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Mais les forces obscures qui l’ont porté au pouvoir sont toujours aussi vivaces.

Par Jonathan Cook

Crédit photo © Simon Dawson

Il y a environ 30 ans, la politique britannique est délibérément devenue une sorte de boîte noire, une arène où les puissants financiers exercent leur influence politique à l’abri du regard des électeurs.

Ce n’est que maintenant, avec la publication d’une partie des dossiers Epstein, qu’une faible lueur éclaire ces recoins, révélant à quel point la classe des milliardaires a pris le contrôle de la vie politique en Grande-Bretagne.

Ce processus a commencé dans les années 1990, lorsque le Premier ministre de l’époque, Tony Blair, a transformé le Parti travailliste, autrefois socialiste et démocratique, en le rebaptisant “New Labour” (Nouveau Parti travailliste) et en adoptant les présupposés néolibéraux de sa prédécesseure conservatrice, Margaret Thatcher.

Blair a progressivement abandonné le soutien traditionnel des syndicats et transformé le Parti travailliste en un parti gestionnaire au service du capital, promettant de servir les intérêts des plus grandes entreprises mondiales.

Peter Mandelson, l’un des principaux artisans du New Labour, incarnait cette tendance. En 1998, alors qu’il se rendait dans la Silicon Valley en tant que secrétaire au Commerce pour rencontrer les nouveaux milliardaires de la technologie, il a déclaré : “Nous sommes tout à fait favorables à ce que certains gagnent des fortunes”.

Il aimait à ajouter : “Tant qu’ils paient leurs impôts”. Cependant, Blair et Mandelson ont contribué à mettre en place des conditions préférentielles qui ont permis aux géants de la tech de payer peu d’impôts au Royaume-Uni, dans le but “d’attirer les investisseurs”.

Le principal problème ne résidait pas seulement en ce que les priorités du New Labour finissent par se confondre avec celles des conservateurs.

Le rapprochement du Labour avec les super-riches poussait les conservateurs à se positionner encore plus à droite pour se démarquer. Ce processus a également conduit à l’implosion du Parti conservateur et à l’émergence d’un nouveau prétendant au trône de la droite sous la forme du parti Reform de Nigel Farage.

Le problème le plus grave a été, alors que le New Labour et les Tories [conservateurs] rivalisaient pour gagner les faveurs des super-riches et des médias dont ils sont propriétaires dans l’espoir d’accéder au pouvoir, qu’aucun des deux n’a osé renverser la tendance économique favorable aux milliardaires.

Aucun des deux partis n’a d’ailleurs jamais eu intérêt à dénoncer la mainmise et la corruption croissantes de la classe milliardaire sur la politique britannique, car elle était devenue l’enjeu même de la vie politique.

C’est ainsi qu’est née la boîte noire de la politique britannique, jusqu’à ce que les dossiers Epstein, rendus publics par une administration Trump plus soucieuse de protéger ses propres secrets que ceux des politiciens britanniques, lèvent le voile sur ce qui se trame réellement.

Un Premier ministre issu d’un laboratoire

La police britannique enquête actuellement sur Mandelson pour “faute professionnelle dans l’exercice de ses fonctions publiques” suite à des allégations selon lesquelles il aurait divulgué des informations confidentielles du gouvernement à Jeffrey Epstein en 2009 et 2010, informations qu’Epstein était en mesure d’utiliser pour s’enrichir.

Andrew Mountbatten-Windsor, un élément moins officiel du système politique, semble avoir fait de même en sa qualité d’envoyé commercial britannique.

À peu près à la même époque, Mandelson aurait fait pression sur le Trésor, sur suggestion d’Epstein, pour atténuer un projet de taxe sur les primes des banquiers. Il a encouragé le directeur général de la banque d’investissement JP Morgan à “légèrement menacer” le chancelier de l’époque afin de le dissuader de soutenir cette taxe.

