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Les invités Russie-Ukraine: feu vert pour la Suisse
Guy Mettan, journaliste, et Pierre Schifferli, avocat, reviennent d’un voyage à Moscou avec un constat inattendu. La colère russe ne vise pas le Kremlin, mais un Occident jugé incohérent et méprisant – un fossé qui menace toute négociation de paix.
Guy Mettan – journaliste et Pierre Schifferli – avocat
Un voyage à Moscou début février nous a convaincus: non, la Russie n’est pas à l’agonie, comme le laissent entendre les médias européens. En 2025, le grignotage du front ukrainien dans le Donbass a continué, lentement mais sûrement. L’économie a continué à croître (au même rythme que la France), la vie a elle aussi continué comme d’habitude. En ce début d’année, elle est à peine perturbée par les abondantes chutes de neige et une vague de froid d’une intensité rare.
Russie
L’humeur des Russes a en revanche changé. Pas parce qu’elle serait devenue anti-Poutine, comme on le prétend chez nous, mais parce que les Russes affichent une déception croissante vis-à-vis de l’Europe. L’annulation de la culture russe les avait choqués en 2022, mais ils pensaient que ce serait passager.
Depuis lors, le fossé s’est creusé. Ils ont le sentiment que l’Europe les traite comme des sous-hommes sans qu’elle n’y trouve rien à redire. À quoi s’ajoute le fait que les Occidentaux paraissent ne pas savoir ce qu’ils veulent et semblent satisfaits d’être dirigés par des leaders dont les actes contredisent sans cesse les paroles, et inversement. Ce qui n’améliore pas la confiance.
Ce malaise se retrouve dans les négociations sur l’Ukraine, qui patinent. Pas sûr que la rencontre de Genève fasse beaucoup avancer les choses. Dès qu’une percée intervient, comme ce fut le cas en été avec le sommet d’Anchorage et cet automne avec le plan en 28 points, ces progrès sont aussitôt annulés par des reculades, sur pression des Ukrainiens et des Européens. Lesquelles remettent tout en cause. Les États-Unis, qui semblent déterminés un jour, paraissent hésiter le lendemain.
Dès lors, l’absence de confiance est totale. Le risque de conflit militaire de grande ampleur entre la Russie et l’OTAN s’accroît. L’effondrement du système international et de l’ordre mondial multilatéral hérité de 1945 s’accélère. Et surtout les carnages continuent, des deux côtés du front. Même le gel des combats sur la ligne démarcation actuelle, que Kiev et Bruxelles continuent à poser comme un préalable, n’éliminerait en rien la menace d’un conflit mondial à long terme.
C’est ici que la Suisse pourrait entrer en jeu. Dans cette situation de pat général, elle pourrait reprendre l’initiative qu’elle avait perdue en 2022 en prenant fait et cause pour l’Ukraine et en reprenant les sanctions occidentales antirusses (non validées par l’ONU) au mépris de sa neutralité.
Neutralité
Les Russes, qui ont toujours soutenu la Suisse et sa neutralité (depuis 1815!), en avaient conçu beaucoup d’amertume. La conférence de Bürgenstock a achevé de les irriter. Mais récemment Moscou a donné des signaux encourageants. Après la visite réussie de la délégation parlementaire russe à Genève fin juillet dernier, la Russie a accueilli Ignazio Cassis à Moscou, le 6 février, et donné son accord pour la tenue des négociations de Genève cette semaine.
Si la Suisse avait l’audace de saisir la balle au bond et de donner des preuves concrètes de son engagement en faveur d’un plan de paix équilibré – en suspendant par exemple quelques sanctions, en levant les mesures discriminatoires contre les citoyens, les actifs ou les avions russes –, alors elle pourrait transformer l’essai et retrouver sa capacité de médiation historique. Et cela avec l’agrément de toutes les parties, États-Unis inclus, même si les médias et les partis les plus bellicistes réagiraient violemment dans un premier temps.
Une fenêtre s’ouvre. Ayons le courage de l’ouvrir.