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Par Sabiene Jahn
Une phrase formulée avec désinvolture, à peine commentée, mais pourtant chargée politiquement. Friedrich Merz parle de réconciliation avec la Russie, tandis que l’Europe semble stratégiquement désorientée et que la Grande-Bretagne dresse un bilan sobre de ce qui reste de l’Occident. Pourquoi n’y a-t-il pas eu de réaction, ni au sein de la CDU ni dans les médias ? Et que dit ce silence sur la confiance, la stratégie et la réalité politique en 2026 ?
Lorsque Friedrich Merz a déclaré, lors de la réception du Nouvel An de la Chambre de commerce et d’industrie de Halle-Dessau, qu’il fallait « à plus long terme » parvenir à un compromis avec la Russie et que la Russie était un pays européen, cette phrase a semblé étrangère au discours allemand (1). Peu reprise par les grands médias, elle a rapidement disparu du débat public. Elle cadrait trop mal avec un climat politique marqué depuis des années par une logique d’escalade, une moralité sans ambiguïté et un durcissement stratégique du discours.
Mais cette phrase n’est pas tombée dans le vide. Presque au même moment, Vladimir Poutine s’est exprimé dans un ton similaire : à long terme, l’Europe reviendra à des relations constructives avec la Russie, on est ouvert à une « coopération mutuellement avantageuse » (3). Deux voix qui se rejoignent sur le plan rhétorique, mais qui s’expriment pourtant à partir de positions de pouvoir totalement différentes. La question qui en découle n’est donc pas seulement : que veut dire Merz ? Mais surtout : faut-il lui faire confiance ? On ne peut répondre à cette question en considérant Merz de manière isolée. Elle exige de se pencher sur ce qui a suivi – et sur ce qui n’a pas suivi. Sur le silence au sein du parti. Sur la réserve des médias. Et sur le contexte européen dans lequel une telle phrase peut être prononcée.
Une phrase, plusieurs interprétations
La déclaration de Merz à Halle-sur-Saale était formulée de manière explicitement conditionnelle. Il a parlé d’une perspective de paix et de liberté, et non d’un changement de cap immédiat (1). Néanmoins, son impact symbolique ne doit pas être sous-estimé. En Allemagne de l’Est, où l’épuisement économique, les prix élevés de l’énergie, le déclin industriel et la lassitude face à la guerre sont plus perceptibles que dans de nombreuses métropoles ouest-allemandes, tout signal en faveur du dialogue est perçu différemment qu’à Berlin ou à Bruxelles. C’est ici que se pose pour la première fois la question de la confiance. Cette déclaration s’inscrit-elle dans le cadre d’une réorientation stratégique ou s’agit-il d’un signal délibéré dans une région électorale politiquement sensible ?
Ce qui est frappant, ce n’est pas tant ce qui a été dit que ce qui a suivi. Aucune controverse interne au parti n’est apparue. Contrairement aux attentes générales, il n’y a eu ni critique ouverte ni distanciation ostensible au sein de la CDU. Même les voix qui défendaient jusqu’à présent une ligne particulièrement dure à l’égard de la Russie ne se sont pas exprimées publiquement. Ce silence n’est pas politiquement neutre. Il indique que cette déclaration n’a pas été interprétée comme un « dérapage ». Il semble plausible qu’il s’agisse d’un signal contrôlé, du moins d’un signal que l’on n’a pas voulu problématiser (2).
La réaction des médias est tout aussi remarquable. Les grands médias ont cité cette phrase, mais sans vraiment la commenter. Elle n’a suscité ni alarmisme ni commentaires intenses (2). Cela ne peut pas être interprété comme une retenue délibérée, mais plutôt comme une gêne dans le discours. Une ouverture conditionnelle ne correspond pas aux schémas d’interprétation qui ont prévalu jusqu’à présent. Dans le même temps, on sait que, dans l’est de l’Allemagne en particulier, toute classification fortement encadrée est rapidement interprétée comme une influence tactique. Dans ce contexte, le silence ou la réserve objective semblent souvent être la voie la moins risquée.
