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Construite à la fin du VIIIe siècle par les dirigeants musulmans de Cordoue en Espagne, elle fut transformée en cathédrale chrétienne en 1236 sous le règne du roi Ferdinand III de Castille. L’un des plus grands édifices religieux au monde, elle constitue un témoignage historique important des conflits entre musulmans et chrétiens dans le sud-ouest de l’Europe. (Photo Christian Müller)

Par Petr Drulak

La France est confrontée à l’islam depuis son apparition. En 732, Charles Martel a stoppé à la bataille de Poitiers les troupes du califat qui avançaient vers le nord depuis la péninsule ibérique. La partie occidentale de l’Europe, qui avait jusqu’alors été victime de l’expansion islamique, a riposté et a commencé à reconquérir les territoires perdus. Quelques siècles plus tard, le pape Urbain II a lancé la première croisade à Clermont-Ferrand. Les chrétiens ont pris l’offensive, avec succès dans un premier temps, jusqu’à ce qu’ils se heurtent à la résistance des Ottomans.

Alors que la majeure partie de l’Europe tremblait devant les Ottomans, la France se lia d’amitié avec eux. François Ier, à Paris, appréciait la manière dont Soliman mettait ses ennemis habsbourgeois sous pression. L’islam devint un partenaire diplomatique pendant plusieurs siècles. Mais au XIXe siècle, l’Empire ottoman commença à se désintégrer, et la France et la Grande-Bretagne se ruèrent sur ses territoires en Afrique du Nord et au Moyen-Orient. Ce bref épisode, plus court que les anciens empires croisés en Terre Sainte, s’est terminé avec la décolonisation après la guerre, lorsque le mouvement inverse a également commencé : des masses de musulmans des anciennes colonies ont afflué vers la France. Aujourd’hui, on ne sait pas quoi faire d’eux là-bas.

Complications et perplexité

C’est précisément cette perplexité qui est nouvelle dans cette relation millénaire. Dans le passé, la situation était claire. Les musulmans étaient des agresseurs, des rivaux politiques, des alliés ou des proies coloniales. Aujourd’hui, la situation est plus compliquée, car la France ne sait pas vraiment dans quelle catégorie les classer. Au départ, ils viennent à l’invitation des constructeurs automobiles en tant que travailleurs immigrés, c’est-à-dire en tant qu’invités d’un genre particulier, mais surtout en tant que main-d’œuvre bon marché. Une fois qu’ils se sont installés et que, contrairement aux attentes initiales, leurs familles, leurs proches et les proches de leurs proches les rejoignent, la situation se complique, du moins en ce qui concerne les chiffres et les exigences qui en découlent pour les services publics. Mais les complications ne s’arrêtent pas là.

Une autre attente non satisfaite des Français concernait l’islam. Les élites françaises de l’après-guerre partaient du principe que les musulmans se séculariseraient de la même manière que les chrétiens : soit ils oublieraient l’islam en France, soit ils le conserveraient comme un ornement culturel qui ne perturberait pas la vie de la société et de la politique sécularisées. C’est le contraire qui s’est produit. Non seulement une partie importante des musulmans n’est pas prête à renoncer à sa religion, mais elle la considère également comme incompatible avec la France d’aujourd’hui.

Curieusement, ils n’en concluent pas qu’ils devraient quitter la France et vivre ailleurs, où s’appliquent des règles qu’ils considèrent comme immuables. Au contraire, ils attendent de la France qu’elle s’adapte à eux.

La plus grande complication réside toutefois du côté de la France blanche, laïque et non musulmane. Ses élites sont en proie à la confusion, causée par l’universalisme français. La pensée française est profondément imprégnée du concept des droits humains universels, qui repose sur l’idée cosmopolite selon laquelle les personnes de cultures différentes ne diffèrent pas dans leurs conceptions fondamentales de la vie et de la société. Les langues et les religions sont des ornements folkloriques interchangeables. L’élite actuelle va même jusqu’à ne plus insister sur le fait que le français est la seule véritable langue d’un être civilisé et se vante volontiers de ses connaissances en anglais. Dans une telle conception du politiquement correct, il est presque inconvenant de qualifier publiquement quelqu’un de musulman. On ne peut pas discuter de l’islam, car les règles du débat ne permettent même pas de le mentionner ; le simple fait de le mentionner est diabolisé comme de l’« islamophobie ».

