Étiquettes

, , , , ,

De nouvelles révélations ont placé Tony Blair sous le feu des projecteurs en raison de ses liens avec Jeffrey Epstein. (Photos : Wikimedia Commons, dossiers de police, DOJ. Conception : Palestine Chronicle)

De nouveaux dossiers sur Epstein relancent l’attention sur les finances de Tony Blair, ses liens avec Israël et son rôle dans le plan de Trump pour Gaza.

Points clés

  • Un enregistrement audio d’Epstein récemment rendu public évoque les sommes « colossales » qui auraient été versées à Tony Blair à titre de consultant après son mandat.
  • L’ancien Premier ministre israélien Ehud Barak apparaît dans l’enregistrement, discutant de stratégies de monétisation après son mandat.
  • Blair nie ces chiffres et insiste sur le fait que les paiements ont été versés à des institutions et non à lui personnellement.
  • Epstein entretenait des liens étroits avec Peter Mandelson, allié politique de Blair, qui fait actuellement l’objet d’une enquête policière.
  • Selon des documents rendus publics, Mandelson a partagé des informations sensibles du gouvernement britannique avec Epstein.
  • Les relations passées de Blair refont surface alors qu’il rejoint le « Conseil de paix » de Trump pour Gaza.
  • Les détracteurs affirment que le rôle de Blair dans la gouvernance de Gaza reflète les échecs antérieurs des interventions occidentales.

Un enregistrement qui relance de vieilles questions

Un enregistrement audio récemment rendu public a relancé l’attention sur Tony Blair, révélant une conversation privée entre Jeffrey Epstein, condamné pour délit sexuel, et l’ancien Premier ministre israélien Ehud Barak, dans laquelle ils discutent de ce qu’ils décrivent comme des sommes « gigantesques » versées à Blair après son départ du pouvoir.

L’enregistrement, publié par le ministère américain de la Justice dans le cadre d’une série plus large de dossiers d’enquête liés à Epstein rapportés par Al Jazeera, semble dater du début de l’année 2013. Dans cet enregistrement, Epstein et Barak spéculent sur les revenus de Blair après son mandat de Premier ministre et s’interrogent sur la part de cet argent qui lui est réellement revenue personnellement.

Bien qu’aucun document dans l’enregistrement audio ne corrobore les chiffres évoqués, cet échange a ravivé les inquiétudes de longue date concernant la manière dont les anciens dirigeants occidentaux monétisent leur capital politique, en particulier lorsque ces réseaux croisent des personnalités politiques israéliennes.

Blair, Barak et le commerce de l’influence

Dans l’enregistrement, Barak évoque ce qu’il appelle un « modèle commercial » pour les anciens dirigeants, demandant à Epstein comment on gagne de l’argent en conseillant les gouvernements. Il fait référence à ce qu’il prétend avoir entendu dire, à savoir que Blair gagnerait environ 11 millions de dollars par an pour conseiller le Kazakhstan, un chiffre que Epstein conteste mais qu’il qualifie néanmoins de « gigantesque ».

Selon Al Jazeera, Epstein déclare avoir entendu parler de paiements tels que « 5 millions de dollars ici, 10 millions de dollars là », tout en exprimant des doutes quant au fait que Blair ait personnellement conservé la totalité de ces sommes. Barak suppose qu’une partie des fonds a pu être versée à des intermédiaires ou à des « fournisseurs ».

La discussion ne comprend pas de preuves documentaires et n’identifie pas les tiers présumés. Son importance réside toutefois dans le contexte : un ancien Premier ministre israélien et un financier disgracié discutent ouvertement des transactions financières d’un ancien dirigeant britannique dont l’héritage au Moyen-Orient reste profondément contesté.

Le Kazakhstan et Tony Blair Associates

Après avoir quitté ses fonctions en 2007, Tony Blair a fondé Tony Blair Associates, une société qui fournit des services de conseil aux gouvernements et aux entreprises. Comme l’a rapporté The Guardian et mentionné par Al Jazeera, la société a signé en 2011 un contrat pour conseiller le gouvernement du Kazakhstan, quelques mois après la réélection controversée du président Noursoultan Nazarbaïev et peu avant que les forces de sécurité ne tuent des manifestants lors de troubles.

Blair a ensuite fermé la société et fondé le Tony Blair Institute for Global Change, qui se présente comme une organisation à but non lucratif aidant les gouvernements à mener des réformes.

