Arnaud Bertrand

J’ai enfin pu lire le discours de Rubio à Munich : c’est l’un des discours les plus révisionnistes et impérialistes qu’il m’ait été donné de voir prononcé par un haut responsable américain, et c’est peu dire.
Cet homme déplore littéralement l’issue de la Seconde Guerre mondiale car elle a marqué la fin de l’ère durant laquelle « l’Occident s’était étendu », une « voie » qu’il « espère voir [les États-Unis et l’Europe] emprunter à nouveau ensemble ». Et pour que vous compreniez bien ce qu’il veut dire : il souhaite restaurer la construction de « vastes empires s’étendant à travers le monde » et accuse les « soulèvements anticoloniaux » d’être responsables des ravages causés aux « grands empires occidentaux ».
Il affirme également que « nous ne pouvons plus » laisser « des abstractions du droit international » entraver les intérêts américains. En substance, cet homme affirme ouvertement que tout l’ordre post-colonial était une erreur et il appelle l’Europe à partager les fruits de la construction d’un nouvel ordre. C’est un argument assez audacieux de la part d’un Américain, étant donné que son propre pays est né d’une révolte contre le colonialisme européen, mais j’imagine qu’attendre de l’administration Trump qu’elle comprenne sa propre histoire est une tâche trop ardue…
Le plus inquiétant fut la réaction du public : « la moitié de la salle à Munich a ovationné le secrétaire d’État américain Marco Rubio » ( https://chathamhouse.org/2026/02/west-vs-west-munich-security-conference ) et je suis presque certain que ce n’était pas la moitié du Sud… Cela ne fait que confirmer l’absence totale de réflexion en Europe.
Rubio a sans aucun doute tenté de faire appel à une forme de nostalgie latente pour la domination impériale occidentale chez les élites européennes. Et cela a manifestement fonctionné (ce qui est en soi inquiétant). Mais cela montre aussi que les Européens restent d’une naïveté extrême s’ils croient au discours de Rubio selon lequel il souhaite une Europe forte pour partager les fruits d’une nouvelle ère d’impérialisme occidental.
Où est la logique ? Que l’Amérique de Trump – « L’Amérique d’abord » – se transformerait soudainement en une nation magnanime et partagerait avec l’Europe par simple sentimentalisme ? Ce n’est pas ainsi que fonctionne l’impérialisme : son principe même repose sur la domination des forts sur les faibles. Quand une puissance impériale vous parle de sentiments, de son affection pour vous et de son désir de nouer un partenariat avec vous – vous qui êtes bien plus faible –, il y a lieu de s’inquiéter, et non d’applaudir…

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