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Chine, Etats-Unis, Golden Dome, Groenland, L'acquisition du Groenland par les États-Unis pourrait déboucher sur un accord concernant les îles arctiques du Canada, Russie
Andrew Korybko

Trump pourrait prétendre que la construction d’une infrastructure « Golden Dome » dans cette région, peut-être dans le but partiel de servir de couverture au déploiement de nouveaux systèmes d’armes offensives dans l’Arctique pour cibler la Russie et la Chine, est nécessaire pour combler le fossé entre la plus grande île du monde et l’Alaska.
Trump a présenté l’acquisition du Groenland qu’il souhaite comme indispensable à son mégaprojet de défense antimissile « Golden Dome » et a laissé entendre qu’il y déploierait également de nouveaux systèmes d’armes offensives dans son message annonçant des droits de douane contre plusieurs alliés de l’OTAN qui y ont symboliquement envoyé des unités militaires. Il utiliserait désormais un langage similaire en privé lorsqu’il discute du Canada, selon plusieurs sources actuelles et anciennes de l’administration qui en ont récemment informé NBC News.
Ils affirment que Trump n’a pas évoqué le stationnement de troupes américaines le long de la frontière nord du Canada, prétendument vulnérable, mais a plutôt proposé « davantage d’entraînements et d’opérations militaires conjoints entre les États-Unis et le Canada, ainsi qu’une augmentation des patrouilles aériennes et maritimes conjointes et des patrouilles navales américaines dans l’Arctique ». Cependant, les objectifs ostensiblement défensifs que ces plans permettraient d’atteindre laisseraient encore un vide flagrant dans la zone d’interception arctique du « Golden Dome » entre l’Alaska et le Groenland, au-dessus des îles arctiques canadiennes.
On ne peut donc exclure que les propositions rapportées visent en fin de compte à faire avancer son objectif de construire une infrastructure « Golden Dome » sur ces îles afin de combler cette lacune. Des systèmes d’armes offensifs pourraient également y être déployés, notamment sous le couvert de missiles intercepteurs, exactement comme la Russie accuse depuis longtemps les États-Unis de le faire en Europe centrale et orientale en ce qui concerne leurs plans de défense antimissile en Pologne et en Roumanie, qui ont été la première source de tensions entre les deux pays au XXIe siècle.
L’histoire pourrait bien se répéter, comme le laisse présager de manière inquiétante le désintérêt de Trump pour la prolongation du nouveau traité START avant son expiration au début du mois prochain, sans parler de la négociation d’un nouveau pacte de contrôle des armes stratégiques avec la Russie incluant de nouveaux systèmes d’armes offensives. Si les États-Unis laissent l’accord expirer, cela pourrait être dû à des plans non divulgués visant à déployer des armes offensives dans l’Arctique, que ce soit en Alaska, au Groenland et/ou dans les îles arctiques du Canada. Ces armes pourraient couvrir l’ensemble du territoire russe et même atteindre facilement la Chine.
À ce sujet, les États-Unis considèrent la Chine comme leur seul rival stratégique, et non la Russie. Selon la « doctrine Trump », influencée par Elbridge Colby, le rôle de la Russie est relégué à celui de partenaire mineur dans un ordre mondial rajeuni dirigé par les États-Unis, dans lequel ces derniers investiraient dans ses gisements de ressources afin de priver la Chine de l’accès à ceux-ci et de ralentir ainsi son ascension au rang de superpuissance. Si les tensions avec la Russie s’apaisaient, les États-Unis s’attendraient à ce que la Russie n’essaie pas d’intercepter les missiles américains lancés depuis l’Arctique et dirigés vers la Chine en cas de guerre.
Quelle que soit l’évolution des relations entre les États-Unis et la Russie et quoi que fasse la Russie dans le scénario ci-dessus, les États-Unis devraient poursuivre l’expansion de leur sphère d’influence militaire sur l’ensemble du domaine arctique de l’Amérique du Nord, en commençant par le Groenland et en terminant par les îles arctiques du Canada. L’acquisition du premier peut conduire à un accord contraint par des droits de douane pour la construction d’infrastructures militaires dans le second, et éventuellement à des projets conjoints d’extraction de ressources, qui pourraient être facilités par un allègement tarifaire promis.
Le Canada est incapable de défendre ses îles arctiques, qui sont donc à la merci des États-Unis si les choses se gâtent, mais Trump ne semble pas intéressé par leur annexion, c’est pourquoi il optera probablement pour un accord contraint. L’acquisition du Groenland permettrait à Trump de faire valoir que l’expansion du « Dôme doré » vers les îles arctiques du Canada comblerait le fossé entre la plus grande île du monde et l’Alaska. Le Canada pourrait alors conclure un accord relativement équitable, être contraint d’en accepter un moins favorable après l’imposition de droits de douane, ou se voir retirer de force ses îles.