En réponse à l’enregistrement audio d’Epstein, un porte-parole de Blair a qualifié ces chiffres de « foutaises », insistant sur le fait que les paiements destinés au Kazakhstan avaient été versés à une organisation employant plusieurs personnes et n’avaient aucun rapport avec le lobbying ou la communication. Le porte-parole a également réaffirmé que Blair n’avait rencontré Epstein qu’une seule fois, brièvement, en 2002.

Epstein, Mandelson et le cercle restreint de Blair

Si Blair lui-même nie toute relation avec Epstein au-delà de cette unique rencontre, la publication du même document a remis en lumière son proche allié politique Peter Mandelson, qui fait actuellement l’objet d’une enquête pénale menée par la police métropolitaine de Londres.

Selon un article du New York Times, Mandelson, architecte clé du New Labour et figure centrale de l’ascension de Blair, fait l’objet d’allégations de faute professionnelle pour avoir partagé des informations financières et politiques sensibles avec Epstein alors qu’il était au service du gouvernement.

Des courriels rendus publics suggèrent que Mandelson a transmis à Epstein des documents confidentiels liés à la vente d’actifs, aux négociations de sauvetage financier et à la politique bancaire pendant la crise financière de 2008-2009. D’autres correspondances indiquent qu’Epstein a conseillé Mandelson sur les manœuvres internes du Parti travailliste, notamment les efforts visant à faire pression sur le Premier ministre de l’époque, Gordon Brown, pour qu’il démissionne.

Le silence de Blair et les retombées politiques

Le Daily Mail rapporte que Blair a jusqu’à présent refusé de commenter publiquement le comportement présumé de Mandelson, malgré des courriels suggérant que Mandelson l’avait consulté au sujet des luttes internes pour le leadership du Parti travailliste en 2009.

Des documents publiés par les Archives nationales britanniques confirment qu’Epstein a rencontré Blair à Downing Street en 2002, à la demande insistante de Mandelson. À l’époque, Epstein était décrit en interne comme un conseiller financier « super riche », bien avant que ses crimes ne soient rendus publics.

Mandelson a depuis démissionné de la Chambre des lords et du Parti travailliste, s’excusant d’avoir maintenu des contacts avec Epstein après sa condamnation en 2008, tout en contestant l’authenticité de certains documents financiers.

Gaza, Trump et le retour au pouvoir de Blair

La résurgence de ces controverses survient à un moment politiquement sensible. Blair a récemment été nommé par Donald Trump comme membre exécutif fondateur d’un « Conseil de paix pour l’ », chargé de superviser la gouvernance et la reconstruction à Gaza dans le cadre d’un plan soutenu par les États-Unis.

Cette nomination a suscité de vives critiques à travers le Moyen-Orient et le Royaume-Uni. Blair reste largement associé à la guerre en Irak, qui a fait des centaines de milliers de morts, et est souvent qualifié de criminel de guerre par ses détracteurs.

Son retour sur le devant de la scène intervient alors que le génocide perpétré par Israël à Gaza a tué plus de 71 000 Palestiniens en deux ans, les groupes de défense des droits humains et les universitaires qualifiant cette attaque de génocide. Même après le cessez-le-feu d’octobre, les forces israéliennes ont poursuivi leurs opérations meurtrières, tuant des centaines d’autres personnes.

Pour de nombreux Palestiniens et observateurs, l’inclusion de Blair dans la future gouvernance de Gaza, parallèlement à sa proximité bien connue avec les dirigeants israéliens, soulève des questions fondamentales sur la responsabilité, la mémoire et le recyclage des acteurs occidentaux du pouvoir dans des contextes coloniaux.

Un vieux schéma, un nouveau moment

Les dossiers Epstein ont remis en lumière le réseau dense de relations qui lie les élites politiques occidentales, les centres de pouvoir israéliens et l’influence financière privée.

À un moment où l’avenir de Gaza est largement débattu sans que les Palestiniens aient leur mot à dire, la réapparition de Tony Blair – assombrie par les révélations de l’ère Epstein et ses alliances de longue date – a exacerbé les craintes que les mêmes architectes des désastres passés se voient à nouveau confier le soin de façonner le destin de la région.

Pour les détracteurs, la question n’est plus seulement de savoir ce que Blair a gagné après son mandat, mais pourquoi des personnalités si étroitement liées à la guerre, à l’intervention et à l’impunité continuent de réapparaître à des moments où les Palestiniens sont historiquement vulnérables.

(AJE, NYT, Daily Mail, BBC, PC)

Palestine Chronicle