Pour la CDU elle-même, un autre facteur pourrait jouer un rôle. La Saxe-Anhalt et d’autres Länder est-allemands sont considérés comme politiquement sensibles. Le scepticisme à l’égard de la paix et des sanctions y est répandu, et les difficultés économiques y sont directement perceptibles. Une correction publique au sein du parti aurait donné plus d’importance à cette phrase qu’elle n’en a jusqu’à présent en termes de contenu – et aurait peut-être éloigné davantage les électeurs qui sont stratégiquement importants. Dans cette optique, le silence semble moins être le fruit du hasard qu’une stratégie de communication (2).
Le fait que Merz n’ait pas encore donné de fondement politique à cette phrase semble confirmer cette interprétation. Elle n’a été suivie d’aucun concept, d’aucun discours sur l’architecture de sécurité européenne, d’aucune concrétisation de ce que signifie « équilibre » sur le plan institutionnel, économique ou sécuritaire (1). Mais en déduire qu’il s’agit d’un simple « lapsus » serait réducteur. Car l’Europe elle-même se trouve dans une phase où les anciennes certitudes s’effritent – et c’est précisément cette situation qui est désignée avec une clarté remarquable au-delà des débats allemands, par exemple dans les think tanks britanniques (4).
Le dialogue comme question de pouvoir, et non comme question de confiance
Depuis mi-2025, un débat discret mais de plus en plus structuré s’est engagé au sein de l’UE. Le président français Emmanuel Macron et la Première ministre italienne Giorgia Meloni ont déclaré publiquement que l’Europe devait être à nouveau en mesure de dialoguer avec la Russie (5). Meloni a justifié cette position de manière pragmatique : celui qui, dans une phase de négociation, ne dialogue qu’avec une seule partie, se retrouve politiquement marginalisé (5). À l’opposé, la Pologne, les États baltes et la Grande-Bretagne rejettent toute rhétorique de dialogue, qu’ils considèrent comme une concession dangereuse (5).
Au sein même des institutions européennes, les positions restent contradictoires. La Commission reconnaît que la paix passera tôt ou tard par des discussions avec la Russie, mais souligne en même temps qu’on n’en est « pas encore là » (6). Cette ambivalence est centrale. Elle montre que l’Europe se débat moins avec la question de la confiance envers Moscou qu’avec celle de savoir comment affirmer sa propre capacité d’action dans des conditions incertaines.
Le véritable contexte de ce changement est moins la Russie elle-même que l’incertitude quant au rôle des États-Unis. Depuis la nouvelle stratégie de sécurité américaine et la politique ouvertement transactionnelle de Washington, les capitales européennes s’inquiètent de plus en plus de n’être que des spectatrices au moment décisif (4). Dans ce contexte, le débat sur la nomination éventuelle d’un représentant spécial de l’UE pour la Russie prend également de l’importance. Le poste n’a pas encore été décidé et aucun nom n’a encore été avancé. Mais la discussion montre déjà à quel point la crainte d’être politiquement ignoré par un éventuel accord entre les États-Unis et la Russie est grande (5).
Depuis l’été 2025 au plus tard, un contraste s’est ainsi dessiné en Europe, souvent atténué dans les reportages allemands. Ce n’est pas « la paix contre la guerre » qui s’opposent, mais plutôt deux réflexes politiques concurrents. Le premier est que l’Europe doit retrouver des canaux de communication afin de ne pas être l’objet de décisions étrangères en cas de négociations. Le second est que les discussions sans moyens de pression préalablement mis en place et sans signaux russes fiables constituent une politique symbolique dangereuse. Elles sapent la dissuasion, affaiblissent l’Ukraine et normalisent une situation considérée comme non normalisable (5).
Du côté de ceux qui considèrent explicitement les discussions comme un instrument – et non comme un acte de confiance – se trouvent principalement Rome et Paris. Début janvier 2026, la Première ministre italienne Giorgia Meloni a déclaré en substance que « le moment était venu pour l’Europe de parler également avec la Russie » (5). L’argument est stratégique, et non moral : si l’Europe entre dans une phase de négociation et ne parle qu’à une seule partie, son influence restera inévitablement limitée (5). Le président français Emmanuel Macron a mis l’accent sur un point similaire en décembre 2025. Il serait « à nouveau utile » de parler avec le président Poutine, car sinon l’Europe serait exclue d’un format américano-russe (5). Dans cette logique, le dialogue n’est pas un signe de rapprochement. Il s’agit d’une tentative de redevenir le sujet de sa propre politique de sécurité.
