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Martin Armstrong, célèbre pour ses prévisions sur les crises financières majeures, affirme que les flux monétaires sont le meilleur indicateur d’un conflit imminent. Dans cette interview, il explique que les troubles géopolitiques actuels suivent des cycles historiques dont les dirigeants occidentaux n’ont pas tiré les leçons.
Claudio Grass
Martin Armstrong est connu depuis longtemps pour ses travaux très influents sur l’analyse des flux de capitaux mondiaux et les tendances économiques cycliques. Les modèles de prévision qu’il a conçus ont permis d’anticiper les crises de la dette souveraine et les périodes d’instabilité géopolitique, son cadre de prévision le plus largement reconnu étant le modèle de confiance économique (ECM). Il a prédit avec succès un certain nombre d’événements majeurs, notamment le krach boursier mondial de 1987, la crise de la dette souveraine russe de 1998 et la crise de la dette souveraine européenne au début des années 2010.
Dans l’entretien qui suit, il s’appuie sur son expérience dans l’analyse des dynamiques récurrentes et sur sa profonde connaissance historique pour partager son analyse des conflits actuels dont nous sommes témoins, de leurs origines et des motivations qui les sous-tendent. Il met en évidence des constantes historiques et des leçons du passé que nos dirigeants actuels, semble-t-il, n’ont jamais tirées, afin de montrer comment les nations occidentales répètent les erreurs d’autrefois. Après tout, comme il le souligne, les gouvernements n’ont pas de mémoire collective : contrairement aux individus, ils changent constamment et répètent souvent les mêmes erreurs. Le problème, bien sûr, est que les erreurs qu’elles répètent sont loin d’être inoffensives ou honnêtes : il s’agit de calculs froids et psychopathiques qui font passer les gains politiques avant d’innombrables vies humaines et des souffrances sans fin – et ces gains ne se concrétisent même pas au final.
Armstrong met en lumière l’hypocrisie de l’Occident, en particulier en ce qui concerne la guerre en Ukraine. Chaque accusation est un aveu : atteintes à la liberté individuelle, à la liberté d’expression, répression financière ; tout ce dont les dirigeants européens « moralement supérieurs » accusent le président Poutine, c’est précisément ce qu’ils ont fait dans leurs propres pays.
Armstrong élargit également sa critique pour inclure la stratégie de sanctions utilisée contre des pays comme la Russie et l’Iran. Il se réfère à l’histoire pour montrer que les sanctions ne parviennent pas à provoquer un changement de régime et qu’elles nuisent au contraire aux populations civiles tout en renforçant les alliances alternatives. À titre d’exemple, il affirme que les sanctions contre l’Iran ont encouragé une coopération plus étroite avec la Chine, en particulier dans le secteur de l’énergie. L’Occident a clairement commis des erreurs de calcul similaires dans son offensive de sanctions contre la Russie, où la pression n’a pas produit l’effondrement politique qu’il espérait, mais a plutôt renforcé l’opposition à l’influence occidentale et conduit des pays autres que la Russie à repenser leur dépendance vis-à-vis du dollar américain.
La révélation la plus intrigante de l’interview, même si c’est quelque chose que beaucoup d’entre nous savent instinctivement, est peut-être que les flux financiers sont le meilleur indicateur d’un conflit imminent. Comme le souligne Armstrong, les signes avant-coureurs d’une guerre apparaissent dans les mouvements financiers, car quelqu’un sait toujours ce qui a été planifié. Il cite l’exemple du 7 octobre, où toutes les actions du secteur de la défense ont commencé à bouger une semaine à l’avance. La récente attaque contre l’Iran a suivi le même schéma : on aurait pu s’attendre à des fluctuations importantes de l’or et du dollar, mais cela ne s’est pas produit, car les initiés savaient à l’avance que tout serait très vite terminé.