Mais une partie des universalistes commence à douter. Ils partent également du principe que l’humanité partage un idéal commun de l’homme et de la société et que la France a eu la chance historique de formuler cet idéal à deux reprises : en 1789 dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen et en 1905 en consacrant un État laïc et neutre sur le plan religieux. Ils craignent toutefois qu’au moins une partie des musulmans ne partage pas ces acquis historiques et les mette même en péril par leurs activités. À l’instar du président Macron, ils veulent faire face à cette menace. Dans le même temps, ils veulent éviter la stigmatisation de l’islam, car ils estiment que la majorité des musulmans partagent des idéaux universalistes similaires à ceux des chrétiens. Ces positions sont aujourd’hui défendues par Marine Le Pen, modérée et politiquement correcte.

Les progressistes radicaux se réclament également de l’universalisme. Selon eux, la France a proclamé ses idéaux, mais les a immédiatement trahis en tant que puissance coloniale raciste. La France d’aujourd’hui n’a pas non plus réussi à se libérer de son héritage raciste et colonial. Mais grâce à la migration de masse, elle pourrait désormais y parvenir. Le leader politique des progressistes, Melenchon, parle ces derniers temps avec enthousiasme d’une France meilleure, « créolisée », qui naîtra d’un « grand remplacement » de la population. Même si les progressistes reconnaissent que l’islam ne correspond pas à leurs idéaux, ils considèrent cette contradiction comme beaucoup moins grave que la réaction « islamophobe » derrière laquelle ils voient le racisme traditionnel français.

Et puis il y a les conservateurs nationaux comme Éric Zemmour, qui ne croient pas à l’universalisme. Ils ne voient pas l’idéal historique dans la Révolution française, mais dans la Vendée contre-révolutionnaire. Ils aiment citer une phrase de de Maistre : « L’homme en tant que tel n’existe pas. J’ai rencontré des Français, des Italiens, des Russes , je sais même par Montesquieu qu’il existe des Perses, mais je n’ai jamais rencontré d’homme. » Il aurait tout aussi bien pu rencontrer un chrétien, un musulman ou un bouddhiste, car ils vivent dans des mondes incompatibles entre eux. Même l’Europe sécularisée d’aujourd’hui est chrétienne, car la neutralité religieuse de l’État est fondée sur le christianisme et n’a pas sa place dans l’islam. Mélanger l’islam à la société européenne, c’est comme mélanger l’eau et l’huile. Il va sans dire que ces conservateurs sont considérés comme des parias absolus dans une société décente.

Radicalisation de l’islam ou islamisation du radicalisme ?

L’islam fait deux fois son entrée dans le débat politique français. La première fois en tant que défi à la laïcité française et la seconde fois en tant que menace pour la sécurité. En septembre 1989, le directeur d’une école primaire à Creil, près de Paris, interdit à trois élèves de porter le voile musulman en classe. Lorsque leurs familles refusent de se plier à cette décision, elles sont renvoyées de l’école. Après quelques semaines, les familles parviennent à un compromis avec l’école, selon lequel les filles peuvent venir à l’école voilées, mais doivent retirer leur voile pendant les cours.

Cependant, suite à l’intervention de l’organisation politique non gouvernementale SOS Racisme, les institutions nationales se saisissent de l’affaire. Le ministre de l’Éducation nationale et futur Premier ministre Jospin déclare que la laïcité doit être respectée, mais qu’il n’est pas bon d’exclure quelqu’un, et dépose une plainte auprès du Conseil d’État. Celui-ci adopte une position tout aussi ambiguë : le voile est autorisé tant qu’il ne perturbe pas l’ordre, ce qui est décidé par la direction de l’école. Le ministre précise que la décision doit être prise au cas par cas. Les réglementations suivantes interdisent les signes religieux ostensibles dans les établissements publics.

