comité.
Dans ses premières déclarations publiques après avoir été nommé président du NCAG, M. Shaath a évoqué l’énorme tâche que représente le déblaiement des décombres, qui pourrait prendre trois ans, tandis que la reconstruction globale prendrait environ sept ans. La situation pourrait encore s’aggraver. Israël continue de créer encore plus de décombres en démolissant méthodiquement des bâtiments dans la moitié de la bande de Gaza qu’il occupe encore.
Ni le plan de Trump ni aucun autre plan de paix ne pourra apporter quoi que ce soit qui ressemble à la paix, à la sécurité et à la prospérité à Gaza tant qu’Israël sera la puissance dominante sur le terrain et déterminé à s’opposer à tout ce qui ressemble à l’autonomie palestinienne.
Paul R. Pillar est chercheur senior non résident au Centre d’études sur la sécurité de l’université de Georgetown et chercheur non résident au Quincy Institute for Responsible Statecraft. Il est également chercheur associé au Centre de politique de sécurité de Genève.