Étiquettes

, ,

En invalidant une partie des droits de douane imposés par Donald Trump, la Cour suprême lui a rendu un service politique avant les « midterms » de novembre. Mais le républicain ne veut pas saisir la perche.

Alexis Buisson,

(FILES) US President Donald Trump holds a chart as he delivers remarks on reciprocal tariffs during an event in the Rose Garden entitled "Make America Wealthy Again" at the White House in Washington, DC, on April 2, 2025. A US federal court on May 28 blocked Donald Trump's "Liberation Day" import tariffs from going into effect, ruling that the president had overstepped his authority with the across-the-board levies. Trump unveiled sweeping tariffs on most trading partners on April 2, with a baseline 10 percent, plus steeper duties on China and the European Union. (Photo by Brendan SMIALOWSKI / AFP)
En invalidant une partie des droits de douane imposés par Donald Trump, la Cour suprême lui a rendu un service politique avant les « midterms » de novembre. ©AFP

Après l’invalidation par la Cour suprême des droits de douane « réciproques » qu’il a imposés en avril dernier, Donald Trump a fait ce qu’il fait toujours: il a contre-attaqué. Lors d’une conférence de presse, vendredi 20 février, il a accusé les six juges sur les neuf qui ont soutenu cette décision d’avoir été influencés par de mystérieux « intérêts étrangers« . « J’ai honte pour certains membres de la cour qui n’ont pas eu le courage de faire ce qui est juste pour le pays« , a-t-il dit.

Malgré cette combativité, le revers est cruel pour le locataire de la Maison-Blanche, qui avait fait des droits de douane une arme de choix pour résorber le déficit commercial, réindustrialiser le pays et même exercer des pressions politiques sur certains pays. Le coup de massue fait d’autant plus mal qu’il est asséné par une cour à majorité conservatrice. Deux des trois juges qu’il a nommés – Amy Coney Barrett et Neil Gorsuch – ont soutenu l’invalidation des surtaxes, estimant avec quatre de leurs collègues que le républicain n’avait pas le pouvoir de s’appuyer sur une loi d’urgence économique datant de 1977 (« International Emergency Economic Powers Act » ou IEEPA) pour instaurer ces droits de douane punitifs sans l’aval du Congrès, compétent en matière de taxation.

Une fois n’est pas coutume, les démocrates ont applaudi la haute-cour. Tout comme certains républicains, inquiets de l’impact de cette politique sur leurs circonscriptions. C’est le cas du modéré Don Bacon, député du Nebraska, État républicain rural dont les agriculteurs ont pâti des tensions commerciales.

Pour sa part, Donald Trump a promis de « remplacer » les revenus issus des droits de douane annulés en recourant à d’autres outils législatifs. Il a notamment invoqué une disposition contenue dans une loi de 1974 pour mettre en œuvre une surtaxe de 15% sur l’ensemble des importations. Problème: il n’aura pas les mains libres. En effet, le Congrès devra se prononcer sur une éventuelle extension au bout de 150 jours. À l’approche des élections législatives et sénatoriales de mi-mandat (« midterms« ) de novembre, il y a fort à parier que les parlementaires républicains se montreront frileux. En 2025, leur parti a perdu plusieurs scrutins locaux et étatiques à cause du manque de résultats sur l’accroissement du pouvoir d’achat – un sujet qualifié de « canular » par le président milliardaire. En février déjà, six députés du « Grand Old Party » (GOP) avaient osé le défier en s’opposant à ses barrières tarifaires visant le Canada lors du vote d’une résolution.

Pour Yann Coatanlem, économiste et président du cercle de réflexion Club Praxis, la décision de la haute-cour est une aubaine pour le locataire de la Maison-Blanche: elle lui donne l’opportunité d’enterrer une politique impopulaire dans l’opinion. Selon une récente enquête de l’Université Marquette, 56% des Américains pensent ainsi que les droits de douane ont affecté négativement l’économie. Seuls 30% sont de l’avis inverse. Et selon le Budget Lab, un centre de recherche sur les questions budgétaires au sein de Yale University, les surtaxes ont gonflé les dépenses du ménage médian de 1 400 dollars.

Même la Maison-Blanche a reconnu sans le dire les limites de sa stratégie quand, en novembre, elle a mis en place des exemptions pour deux cent produits en tension (café, bœuf, épices…). « Il y a un an, Trump était encore sous l’illusion que les tarifs pouvaient être productifs. Je pense qu’il en est sorti aujourd’hui en voyant qu’ils ne lui ont pas rapporté autant qu’il ne l’aurait voulu« , suggère Yann Coatanlem. Il rappelle par exemple que le déficit de la balance commerciale des marchandises, que Donald Trump voulait réduire, a augmenté à un niveau record en 2025 ! « Tous les économistes s’accordent à dire que l’impact négatif des tarifs va se faire sentir 10-20 fois plus aux États-Unis qu’en Europe car les droits de douane sont essentiellement pris en charge par les consommateurs américains« , poursuit-il.

Même si la Cour suprême offre à Donald Trump une porte de sortie pour abandonner ses projets de droits de douane généralisés, le fera-t-il ? Cela sera difficile pour celui qui a longtemps vanté les vertus de sa stratégie. Il abordera certainement le sujet mardi 24 février lors du traditionnel Discours sur l’état de l’Union. Dans la salle, il ne sera qu’à quelques mètres des neuf juges de la Cour suprême…

La Libre