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Robina Z Qureshi

La rapporteuse spéciale des Nations unies Francesca Albanese fait l’objet de vives critiques et d’appels à la démission parce qu’une phrase de son discours, prononcé le 7 février 2026 au Forum Al Jazeera à Doha, au Qatar, a été isolée et reformulée.

Ses remarques sur le fait que « l’humanité a un ennemi commun » ont été faites lors de ce discours au Forum Al Jazeera, où elle abordait la complicité internationale dans les actions d’Israël à Gaza et les systèmes structurels qui les rendent possibles.

Voici ce qu’elle a dit :

« Le fait que, au lieu d’arrêter Israël, la plupart des pays du monde l’aient armé et lui aient fourni des excuses politiques, un refuge politique et un soutien économique et financier constitue un défi. Le fait que la plupart des médias occidentaux amplifient un discours pro-apartheid et génocidaire est un défi. Mais c’est aussi une opportunité, car si le droit international a été poignardé en plein cœur, il est également vrai que jamais auparavant la communauté internationale n’avait été confrontée aux défis auxquels nous sommes tous confrontés. Nous ne contrôlons pas les grands capitaux financiers, les algorithmes ou les armes. Nous voyons maintenant que l’humanité a un ennemi commun. »

Dans ce contexte, Albanese décrit un système structurel, et non un peuple, une religion ou une ethnie.

L’« ennemi commun » est la convergence des pouvoirs qui permettent et protègent les violations du droit international : les gouvernements qui fournissent des armes et une protection diplomatique, les systèmes financiers qui permettent la circulation des ressources, et les médias et les structures institutionnelles qui façonnent la perception du public.

Son argumentation a clairement montré que les États ont armé et protégé politiquement Israël au lieu de faire respecter le droit international, que les grands médias occidentaux ont contribué à légitimer ou à normaliser cette réalité, et que les citoyens ordinaires ne contrôlent pas les systèmes financiers, militaires ou algorithmiques qui soutiennent cette structure.

Sa référence à un « ennemi commun » visait l’impunité et le système qui la rend possible, et non une nationalité ou un groupe ethnique.

La réaction négative est apparue parce que les détracteurs ont délibérément présenté cette expression hors de son contexte structurel et juridique.

Discréditer son langage est un moyen de saper la légitimité de ses conclusions sur le génocide à Gaza. La controverse autour de cette expression est devenue un point central pour les attaques politiques, les appels à sa destitution et les tentatives visant à affaiblir sa position au sein du système des Nations unies.

Comme l’a déclaré le journaliste Ahmed Shihab-Eldin,

« Francesca Albanese est le dernier rempart contre l’impunité d’Israël, et il est impossible de rejeter ou d’écarter ses conclusions. C’est pourquoi ceux qui fournissent une couverture diplomatique à Israël sont si désespérés de la faire disparaître.

Les gouvernements qui exigent sa démission, notamment l’Allemagne et la France, sont les mêmes qui fournissent des milliards d’armes et une couverture diplomatique au génocide. Ils sont complices. Ils prétendent défendre la démocratie et l’ordre fondé sur des règles dans lequel elle opère, dans le cadre de son mandat, tout en attaquant la fonctionnaire qui fait respecter cet ordre.

Elle ne peut pas ouvrir de compte bancaire. Elle ne peut pas voyager librement sans être harcelée. La raison en est simplement qu’elle fait respecter le droit international. »

La véritable menace pour la démocratie n’est pas Francesca Albanese qui documente un génocide. Ce sont les gouvernements qui tentent de la réduire au silence.

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Francesca Albanese est la Rapporteuse spéciale des Nations unies sur la situation des droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967.

Il s’agit d’un poste d’expert indépendant nommé par le Conseil des droits de l’homme des Nations unies.

Son rôle consiste à :

Enquêter sur les violations des droits humains dans les territoires palestiniens occupés, notamment en Cisjordanie, à Jérusalem-Est et à Gaza.

Surveiller et documenter les violations du droit international, notamment les violations des Conventions de Genève et d’autres traités relatifs aux droits humains.

Rédiger des rapports officiels soumis au Conseil des droits de l’homme et à l’Assemblée générale des Nations unies.

Fournir une analyse juridique permettant de déterminer si les actions des États ou des autorités violent le droit international humanitaire ou constituent des crimes internationaux.

Collaborer avec les gouvernements, les institutions internationales, les organisations de la société civile et les victimes afin de recueillir des preuves et de présenter ses conclusions.

Elle ne représente pas le Secrétariat des Nations Unies et n’a pas de pouvoirs d’exécution. Son mandat est d’ordre investigatif et consultatif. Son autorité découle du droit international, des preuves documentées et de sa nomination officielle par le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies.

Ses rapports sont versés au dossier officiel des Nations Unies et peuvent être utilisés par les tribunaux internationaux, les instances juridiques et les gouvernements.

Bearing Witness