L’affaire Creil marque un tournant dans la division de la gauche française, qui a défini la laïcité dans des luttes historiques avec l’Église catholique et a traditionnellement refusé toute concession. Certains restent sur cette position et s’opposent avec la même intransigeance à l’islam. L’avenir de la gauche sera toutefois marqué par des personnalités telles que le ministre Jospin ou les militants socialistes de SOS Racisme, qui voient dans les musulmans un nouveau prolétariat et leur tendent la main. Depuis les années 1990, la « gauche islamique » se forme et devient une force importante dans la politique locale. Néanmoins, la plupart des partis politiques sont aujourd’hui touchés par « l’islamisme communal », qui impose aux politiciens locaux de s’occuper des organisations musulmanes influentes sur le plan électoral.

Les écoles restent en tout cas un champ de bataille jusqu’à aujourd’hui. Les disputes autour du voile ne cessent pas, et de nouvelles disputes autour du contenu des cours s’y ajoutent. Si un enseignant dit quelque chose de déplaisant sur l’islam, il doit s’attendre à des attaques de la part des élèves, des parents et de diverses autorités islamiques locales. Le professeur de lycée Samuel Paty est devenu un triste symbole de ces attaques. Il a été poignardé par un Tchétchène de 18 ans, fils de réfugiés musulmans, lorsque celui-ci a appris que Paty avait insulté l’islam dans ses cours. De tels meurtres sont certes rares, mais les agressions verbales et, de plus en plus, physiques de la part de musulmans font partie du quotidien de ceux qui refusent de s’autocensurer.

En janvier 2015, deux musulmans algériens attaquent la rédaction du magazine satirique Charlie Hebdo, qui s’était ouvertement moqué du prophè . Ils abattent douze personnes et en blessent onze autres. D’autres attentats suivent. Le nombre de morts augmente, ceux-ci entendant les meurtriers crier « Allah est grand ! ». La moyenne annuelle est aujourd’hui d’environ vingt morts et des centaines de blessés. À ce moment-là, la France devient également le principal exportateur de djihadistes européens vers la Syrie et l’Irak, où ils combattent dans les rangs de l’État islamique et organisent des attentats terroristes en Europe. Après la victoire du gouvernement islamiste syrien en janvier sur les milices kurdes qui détenaient jusqu’alors des dizaines de milliers de djihadistes, une partie d’entre eux menace désormais de revenir.

Les gardiens du politiquement correct ne peuvent plus nier le lien entre l’islam et le terrorisme. Le peuvent-ils vraiment ? Le politologue progressiste Olivier Roy explique, avec le soutien des grands médias, qu’il ne s’agit pas de l’islam. La France serait confrontée à une radicalisation de la jeunesse, une sorte de révolte générationnelle typique des sociétés occidentales. Les radicaux s’islamisent certes, mais ce n’est qu’un problème de substitution, ils pourraient aussi choisir une autre idéologie, comme l’ont fait à l’époque la Fraction armée rouge allemande ou les Brigades rouges italiennes.

L’arabiste et islamologue Gilles Kepel, d’origine tchèque, ne parle cependant pas d’une islamisation du radicalisme, mais d’une radicalisation de l’islam, qui a commencé à la fin des années 1970 avec la révolution islamique en Iran et l’invasion soviétique en Afghanistan. La France n’est donc pas confrontée à ses propres contradictions, mais à une influence étrangère dangereuse. Le fondamentalisme radicalise la communauté musulmane, jusqu’alors modérée. Ce scientifique réputé, qui s’en tient aux faits et auquel on ne peut raisonnablement reprocher d’être islamophobe, devient une star des médias. Il est toutefois sévèrement ostracisé dans les milieux universitaires et finit par quitter les grandes écoles.

Les musulmans français

Il est difficile de trouver des informations fiables sur l’islam en France, les statistiques religieuses ne sont pas compilées et les chercheurs sont soumis à la pression du politiquement correct. Il arrive parfois que quelqu’un se démarque, comme Kepel ou les auteurs anonymes de l’application « Ma France », qui donne un aperçu de la démographie, de la criminalité et de l’islamisation à partir de données accessibles au public. Nous apprenons ainsi, par exemple, qu’en 2024, la France comptait 2 367 mosquées, soit 3,6 mosquées pour 100 000 habitants, et qu’un quart des Français avaient un prénom d’origine arabo-islamique.