Bruxelles entre ouverture et report
Cette approche se heurte toutefois à une tension institutionnelle fondamentale au sein de l’Union européenne. Même là où l’inévitabilité des discussions est reconnue en théorie, leur timing est contesté. En janvier 2026, la Commission a choisi une formulation qui inclut délibérément les deux aspects : la reconnaissance d’une nécessité future et le rejet des attentes actuelles. La porte-parole Paula Pinho a déclaré textuellement : « Nous n’en sommes pas encore là. » Elle a toutefois ajouté : « À un moment donné, des discussions devront avoir lieu, y compris avec le président Poutine. » La raison en est une clause de sauvegarde politique. On ne voit « aucun signe » que Poutine souhaite réellement la paix (6). En d’autres termes, l’Europe accepte les discussions comme point final, mais les repousse dans le temps, maintenant ainsi la pression politique tant à l’intérieur qu’à l’extérieur.
Ursula von der Leyen est restée fidèle à cette logique en continuant à « faire pression pour forcer les négociations ». À l’automne 2025, elle a déclaré qu’il fallait « exercer une pression plus forte sur la Russie au niveau e pour qu’elle se présente à la table des négociations » et, pour cela, « davantage de sanctions » (7). En janvier 2026, elle a réaffirmé que c’était à la Russie de montrer qu’elle voulait la paix (7). Là encore, il n’y a pas de refus catégorique des discussions, mais plutôt une conception des négociations comme le résultat d’une contrainte – et non comme une offre politique.
La haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères, Kaja Kallas, s’est exprimée en des termes beaucoup plus durs. Lors de la conférence de presse du Conseil des ministres des Affaires étrangères de l’UE en novembre 2025, elle a déclaré : « La pression doit être exercée sur l’agresseur, pas sur la victime » (8). Elle a également résumé cette ligne de conduite en un « plan en deux points clair » : « Premièrement, affaiblir la Russie, deuxièmement, soutenir l’Ukraine ».(9) Cette déclaration est programmatique dans sa clarté. Elle fait de la question des pourparlers une technique secondaire qui ne semble avoir de sens qu’après la mise en place de moyens de puissance suffisants. Le ton de Kallas marque ainsi la limite interne de ce qui peut actuellement être considéré comme une « nouvelle stratégie » à Bruxelles sans être interprété comme un abandon de la ligne suivie jusqu’à présent.
À cela s’ajoutent les voix issues de l’appareil sécuritaire institutionnel, qui repoussent encore le débat. Il s’agit moins ici de dialogue ou de dissuasion que de partage des charges et de responsabilité européenne. En décembre 2025, dans le contexte de la réorientation américaine, le président du Conseil européen António Costa a déclaré que l’Europe devait comprendre que les relations entre alliés et les alliances d’après-guerre avaient fondamentalement changé (10). Début janvier 2026, le commissaire européen Andrius Kubilius a déclaré avec une franchise inhabituelle que les États-Unis exigeaient de l’Europe qu’elle soit prête à assumer « l’entière responsabilité de la défense conventionnelle de l’Europe » (11).
Dans cette perspective, la question russe devient un problème secondaire dans un contexte plus large. La crise stratégique de l’Europe n’est pas tant une question de ton à adopter vis-à-vis de Moscou qu’une crise de sa propre architecture de protection – et de sa volonté d’assumer ses responsabilités dans un monde dépourvu de puissance régulatrice fiable (4).
Celui qui n’a pas de canal de communication n’a pas sa place à la table des négociations
C’est précisément là que le débat sur un représentant spécial de l’UE ou un négociateur dédié à la Russie devient plausible. Il est moins alimenté par la volonté de dialogue que par la crainte d’être privé de ses droits politiques. Reuters a rapporté que la Première ministre italienne Giorgia Meloni avait explicitement suggéré la nomination d’un envoyé de l’UE (5). Dans le même temps, plusieurs rapports soulignent qu’un tel poste n’existe pas encore officiellement. Des noms tels que Mario Draghi ou le président finlandais Alexander Stubb ne circulent actuellement que sous forme de spéculations dans le cadre d’un processus de recherche, et non comme le résultat de décisions politiques.
