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Donald Trump a-t-il fait diversion en s’acharnant sur le Groenland afin de pouvoir préparer une action militaire ailleurs dans le monde ? C’est en tout cas ce que pense David Criekemans, professeur de politique internationale à l’université d’Anvers.

Adélie Reginster

Donald Trump est-il plus fin stratège que l’on ne le pense ? Ce n’est pas impossible, selon David Criekemans. Professeur politique internationale à l’université d’Anvers, il est convaincu que le président américain multiplie les déclarations chocs et les actions inattendues afin de détourner l’attention internationale d’autres opérations américaines.

« Sur le plan international, cette stratégie a commencé cette année au Venezuela (avec l’enlèvement de Nicolas Maduro, ndlr). Le président américain revient sans cesse avec de nouveaux dossiers face auxquels tout le monde doit réagir. Mais, pendant que l’on est occupé avec ça, Trump est déjà passé au dossier suivant« , résume David Criekemans auprès de Het Laatste Nieuws. L’expert parle d’une « politique de déstabilisation » de la part de Donald Trump.

Prenons l’exemple du Groenland. Selon David Criekemans, il n’y avait aucune raison urgente pour le locataire de la Maison-Blanche de vouloir accélérer les choses concernant le territoire danois riche en minerais. Pourtant, depuis mi-janvier environ, il n’arrête pas de rappeler qu’il compte s’emparer du Groenland pour en faire un territoire américain. Il a multiplié les menaces, notamment envers les alliés du Danemark, et même évoqué le recours à la force pour s’emparer de l’île.

Trump gagne du temps au Moyen-Orient

Pourtant, « il n’y avait aucune urgence » à traiter le dossier groenlandais, affirme David Criekemans. Son hypothèse est donc que Donald Trump souhaitait gagner du temps afin d’avancer sur une autre opération : « Il a simplement gagné du temps, une dizaine de jours. Le temps qui lui était nécessaire pour acheminer une énorme quantité de matériel militaire au Moyen-Orient« . Le professeur flamand voit donc « toute l’histoire du Groenland » comme « une fantastique manœuvre de diversion« .

Il appuie cette thèse avec des éléments factuels : les déplacements effectués ces derniers jours par les flottes aériennes et navales américaines. Plusieurs dizaines d’avions ont été acheminées vers le Moyen-Orient, notamment sur la base américaine d’Al Udeid, au Qatar. Et comme nous l’évoquions le 16 janvier dernier, le porte-avions USS Abraham Lincoln, qui stationnait dans la mer de Chine depuis un certain temps, a quitté la zone afin de se diriger vers l’Iran, accompagné d’autres navires. Un déploiement naval que Donald Trump a d’ailleurs confirmé ce vendredi 23 janvier 2026, auprès de journalistes qui se trouvaient à bord de l’avion qui le ramenait de Davos : « Nous avons beaucoup de navires qui se dirigent dans cette direction, au cas où […] Je préférerais que rien ne se passe, mais nous surveillons de très près« .

Le but du locataire de la Maison-Blanche est d’accentuer la pression sur le régime iranien, en réponse à la répression violente du mouvement de contestation qui secoue le pays depuis la fin du mois de décembre 2025. Trump avait d’ailleurs menacé de frapper l’Iran, si Téhéran ne suspendait pas les exécutions de manifestants.

Pour David Criekemans, comme les États-Unis n’avaient pas une grosse armada au Moyen-Orient, ils ne pouvaient pas encore réellement mettre la pression sur l’Iran. C’est désormais chose faite, puisque pendant que le monde se tracassait du sort du Groenland, Trump a pu acheminer son matériel militaire discrètement vers la région visée. « Je ne peux pas me défaire de l’impression que le Groenland a été utilisé. Peut-être que Donald Trump est un stratège plus habile qu’on ne le pense« , confie finalement le professeur de politique internationale.

La Libre