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États-Unis, Donald Trump, Marco Rubio, Mark Carney, Mary Robinson, Nations Unies (ONU), Tony Blair
L’ONU n’est pas parfaite, mais elle préserve les règles et les principes qui protègent nos libertés grâce à un système de contrôle étatique.
Alanna O’Malley
Alors que le président américain Donald Trump cherche à étendre son emprise sur le système international, la dernière arme qu’il a sortie de son arsenal est la proposition de créer un Conseil international de la paix. Initialement envisagé comme un organe temporaire chargé de surveiller la mise en œuvre de l’accord de cessez-le-feu à Gaza, il s’agit désormais d’un plan multidimensionnel visant à créer une nouvelle organisation internationale pour la paix.
Ce conseil, qualifié par l’ancienne présidente irlandaise Mary Robinson d’« illusion de pouvoir » en raison de sa structure et de sa composition, ressemble à un scénario de film de James Bond. Mais compte tenu du pouvoir politique et économique considérable dont disposent encore les États-Unis, alors que l’Europe reconfigure ses relations transatlantiques, comment les petits États tels que l’Irlande devraient-ils réagir ?
Le Conseil de paix proposé est présenté dans une charte de 11 pages, répartie en huit chapitres et 13 articles, dans laquelle Trump présente une vision du monde américaine repensée, avec lui-même au centre. La structure ferait de lui un président permanent à vie, doté d’un droit de veto exclusif sur le conseil et de la possibilité de révoquer des membres.
Renforçant son rôle central, le conseil sera composé d’un conseil exécutif comprenant des membres tels que l’ancien Premier ministre britannique Tony Blair, le secrétaire d’État américain Marco Rubio et le gendre de Trump, Jared Kushner. La semaine dernière, 35 États, dont Israël, avaient adhéré au projet, mais de nombreux États européens, dont la Grande-Bretagne et la France, l’ont refusé. La Chine et la Russie ont toutes deux été invitées et pourraient contribuer à hauteur d’un milliard de dollars pour acquérir le statut de membre permanent. Le projet d’achat et de vente de sièges est fondamentalement contraire aux principes fondamentaux du système actuel, dans lequel l’adhésion aux Nations unies est fondée sur la souveraineté et l’égalité entre les nations.
Si le conseil déclare avoir pour objectif de préserver la paix et une gouvernance fiable et légitime, les similitudes avec l’ONU s’arrêtent là. En réalité, cette structure reprend les éléments les plus controversés de l’ONU, en particulier le système de veto dysfonctionnel, et centralise le pouvoir américain autour d’eux. Le conseil n’est pas une nouvelle version de l’ordre mondial libéral fondé sur la domination américaine et régulé par un système de freins et contrepoids, mais une suprématie américaine dirigée par un personnage imprévisible qui affiche ouvertement son mépris pour les valeurs et les principes du système international.
Les récentes déclarations de Trump selon lesquelles il est guidé par sa propre moralité – dont il n’y a guère eu de preuves pendant ses présidences – plutôt que par le droit international, ne constituent pas une base pour un système de pouvoir. Les tentatives américaines d’utiliser l’ONU comme une tribune pour intimider, notamment pour défendre le régime génocidaire d’Israël, ont montré les conséquences dévastatrices pour l’humanité lorsque les États ne peuvent être tenus responsables.
Le fait que Trump cherche à institutionnaliser le pouvoir américain est le seul aspect positif de cette proposition. Mais toute institution qui lui permettrait de diriger à vie en toute impunité créerait un précédent mondial selon lequel les plus puissants pourraient façonner l’ensemble du système mondial selon leurs préférences personnelles. Cette proposition devrait être un appel retentissant pour que des pays comme l’Irlande agissent afin de préserver le système actuel fondé sur les valeurs libérales et la protection des droits de l’homme.
L’une des caractéristiques fondamentales de l’ONU est l’impartialité de l’organisation. Ce que propose Trump, c’est un nouveau club pour les élites, qui n’aurait aucune responsabilité, des fonctionnalités limitées et peu de crédibilité auprès du public.
Cette dernière manœuvre politique ressemble davantage aux statuts constitutifs d’une « Global Trump Inc » qu’à la base raisonnée d’une organisation internationale pour la paix. Mais il faudra un leadership tout aussi ambitieux de la part d’autres États, notamment des puissances européennes, pour annuler cette initiative avant qu’elle ne prenne de l’ampleur.
Justine McCarthy a fait valoir la semaine dernière dans The Irish Times que le moment était venu de dissoudre l’ONU et de la remplacer par une nouvelle organisation. La proposition de Trump démontre précisément les dangers d’une telle idée. Toute nouvelle organisation qui ne repose pas sur les principes de souveraineté et d’égalité ne fait que donner davantage de pouvoir à une élite corrompue pour manipuler l’ordre mondial à sa guise. L’abandon de la Société des Nations n’a pas donné naissance à une institution internationale plus forte. Il est bien établi que l’ONU n’a pas les moyens de relever bon nombre des défis les plus urgents du monde. Mais elle préserve les règles et les principes qui protègent nos libertés grâce à un système de contrôle par les États.
Nous sommes à un moment charnière qui nécessite un leadership progressiste et autoritaire, sans lequel l’avenir s’annonce sombre. Le gouvernement irlandais hésite à s’engager, mais sa réticence à s’exprimer sur cette question – qui semble être un prétexte pour préserver les relations commerciales très précieuses avec les États-Unis – est inacceptable. Les récentes déclarations irlandaises de soutien à l’Europe doivent se concrétiser par des engagements en faveur de la réforme de l’ONU. Comme l’a fait remarquer Mary Robinson, l’Irlande devrait s’engager ouvertement à soutenir une conférence de révision de la Charte, comme le prévoit l’article 109 de la Charte des Nations unies. Cette disposition, qui n’a jamais été invoquée, serait une réponse appropriée pour contrer l’initiative de Trump en rendant l’ONU plus résiliente et plus efficace.
Ne pas relever ce défi serait honteux de la part d’un pays qui connaît mieux que quiconque les conséquences de la destruction de la souveraineté, de la guerre, de la faim et de la souffrance – des revendications historiques que le gouvernement irlandais aime faire valoir dans le cadre du profil mondial de l’Irlande.
Le moment est venu de présenter une vision claire de l’avenir de l’ONU. Comme l’a succinctement déclaré le Premier ministre canadien Mark Carney à Davos la semaine dernière, « l’ancien ordre ne reviendra pas. Mais à partir de cette fracture, nous pouvons construire quelque chose de mieux, de plus fort et de plus juste ».
Alanna O’Malley est professeure de gouvernance mondiale et de richesse à l’université Erasmus.