Elle montre également d’énormes différences régionales. Les musulmans se concentrent dans la région parisienne, puis dans le nord-est et le sud-est, tandis qu’ils sont nettement moins nombreux dans l’ouest. Dans une banlieue parisienne, les prénoms arabo-islamiques représentent même 61 % des prénoms, et on compte 9 mosquées pour 100 000 habitants, alors que dans la Vendée, anciennement contre-révolutionnaire, à l’ouest, seuls 8 % des habitants s’appellent Ahmed ou Fatima et qu’il n’y a que deux mosquées au total.

L’agence Ifop, par ailleurs politiquement correcte, a irrité les progressistes en publiant en novembre les résultats d’un sondage réalisé auprès des musulmans français. Ceux-ci pouvaient certes se réjouir que la proportion de musulmans dans la population totale ne soit que de 7 %, mais les statistiques sur les noms laissent supposer qu’elle est trois fois plus élevée. L’agence a apparemment joué avec la définition des musulmans et ne les a comptés que dans la population adulte ; leur proportion est plus élevée chez les jeunes. Il n’en reste pas moins que leur proportion a été multipliée par quatorze au cours des quarante dernières années.

D’autre part, les progressistes ont été mécontents de constater que les musulmans prennent leur religion beaucoup plus au sérieux que les chrétiens et qu’ils sont d’autant plus stricts dans le respect de la loi islamique, dans leurs relations avec les femmes ou dans leur consommation d’alcool qu’ils sont jeunes. Ils ont été indignés par la conclusion « islamophobe » selon laquelle un tiers des musulmans français, soit plus d’un million de personnes, sympathisent avec les fondamentalistes. Ils s’identifient en premier lieu aux Frères musulmans, suivis des salafistes, des wahhabites et autres. Dans tous les cas, il s’agit d’idéologies d’une théocratie islamique stricte, basées sur le retour aux prétendus fondements de la doctrine originelle.

Les Frères musulmans

La structure fondamentaliste la plus influente, les Frères musulmans, fait également l’objet d’une étude réalisée l’année dernière par le ministère français de l’Intérieur. Ce réseau islamiste international est né il y a cent ans en Égypte, en réponse conservatrice à la colonisation et au déclin des dirigeants arabes. Il combine l’islam fondamentaliste avec une stratégie pragmatique d’action politique dans un environnement hostile, basée sur le secret, la dissimulation des véritables motivations et l’utilisation des moyens de communication modernes. La voie a été tracée par le chef spirituel Yusuf al-Qaradawi, récemment décédé, qui intervenait régulièrement sur la chaîne qatarie Al Jazeera.

La confrérie se distingue d’autres formes de fondamentalisme islamique, comme le salafisme, qui se concentre sur la théologie et la vie religieuse, ou le wahhabisme, qui est la religion officielle de l’Arabie saoudite. Elle recoupe souvent le salafisme et le complète, comme c’était le cas avec le wahhabisme avant que des hostilités n’éclatent entre eux au cours de la dernière décennie. Dans les pays d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, la confrérie s’est rapprochée du pouvoir après le Printemps arabe. Dans son pays d’origine, l’Égypte, elle a même pris temporairement le contrôle du gouvernement avant d’être renversée par l’armée. L’influence des Frères musulmans s’estompe alors ; l’Égypte, l’Arabie saoudite, les Émirats et Bahreïn les classent comme organisation terroriste. D’un autre côté, ils sont soutenus par la Turquie et le Qatar.

En Europe occidentale, en revanche, ils gagnent plutôt en influence. Ils sont accompagnés du gendre du fondateur égyptien de la confrérie, Said Ramadan ; son fils Tariq est un intellectuel important de ces dernières décennies. En France, selon les estimations des services secrets, le nombre de Frères musulmans a doublé ces dernières années pour atteindre cent mille.

Les Musulmans de France constituent la principale institution française de la confrérie, mais ils sont également actifs dans des centaines d’autres organisations. Conformément à la tradition, ils se concentrent sur les prêches, les œuvres caritatives et l’éducation. L’art de la prédication des Frères se manifeste dans leur capacité à formuler leur enseignement de manière à ne pas entrer en conflit avec les lois du pays d’accueil. Ils ne proclament pas nécessairement haut et fort leur thèse selon laquelle « notre constitution est le Coran ». Mais ils la transmettent de manière à ce que les croyants la comprennent. Outre les podcasts, ils contrôlent ou influencent environ deux cents mosquées. Les organisations caritatives sont plutôt contrôlées par des salafistes concurrents, seules quelques-unes appartiennent aux Frères. Mais ils pénètrent avec succès dans les écoles. En France, il existe plus de soixante-dix écoles musulmanes, mais seules cinq d’entre elles sont publiques. Trois d’entre elles, à Lille, Lyon et Marseille, ont été fondées par des organisations fraternelles. Dans des dizaines d’autres, ils ont une influence significative.

