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Le rapport annuel d’une banque ne vous montrera pas le rayon d’action d’un missile, la puissance de sa tête explosive ou les décombres d’une maison détruite. Mais si vous suivez les filières financières qui alimentent les conflits contemporains, vous aboutirez invariablement à la même poignée d’institutions puissantes finançant les efforts de guerre de pays ou d’États ayant érigé le bellicisme en politique ou en moteur économique. Le sujet est vaste, riche, parfois sujet à controverse et dans tous les cas sensible.
Nous analysons dans ce billet les liens financiers étendus et de longue date entre le géant bancaire européen BNP Paribas et la campagne militaire israélienne à Gaza et l’entreprise de colonisation illégale dans les territoires palestiniens occupés (TPO).
Il ne s’agit pas de spéculations, mais d’informations documentées par des rapports de l’Organisation des Nations Unies, des organismes de surveillance financière et des coalitions de défense des droits humains. Voici le détail des trois principaux canaux d’implication de BNP Paribas.
Le premier canal est l’investissement direct dans le système militaro-industriel. Financement direct des fabricants d’armes
Investissement dans Elbit Systems
Début 2025, une filiale américaine de BNP Paribas a acheté pour 2 millions de dollars d’actions nouvelles d’Elbit Systems, le plus grand fabricant d’armes israélien. Elbit fournit des drones, des missiles, des bombes et d’autres systèmes d’armes à l’armée israélienne, et sa technologie fait partie intégrante des principaux avions de combat, chars et navires de guerre israéliens.
Un rapport publié en 2024 par 19 ONGs a identifié BNP Paribas comme le plus grand financier européen des entreprises vendant des armes à Israël, avec, officiellement, 5,7 milliards d’euros de prêts et de services de souscription accordés aux principaux fabricants d’armes israéliens depuis 2021.
Le second canal est le plus controversé et le moins éthique puisque BNP Paribas finance les colonies israéliennes illégales en Cisjordanie. Ce financement de l’occupation et des colonies fait que BNP Paribas n’est pas seulement un financier en temps de guerre, mais aussi un facilitateur à long terme de l’occupation illégale. Les études le classent régulièrement parmi les principaux créanciers des compagnies dont les activités soutiennent et développent les colonies israéliennes.
Selon la coalition « Don’t Buy Into Occupation », entre janvier 2020 et août 2023, BNP Paribas a accordé 22,19 milliards de dollars de prêts et de garanties à des entreprises impliquées dans l’entreprise illégale des colonies. Un autre rapport publié en 2022 l’a désigné comme le plus grand prêteur européen à ces entreprises, avec 17,3 milliards de dollars accordés à des sociétés telles que Caterpillar et HeidelbergCement, dont les équipements sont utilisés pour la démolition de maisons et la construction de colonies illégales au regard du Droit International.
BNP Paribas a également fourni 1,2 milliard de dollars de services de souscription à Siemens, une multinationale qui facilite le transport vers les colonies illégales en assurant la maintenance de la ligne ferroviaire A1 en Israël.
Obligations de guerre
Le troisième canal d’implication de BNP Paribas dans l’effort de guerre israélien relève de l’ordre d’une science mêlant la finance à la magie à travers la souscription des « obligations de guerre » israéliennes. Le lien le plus direct avec la guerre à Gaza est probablement le rôle joué par BNP Paribas dans la souscription de la dette publique israélienne. Les obligations souveraines constituent un outil essentiel pour Israël afin de financer ses opérations militaires. En mars 2024, BNP Paribas faisait partie d’un consortium bancaire qui a souscrit pour 2 milliards de dollars d’obligations israéliennes. Un rapport de l’ONU note que des banques comme BNP Paribas « sont intervenues pour renforcer la confiance du marché… permettant à Israël de contenir la prime de taux d’intérêt, malgré une dégradation de sa note de crédit ». Au total, BNP Paribas a garanti 7 milliards de dollars d’« obligations de guerre » israéliennes depuis octobre 2023.
Nous ne disposons pas de preuves suffisantes pour étayer les informations selon lesquelles BNP Paribas a procédé à la fermeture unilatérale et intempestive de comptes bancaires de personnes physiques (des cas sont en cours de rescencement en Europe) pour leur critique ou leur position perçue comme négative de la politique israélienne. BNP Paribas semble « sanctionner » indirectement des personnes physiques et morales ayant un portefeuille ou des comptes aupres de cette banque suivant des critères internes peu recommendables encore mal évalués de source indépendante ou neutre.
L’implication de BNP Paribas dans les violations du Droit international dans la bande de Gaza et les territoires palestiniens occupés est de plus en plus critiquée.
Le rapport de juin-juillet 2025 de la Rapporteuse Spéciale des Nations unies Francesca Albanese dresse la liste des entreprises complices, plaçant BNP Paribas parmi les sociétés potentiellement responsables d’avoir contribué à des violations du droit international.
En octobre 2025, UNI Global Union, qui représente 3 millions de travailleurs du secteur financier, a publiquement appelé BNP Paribas à rompre ses liens avec le financement des colonies israéliennes illégales, invoquant son propre accord mondial avec la banque qui s’engage à respecter les droits humains.
BNP Paribas se défend en affirmant que ses financements concernent des projets « en Europe ou ailleurs dans le monde » et que son rôle dans l’émission d’obligations israéliennes était celui d’un intermédiaire et est désormais « terminé ». Cependant, ces affirmations sont contestées par les conclusions détaillées et spécifiques à chaque projet issues des enquêtes menées par l’ONU, des experts et des ONGs indépendantes.
En suivant la trace de l’argent, on constate une tendance claire : BNP Paribas est un pilier central de l’architecture financière qui soutient à la fois la campagne militaire actuelle d’Israël et son occupation bien établie. Cet engagement financier soutenu se poursuit malgré les promesses publiques d’« investissement éthique », ses propres engagements déclarés en matière de droits humains et un consensus international croissant, y compris de la part de la Cour Internationale de Justice (CIJ), selon lequel l’occupation israélienne est illégale et doit prendre fin.
Dans les conflits modernes, le capital est aussi déterminant que la puissance de feu. La responsabilité doit donc s’étendre au-delà du champ de bataille jusqu’aux salles de réunion et aux salles de marché où ces guerres sont financées. Si BNP Paribas finançait la Russie dans son effort de guerre en Ukraine, cette banque aurait fait l’objet de sanctions internationales or BNP Paribas est le financier d’une colonisation illégale et d’un génocide répondant à tous les critères le définissant comme tel sans encourir la moindre sanction ni le moindre boycott de la part de pays condamnant publiquement de telles pratiques.