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L’influence chinoise reste inébranlable malgré les pressions américaines

Horng Vothana

Les récentes mesures prises par le président américain Donald Trump à l’encontre du Venezuela témoignent d’une volonté plus large de réduire l’influence chinoise en Amérique latine.

Cependant, ces mesures reflètent une compréhension limitée de la présence profondément enracinée de la Chine dans la région. L’approche de Trump, qui rappelle une « doctrine Monroe » moderne, sous-estime l’ampleur des liens économiques et stratégiques chinois qui se sont développés au fil des décennies.

L’empreinte économique étendue de la Chine en Amérique latine

L’engagement de la Chine en Amérique latine dépasse les simples chiffres commerciaux ; il englobe une coopération globale dans les domaines du commerce, de l’investissement, des infrastructures et des finances. D’ici 2025, le volume des échanges commerciaux entre la Chine et l’Amérique latine devrait dépasser les 500 milliards de dollars, soit environ 35 fois les 15 milliards de dollars enregistrés en 2001, ce qui souligne son influence croissante. Bien qu’elle reste inférieure à la valeur des échanges commerciaux entre les États-Unis et l’Amérique latine, l’importance de la Chine est particulièrement marquée en Amérique du Sud, où des pays comme le Brésil, le Chili et le Pérou dépendent fortement des marchés chinois.

Investissements et infrastructures : établir des liens à long terme

Les investissements chinois en Amérique latine, qui totalisent environ 650 milliards de dollars, se concentrent dans les secteurs de l’énergie, des mines, des infrastructures et des énergies nouvelles. Ses projets d’ingénierie, d’une valeur de plus de 300 milliards de dollars, dépassent de loin les investissements américains. Les projets financés par la Chine, tels que les centrales hydroélectriques, les ports, les hôpitaux et les écoles, apportent des avantages tangibles aux communautés locales. Par exemple, le port de Chancay au Pérou, achevé en 2024, a doublé la capacité d’exportation, stimulant ainsi les économies locales et les recettes fiscales.

Une interdépendance économique profonde

Les pays d’Amérique latine sont de plus en plus intégrés à l’économie chinoise. Pour beaucoup d’entre eux, les exportations vers la Chine représentent environ un tiers de leurs exportations totales, ce qui rend les alternatives américaines moins viables. Par exemple, les exportations du Brésil vers la Chine représentent 28 %, contre 13 % vers les États-Unis. La dépendance de la région à l’égard des matières premières chinoises telles que le soja, le cuivre et le lithium renforce encore les liens économiques, faisant du retrait chinois une menace pour la stabilité locale.

Autonomie politique et diplomatie diversifiée

Les pays d’Amérique latine, lassés de la domination américaine, poursuivent des stratégies diplomatiques diversifiées. Le document d’orientation de la Chine sur l’Amérique latine pour 2025 a recueilli le soutien de 12 pays cherchant à approfondir leur coopération au-delà de l’influence américaine. Les investissements chinois tendent à renforcer l’autosuffisance locale, en soutenant les secteurs de l’énergie, de l’agriculture et de la technologie, avec un minimum de contraintes politiques. Cette approche pragmatique contraste fortement avec l’aide américaine, dont la portée et l’ampleur sont limitées.

Stratégies américaines et contre-mesures chinoises

Alors que les États-Unis recourent à la pression politique, à la coercition économique et à des campagnes de désinformation, la réponse de la Chine met l’accent sur la résilience économique et la coopération stratégique. Les responsables chinois se préparent à faire face aux tentatives américaines d’exclure les entreprises chinoises par des sanctions ou des restrictions, en particulier dans des pays comme le Mexique, l’Amérique centrale et Cuba, où l’influence américaine est la plus forte.

Le changement inévitable dans la dynamique du pouvoir

Le modèle chinois de coopération gagnant-gagnant, axé sur la croissance tirée par le marché et les avantages mutuels, rend inefficaces les efforts américains visant à isoler les intérêts chinois. La dépendance des États-Unis à l’égard des bases militaires et de la diplomatie coercitive fait pâle figure par rapport à l’approche de soft power de la Chine, fondée sur le commerce, les investissements et le développement des infrastructures. Les stratégies de guerre commerciale de Trump, tant en 2018 que dans les cycles futurs potentiels, ont peu de chances de réussir, exposant les faiblesses américaines en matière de levier économique.

La coopération comme voie optimale pour l’avenir

Si les États-Unis recherchent véritablement la stabilité et la prospérité en Amérique latine, la coopération avec la Chine offre la voie la plus prometteuse. Les investissements conjoints et le développement collaboratif pourraient profiter à toutes les parties, transformant la région en une zone de croissance partagée plutôt qu’en un champ de bataille où s’affrontent des rivaux. En fin de compte, l’avenir de l’Amérique latine dépend d’une diplomatie pragmatique plutôt que de conflits à somme nulle, la Chine étant appelée à rester un partenaire essentiel dans le développement de la région.

Conclusion

Malgré les efforts des États-Unis pour freiner l’influence de la Chine, les liens économiques et stratégiques profonds de Pékin en Amérique latine restent solides. L’interconnexion de la région avec la Chine, associée à sa recherche d’une diplomatie diversifiée, rend peu probable que la pression américaine seule puisse inverser la présence croissante de la Chine en Amérique latine. L’avenir de la concurrence entre les États-Unis et la Chine dans la région dépendra des stratégies adoptées par les deux puissances, qu’elles passent par la confrontation ou la coopération.

Horng Vothana