Au niveau national, ils n’ont aucune influence, mais au niveau communal, la situation est différente. Outre leurs propres organisations, ils infiltrent également diverses associations locales qui, à première vue, n’ont rien à voir avec la confrérie. Il peut s’agir d’associations sportives, de jeunesse ou de loisirs. Par le biais de leurs propres organisations et associations, ils agissent publiquement, s’infiltrent dans l’islamisme communal et parviennent à placer leurs membres dans l’appareil municipal.

En France, la confrérie n’est pas directement liée à des activités terroristes, mais elle crée un idéologie radicale incompatible avec la réalité de la démocratie européenne et qui produit, outre des radicaux non violents, des terroristes. Par ailleurs, du point de vue du régime actuel, elle peut également agir en tant que force constitutive de l’État : lors de la première élection de Macron, l’organisation des Frères musulmans l’a soutenu contre Le Pen.

En France, la confrérie se distingue à la fois des salafistes, tout aussi radicaux mais dépourvus de stratégie politique, et des organisations musulmanes modérées liées à l’Algérie ou au Maroc.

Elle s’entend bien avec les branches des organisations musulmanes turques ; le président Erdogan est lui-même issu de la confrérie. Les organisations islamiques en France sont aujourd’hui unies par la lutte contre l’islamophobie et pour les droits des Palestiniens. Ces campagnes se fondent sur des injustices réelles, mais les militants les transforment en instruments politiques pour faire valoir des intérêts plus larges.

Tout comme les militants juifs ont réussi à ériger un rempart contre les critiques à l’égard d’Israël et des organisations juives en brandissant l’accusation d’antisémitisme, les militants musulmans recourent à l’accusation d’islamophobie dès qu’ils sont critiqués ou que leurs revendications se heurtent à une résistance. On observe une distorsion similaire dans le soutien par ailleurs tout à fait légitime à la Palestine. Dans les campagnes, cela dégénère souvent en véritable antisémitisme et en glorification du Hamas, une branche des Frères musulmans.

Un État faible

On ne peut pas dire que l’État reste les bras croisés. Depuis les attentats de 2015, il renforce ses unités antiterroristes ; les services secrets affirment avoir déjoué des dizaines d’attentats au cours des dix dernières années. À la fin des années 2010, les autorités scolaires ont mis un terme à la multiplication rapide des écoles musulmanes. Il y a quelques années, le gouvernement a conclu un accord avec le Qatar pour surveiller les virements bancaires, ce qui a rendu plus difficile le financement des extrémistes. Afin de limiter les influences étrangères, il a mis fin à la pratique de longue date de l’« islam consulaire », qui consistait à confier une partie des mosquées françaises à des imams étrangers. En 2020, un imam sur neuf était un imam « consulaire », la plupart provenant de Turquie, un peu moins d’Algérie et du Maroc. Fin janvier, le Parlement français a adopté une résolution demandant à la Commission européenne d’inscrire les Frères musulmans sur la liste européenne des organisations terroristes.

L’État est toutefois confronté à deux obstacles difficiles à surmonter : un obstacle numérique et un obstacle idéologique. L’État pourrait venir à bout de quelques milliers ou moins de dix mille islamistes. Mais face à un million, il n’a aucune chance. Une telle masse est impossible à contrôler. De plus, elle risque encore de s’agrandir en raison du radicalisme des générations futures et de la situation économique difficile. Et puis, il y a encore la division idéologique. Lorsque les députés ont adopté la résolution susmentionnée, qui, comme je l’ai dit, n’est pas contraignante, ils ont débattu pendant cinq heures. Alors que la gauche l’a rejetée à l’unanimité, dans l’esprit de la gauche islamique, les partis au pouvoir l’ont soutenue, tout comme les lepénistes. Comment la France peut-elle gérer l’islam si elle n’est même pas unie face à son extrémisme ?

Vers l’article original de Petr Drulak en tchèque

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