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Refuser d’y adhérer sera un acte de respect de soi national. L’ordre international fondé sur l’ONU, aussi imparfait soit-il, doit être réparé par le droit et la coopération, et non remplacé par une caricature dorée.
Jeffrey D. Sachs Sybil Fares

Le soi-disant « Conseil de paix » créé par le président Donald Trump est profondément dégradant pour la poursuite de la paix et pour tout pays qui lui accorderait une légitimité. Il s’agit d’un cheval de Troie visant à démanteler les Nations unies. Il devrait être catégoriquement rejeté par tous les pays invités à y adhérer.
Dans sa charte, le Conseil de la paix (BoP) se présente comme une « organisation internationale qui cherche à promouvoir la stabilité, à rétablir une gouvernance fiable et légitime, et à garantir une paix durable dans les régions touchées ou menacées par des conflits ». Si cela vous semble familier, c’est normal, car il s’agit là du mandat des Nations unies. Créée au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l’ONU a pour mission principale de maintenir la paix et la sécurité internationales.
Ce n’est un secret pour personne que Trump affiche ouvertement son mépris pour le droit international et les Nations unies. Il l’a lui-même déclaré lors de son discours à l’Assemblée générale en septembre 2025 et s’est récemment retiré de 31 entités des Nations unies. Suivant une longue tradition de la politique étrangère américaine, il a constamment violé le droit international, notamment en bombardant sept pays au cours de l’année écoulée, sans aucune autorisation du Conseil de sécurité et sans légitime défense au sens de la Charte (Iran, Irak, Nigeria, Somalie, Syrie, Yémen et Venezuela). Il revendique désormais le Groenland, avec une hostilité flagrante et ouverte envers les alliés des États-Unis en Europe.
Qu’en est-il donc de ce Conseil de la paix ?
Il s’agit, pour faire simple, d’un serment d’allégeance à Trump, qui aspire au rôle de président mondial et d’arbitre ultime du monde. Le BoP aura pour conseil d’administration nul autre que les donateurs politiques, les membres de la famille et les courtisans de Trump. Les dirigeants des nations qui adhéreront à pourront côtoyer Marco Rubio, Steve Witkoff, Jared Kushner et Tony Blair, et recevoir leurs ordres. Marc Rowan, propriétaire d’un fonds spéculatif et grand donateur du Parti républicain, sera également de la partie. Plus précisément, toutes les décisions prises par le BoP seront soumises à l’approbation de Trump.
Comme si cette mascarade de représentants ne suffisait pas, les nations devront payer 1 milliard de dollars pour obtenir un « siège permanent » au sein du Conseil. Toute nation qui participe doit savoir ce qu’elle « achète ». Elle n’achète certainement pas la paix ou une solution pour le peuple palestinien (car l’argent est censé servir à la reconstruction de Gaza). Elle achète un accès ostensible à Trump tant que cela sert ses intérêts. Elle achète l’illusion d’une influence momentanée dans un système où les règles de Trump sont appliquées selon son bon vouloir.
Cette proposition est absurde, notamment parce qu’elle prétend « résoudre » un problème qui a déjà trouvé une solution mondiale il y a 80 ans. Les Nations unies existent précisément pour empêcher la personnalisation de la guerre et de la paix. Elles ont été conçues après les ravages de deux guerres mondiales afin d’asseoir la paix mondiale sur des règles collectives et le droit international. L’autorité de l’ONU découle, à juste titre, de la Charte des Nations unies ratifiée par 193 États membres (y compris les États-Unis, comme l’a ratifié le Sénat américain en juillet 1945) et fondée sur le droit international. Si les États-Unis ne veulent pas respecter la Charte, l’Assemblée générale des Nations unies devrait suspendre les pouvoirs des États-Unis, comme elle l’a fait autrefois avec l’Afrique du Sud de l’apartheid.
Le « Conseil de paix » de Trump est un rejet flagrant des Nations unies. Trump l’a clairement exprimé en déclarant récemment que le Conseil de paix « pourrait » en effet remplacer les Nations unies. Cette déclaration à elle seule devrait mettre fin à toute discussion pour tout dirigeant national sérieux. Participer après une telle déclaration revient à prendre la décision consciente de subordonner son pays à l’autorité mondiale personnalisée de Trump. C’est accepter d’avance que la paix ne soit plus régie par la Charte des Nations unies, mais par Trump.
Pourtant, certains pays, désireux de se mettre du bon côté des États-Unis, pourraient mordre à l’hameçon. Ils devraient se souvenir des sages paroles du président John F. Kennedy dans son discours d’investiture : « Ceux qui ont bêtement cherché à obtenir le pouvoir en chevauchant le tigre ont fini par se retrouver à l’intérieur. »
L’histoire montre que la loyauté envers Trump ne suffit jamais à apaiser son ego. Il suffit de regarder la longue liste des anciens alliés, conseillers et collaborateurs de Trump qui ont été humiliés, écartés et attaqués par lui dès qu’ils ont cessé de lui être utiles.
Pour n’importe quelle nation, participer au Conseil de la paix serait une erreur stratégique. Rejoindre cet organisme causerait des dommages durables à la réputation. Longtemps après que Trump lui-même ne sera plus président, avoir été associé à cette parodie sera considéré comme un manque de jugement. Cela restera une triste preuve qu’à un moment critique, un système politique national a confondu un projet vaniteux avec de l’habileté politique, gaspillant ainsi un milliard de dollars.
En fin de compte, refuser de rejoindre le « Conseil de la paix » sera un acte de respect de soi national. La paix est un bien public mondial. L’ordre international fondé sur l’ONU, aussi imparfait soit-il, doit être réparé par le droit et la coopération, et non remplacé par une caricature dorée. Toute nation qui accorde de l’importance au droit international et au respect des Nations unies devrait immédiatement refuser d’être associée à cette parodie du droit international.