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Ibrahim Al-Amine

Une voiture a été prise pour cible lors d’un raid sur la route de Bazouriyeh hier (Al-Akhbar)

L’ennemi teste-t-il la patience de la résistance, ou cherche-t-il à la provoquer pour déclencher une nouvelle vague de violence contre le Liban ? Ou bien adresse-t-il un message direct aux Libanais, en particulier à ceux qui misent sur la négociation, pour leur faire comprendre qu’il se moque de tout ce qui se dit et qu’il fera ce qu’il juge bon ?

Israël pense-t-il vraiment que ses raids et ses assassinats suffiront à pousser la résistance à déposer les armes ? Ou bien y a-t-il quelqu’un qui lui fait croire, ainsi qu’aux États-Unis, que ce niveau de pression est capable de renverser l’équation au sein de la résistance et de pousser la population à descendre dans la rue pour réclamer le dépôt des armes ?

Et qu’en est-il des Américains ? Agissent-ils en partant du principe que le fait de laisser Israël agir ainsi est en soi une réponse aux questions timides que certains responsables posent de temps à autre sur la date du retrait israélien du Sud ?

En revanche, quelle sera la réaction de l’État qui se vante de son engagement à appliquer la décision d’« étendre l’autorité de l’État » (lire : désarmer la résistance) face à ce qui se passe aujourd’hui ? A-t-il tiré les leçons des cycles de négociations précédents ?

Et comment nos responsables expliquent-ils qu’un homme politique comme Simon Karam, qui déteste la résistance et ne se contente pas de s’y opposer, ait déclaré que ce qu’il a entendu des Israéliens lors de deux réunions seulement lui fait penser que ce qu’ils demandent dépasse la capacité de toute partie libanaise à le réaliser ?

Est-ce ainsi qu’Israël prépare le terrain pour la série de discussions – ou d’interrogatoires – qui attendent le chef de l’armée lors de sa visite prévue à Washington au début du mois prochain ? Les chefs de l’armée américaine, accompagnés des hommes d’Israël au Congrès, vont-ils mettre les cartes de l’ennemi sur la table devant le commandant de l’armée, avant de lui dire clairement : « Attention, ne nous demandez pas ce que fait Israël, car il fait ce que vous n’avez pas été capable de faire, et si vous ne prenez pas l’initiative de faire ce que vous êtes censé faire, Israël en fera davantage » ?

Et qu’est-ce que les habitants du Sud et du Bekaa, non pas ceux des villages de la ligne de front, mais ceux des régions plus éloignées au nord, peuvent attendre des responsables de l’État après aujourd’hui ? Leur demandera-t-on à nouveau d’écouter des discours répétitifs sur la légitimité internationale, le giron arabe, la communauté internationale et l’autorité de l’État qui n’a jamais su assurer l’approvisionnement en eau des foyers ?

Est-ce là ce que veulent les habitants de ce pays qui ne se lassent pas de parler jour et nuit d’un État unique, d’un pouvoir unique, d’un État responsable, d’un pouvoir ferme… et ainsi de suite ?

Ceux qui ont encore du sang dans les veines et de la raison dans la tête continueront-ils à garder le silence face à ce que fait Israël, considérant que cela ne les concerne pas tant que le bruit des explosions ne parvient pas encore à leurs oreilles et que leurs enfants ne sont pas contraints de dormir dans un lit tremblant ?

Ou devons-nous attendre que quelqu’un vienne nous dire : « Voilà le fruit de vos actions, voilà le prix que vous allez payer pour avoir adhéré à l’idée de la résistance face à l’occupation, à l’agression ou à la menace » ? Et ensuite, on voudrait nous faire croire que ce sont des défenseurs de la souveraineté et de l’indépendance ?

Ce qui se passe dans le sud n’a pas d’autre nom ni d’autre description plus précise que la poursuite d’une guerre qui n’a pas cessé depuis plus de deux ans. Le Liban est condamné à vivre aux côtés d’un monstre qui ne veut la sécurité pour personne autour de lui : ni en Palestine même, ni en Jordanie, ni en Syrie, ni en Égypte, et bien sûr pas au Liban.

Face à la folie dont font preuve les États-Unis à travers le monde, certains au sein de l’entité ennemie s’attendent à une agression vaste et brutale, et à une longue guerre contre l’Iran. Au sein même de cette entité, certains pensent que le moment est venu de porter ce qu’ils imaginent être le coup de grâce aux forces de la résistance au Liban, en Palestine, en Irak et au Yémen. Le pire, malheureusement, c’est qu’au Liban, certains partagent cette illusion et pensent que frapper l’Iran facilitera le « débarras » du Hezbollah, de ses armes et de ses idées !

Il reste que les gens doivent avoir confiance dans le fait que la résistance n’est pas un acte sélectif que l’on invoque ou que l’on néglige à sa guise, et qu’ils doivent avoir confiance dans le fait que ce que fait l’ennemi aujourd’hui a un avant et un après. Et la résistance, qui s’en tient au silence et au mystère, ne le fait pas par pudeur ou par peur, mais parce qu’elle se prépare pour le moment – ce n’est pas à nous, et cela ne nous regarde pas, d’en chercher le moment – où elle dira à l’ennemi : tu as dépassé les bornes.

Al Akhbar