Le cœur politique de ce débat est toutefois clair : celui qui ne dispose pas de son propre canal de communication dans une éventuelle phase de négociation n’a pas sa place à la table des discussions et finit par devenir l’objet d’accords étrangers. Dans cette interprétation, l’appel à la nomination d’un envoyé spécial est une tentative d’affirmation institutionnelle dans un ordre mondial de plus en plus transactionnel (5).
Une coalition s’oppose toutefois à cette logique de dialogue et de négociation. Elle est composée de la Pologne, des États baltes et de Londres (5). La ministre britannique des Affaires étrangères, Yvette Cooper, a réagi en déclarant qu’il fallait des « preuves » solides qu’ , le président Poutine, souhaitait réellement la paix ; pour l’instant, elle n’en voyait pas (13). L’initiative franco-italienne est ainsi présentée comme une politique symbolique risquée.
La position britannique est particulièrement pertinente car, contrairement à de nombreux États membres de l’UE, elle est moins soumise aux contraintes du consensus bruxellois. Londres estime que le prix d’un rapprochement erroné est plus élevé que celui de la marginalisation politique. Dans cette perspective, il est plus rationnel de ne pas avoir de place à la table des négociations que de perdre sa crédibilité stratégique en envoyant des signaux prématurés (13).
Washington, facteur perturbateur de la stratégie européenne
Les think tanks européens ont également clairement dénoncé cette rupture avec les tabous. Ce n’est pas l’Europe qui a ouvert le dialogue, mais Washington. Stefan Meister, expert de la Russie à la Deutsche Gesellschaft für Auswärtige Politik (DGAP), a déclaré que les négociations directes entre les États-Unis et le Kremlin avaient de facto brisé le « tabou des contacts diplomatiques ». Il en déduit la question centrale de savoir si Bruxelles ne devrait pas ouvrir son propre canal de communication avec Moscou, précisément parce que la sécurité européenne est directement concernée (14).
Mark Leonard, du Conseil européen des relations étrangères (ECFR), a avancé un argument encore plus instrumental en décembre 2025. L’Europe doit « être prête à parler directement avec les Russes », en particulier au cas où Donald Trump « se lasserait du processus et s’en irait » (15). Le dialogue apparaît ici comme une protection contre la volatilité américaine. Un débat parallèle au sein de la Fondation Carnegie résume cette logique par un « oui, mais » : oui, l’Europe devrait négocier, mais « pas au nom de la paix à tout prix ». L’objectif serait d’obtenir une place à la table des négociations, précisément parce que Moscou ne souhaite pas y voir l’Europe pour des raisons stratégiques (16).
Au final, il en résulte un constat plus sévère que ne le suggère le vocabulaire habituel « l’Europe veut la paix ». Ces positions ne relèvent pas d’un romantisme du dialogue. Elles désignent une réalité stratégique. Si les États-Unis agissent de manière imprévisible et mènent des discussions principalement dans leur propre intérêt, l’Europe doit au moins avoir la capacité de négocier elle-même, même si elle ne fait pas confiance à son interlocuteur et ne partage pas ses motivations (4). (Souligné par la rédaction.)
Cela modifie la ligne de conflit réelle. Pour 2026, deux options « mauvaises et pires » s’opposent. Si l’Europe s’en tient à une logique de pression maximale et d’affaiblissement, elle risque néanmoins d’être politiquement ignorée par un accord entre les États-Unis et la Russie. Si elle ouvre ses propres canaux de dialogue, elle risque d’être accusée de normalisation sur le plan intérieur et de perdre sa crédibilité en matière de dissuasion sur le plan extérieur. Si elle tente les deux à la fois – pression et dialogue –, elle a besoin d’une architecture institutionnelle composée d’un mandat, de négociateurs, de mécanismes de sanction et de garanties de sécurité, qui n’est pour l’instant qu’esquissée (5).
C’est précisément sur ce point que la question de Merz devient opérationnelle. Ce n’est pas la phrase de Halle qui est crédible. Ce qui serait crédible, c’est la capacité à la traduire en une capacité d’action européenne.
Le point de vue britannique : l’ordre sans puissance protectrice
C’est là qu’intervient le point de vue de Londres. Le « Chatham House », le think tank le plus influent de Grande-Bretagne en matière de politique étrangère, décrit l’année 2026 comme une année « sans puissance protectrice » (17). Dans la Director’s Annual Lecture, la directrice Bronwen Maddox diagnostique un monde dans lequel les États-Unis abandonnent de facto leur rôle d’arbitre. Elle parle ouvertement d’une « révolution » de la politique américaine : les alliances sont considérées comme une option ; les règles ne s’appliquent plus que tant qu’elles sont utiles (18).
Pour les alliés, cela signifie, selon Maddox, envisager sérieusement des scénarios qui étaient auparavant impensables, allant jusqu’à se prémunir contre les pressions politiques ou économiques exercées par Washington lui-même (18). Cette déclaration est remarquable dans le contexte britannique. Elle démystifie la « relation spéciale » longtemps invoquée et la remplace par une sobriété stratégique. La loyauté est calculée.
Dans cette analyse, la Russie apparaît comme un facteur perturbateur permanent (et non comme un partenaire) qui mobilise des ressources et génère de l’instabilité. L’Ukraine, quant à elle, est décrite comme une épreuve à long terme sans options valables. Maddox parle d’un choix entre des options mauvaises et pires : un soutien continu sans perspective politique, un soutien limité avec des risques élevés ou un conflit gelé qui déstabilise durablement l’Europe (18).
Cependant, le point décisif réside moins dans le diagnostic des conflits individuels que dans le ton de l’analyse. « Chatham House » évite toute rhétorique salvatrice. Il n’y a pas de « victoire », pas de conclusion claire, pas de modèle d’avenir positif. Au lieu de cela, Maddox appelle à l’honnêteté stratégique. Les gouvernements doivent dire ouvertement à leurs sociétés que la sécurité absolue n’est plus possible et que la politique ne peut plus promettre d’éliminer complètement les risques, mais qu’elle ne peut désormais que les gérer.
Substance ou campagne publicitaire ?
C’est précisément là que réside le critère d’évaluation de Merz. Du point de vue britannique – et c’est là que réside la valeur ajoutée analytique –, ce qui est déterminant, c’est ce qui le sous-tend. La substance commence là où les mots sont étayés par des propositions solides sur l’architecture de sécurité européenne, par des concepts de politique économique allant au-delà des sanctions, par des modèles de financement réalistes et par une communication honnête sur les coûts politiques et sociaux (18).
La campagne publicitaire commence là où les mots restent sans suite, adaptés aux humeurs régionales, sans traduction stratégique et sans connectivité reconnaissable. La phrase prononcée par Merz à Halle relève jusqu’à présent de cette deuxième catégorie. Elle ouvre un espace de réflexion, mais ne le remplit pas (1).
Cela ne signifie pas que cette phrase soit fausse. Au contraire : l’analyse britannique suggère qu’à long terme, l’Europe ne pourra pas éviter de réajuster ses relations avec la Russie, par nécessité (17). En même temps, elle montre clairement qu’un tel réajustement est un tour de force en matière de politique de puissance. Il exige de la préparation, de la persévérance et l’acceptation de la société, et donc bien plus qu’un signal correctement envoyé (18).
Que reste-t-il de la question de confiance ?
Faut-il faire confiance à Merz ? La réponse honnête est la suivante : on peut l’écouter, mais on ne peut pas se fier à ses paroles, car elles manquent jusqu’à présent de profondeur stratégique.
Les think tanks britanniques ne font aucun commentaire sur Merz lui-même, mais fournissent plutôt le critère à l’aune duquel la politique allemande est actuellement évaluée. Dans un monde dépourvu de puissances protectrices fiables, les signaux sans ancrage institutionnel sont sans valeur. La confiance naît de la viabilité, de la capacité à traduire les paroles en structures solides (18).
Pour l’Allemagne, et en particulier pour l’Allemagne de l’Est, cela représente une vérité dérangeante. Ni la fermeture ni l’ouverture ne peuvent remplacer une stratégie. Le véritable test consiste à savoir si Berlin est prête à reconnaître la réalité européenne que Londres décrit de manière si sobre. L’ordre n’est plus automatique. Il doit être repensé sur les plans politique, économique et social (18). (Souligné par la rédaction.)
Tant que Merz ne fournira pas cette traduction, sa phrase prononcée à Halle-sur-Saale restera un écho – attentivement enregistré, lu à maintes reprises, mais sans orientation.
Épilogue
Qu’est-ce que cela signifie concrètement ?
L’impact politique ne résulte pas d’« appels à la paix » généraux, mais de questions précises. Ceux qui veulent réagir à des déclarations telles que celles de Friedrich Merz devraient s’interroger sur leur mise en œuvre : quelle architecture de sécurité européenne la politique considère-t-elle comme réaliste pour l’après-guerre ? Quel rôle l’Allemagne doit-elle jouer dans ce cadre, au-delà des livraisons d’armes, de la rhétorique des sanctions et de l’affirmation morale de soi ? À quoi devrait ressembler une capacité européenne autonome de dialogue et de négociation si les États-Unis suivent leur propre voie ? Et qui assume la responsabilité des coûts politiques, économiques et sociaux ?
Car ces coûts sont fixés depuis longtemps. L’endettement financier, l’affaiblissement industriel, les bouleversements sociaux et les conséquences à long terme en matière de politique de sécurité de ces dernières années sont irréversibles et se feront sentir pendant des décennies, sans parler de la perte de confiance du voisin russe, qui est également un pays européen. Les coûts de cette guerre sont le résultat de décisions politiques qui ont été prises dans un contexte géopolitique et qui n’ont pas été suffisamment expliquées à la société. La question est de savoir comment continuer à gouverner avec leurs conséquences.
Dans ce contexte, les discussions, les négociations ou les ouvertures stratégiques constituent une tentative de regagner la capacité de contrôle politique, et non un signe de complaisance. La maturité politique commence par la distinction entre comprendre, négocier et faire confiance, par la redécouverte de notions telles que la capacité de dialogue, l’autonomie de négociation ou la redondance stratégique – et par le courage de ne pas se contenter de réponses évasives. Il s’agit d’une clarification.
Sources et remarques
1.) https://www.bundesregierung.de/breg-de/aktuelles/rede-kanzler-ihk-halle-dessau-2402682
2.) https://www.mdr.de/nachrichten/sachsen-anhalt/halle/halle/video-bundeskanzler-merz- frieden-russland-100.html
3.) https://tass.com/politics/2071977
4.) https://www.chathamhouse.org/publications/the-world-today/2025-12/world-2026
5.) https://www.reuters.com/world/europe/russia-hails-apparent-desire-some-eu-states-resume-dialogue-ukraine-with-moscow-2026-01-16/
6.) https://www.brusselstimes.com/1914771/talking-to-putin-were-not-there-yet-eu-spokesperson ; https://www.euractiv.com/news/eu-says-direct-talks-with-putin-inevitable-at-some-point/
7.) https://www.theguardian.com/world/live/2026/jan/06/coalition-willing-paris-ukraine-zelenskyy-greenland-denmark-venezuela-trump-latest-news-updates?filterKeyEvents=false&page=with%3Ablock-695d3d668f082f208bb59f27
8.) https://www.eeas.europa.eu/eeas/foreign-affairs-council-press-conference-high-representative-kaja-kallas-0_en
9.) https://www.eeas.europa.eu/eeas/foreign-affairs-council-press-conference-high-representative-kaja-kallas-0_en
10.) https://www.courthousenews.com/eu-leaders-talk-european-security-amid-unpredictable-us/
11.) https://ec.europa.eu/commission/presscorner/home/en
12.) https://www.aa.com.tr/en/europe/european-governments-urge-eu-to-appoint-negotiator-on-ukraine-talks-report/3799005
13.) https://novayagazeta.eu/articles/2026/01/16/uk-opposes-french-and-italian-calls-for-europe-to-restart-dialogue-with-putin-en-news
14.) https://dgap.org/en/research/publications/taking-pulse-should-europe-negotiate-russia
15.) https://www.project-syndicate.org/commentary/europe-must-plan-for-ukraine-postwar-scenario-on-its-own-by-mark-leonard-2025-12
16.) https://carnegieendowment.org/europe/strategic-europe/2026/01/taking-the-pulse-what-issue-is-europe-ignoring-at-its-peril-in-2026?lang=en¢er=europe
17.) https://www.chathamhouse.org/publications/the-world-today/2025-12/world-2026
18.) https://www.chathamhouse.org/2026/01/chatham-house-director-bronwen-maddox-warns-does-mark-end-western-alliance