Mandelson et son mari actuel, Reinaldo Avila da Silva, avaient déjà reçu d’importants versements de la part d’Epstein.

Depuis ces révélations, les politiciens travaillistes se sont empressés de prendre leurs distances avec Mandelson, y compris ceux qui étaient notoirement proches de lui, comme le ministre de la Santé Wes Streeting.

Mais en réalité, il est difficile d’imaginer que Mandelson, membre chevronné du Parti travailliste et mentor du cercle de responsables qui ont porté Keir Starmer au pouvoir, ait fait figure d’exception.

Prenons un instant pour passer en revue les quatre derniers Premiers ministres britanniques : trois conservateurs – Boris Johnson, Liz Truss et Rishi Sunak – suivis par Keir Starmer, du Parti travailliste.

Rien que ces quatre noms prouvent haut la main le succès avec lequel la classe milliardaire a vidé les structures politiques britanniques de leur substance, au point qu’elles ne peuvent plus proposer de dirigeants sérieux.

Johnson n’était pas seulement un menteur invétéré, il a même réussi l’exploit étonnant de transformer une vie passée à faire le clown en une qualification pour diriger. Le politicien ultime du pain et des jeux.

Truss est arrivée au pouvoir tellement grisée par les fantasmes alimentés par les milliardaires sur les marchés non réglementés qu’elle a rapidement détruit le système même qu’elle croyait faire fructifier.

Avec Sunak, les milliardaires ont eu l’un des leurs aux commandes – dans son cas, un quasi-milliardaire, dont la fortune est à peu près équivalente à celle du roi Charles. En tant que Premier ministre, Sunak était tellement déconnecté du monde réel qu’il ne savait pas comment utiliser une carte de crédit sans contact.

Et maintenant, avec Starmer, les milliardaires ont trouvé leur “homme du peuple” artificiel, sorti tout droit d’un laboratoire, tellement ignorant en matière de politique et de pouvoir que ses plus proches conseillers, loin des oreilles indiscrètes, ont déclaré aux journalistes qu’il ne serait qu’un homme de paille qu’ils guideraient en coulisses.

Ou, pour reprendre leurs termes, en utilisant une métaphore qui parle surtout aux élites bancaires et médiatiques de Londres :

“Keir ne conduit pas le train. Il croit qu’il conduit le train, mais nous l’avons assis à l’avant du DLR”,

en référence au Docklands Light Railway, un train automatisé sans conducteur qui relie le centre d’affaires, bancaire et médiatique de Canary Wharf au reste de Londres.

“Nulle part où aller”

Starmer, le Premier ministre le plus impopulaire de l’histoire, s’accroche désespérément à son poste.

Il y parvient principalement parce que Mandelson et ses protégés, dont Morgan McSweeney, le chef de cabinet de Starmer, contraint de démissionner le week-end dernier pour sauver son patron, ont depuis longtemps débarrassé le Parti travailliste de toute personne talentueuse ou indépendante d’esprit.

Pourquoi ? Parce que le Parti travailliste de Mandelson a renoncé à toute politique de fond impliquant une opposition aux riches. Il ne se définissait plus comme le représentant des intérêts des travailleurs face à l’exploitation par une élite entrepreneuriale.

Son unique objectif était de rassurer les milliardaires sur son engagement à protéger leurs profits. Le reste était secondaire.

Jon Trickett, autrefois secrétaire particulier de Mandelson, note que le New Labour partait du postulat que

les électeurs de la classe ouvrière n’avaient nulle part ailleurs où aller. Selon cette logique, le gouvernement n’avait pas besoin de mobiliser tout son potentiel pour obtenir leurs votes”.

Il a conclu : “Le New Labour était finalement moins un mouvement de renouveau qu’une réorientation vers les réseaux élitistes du capital mondial”.

L’ancien militant travailliste James Schneider évoque Mandelson en ces termes :

“Il s’est efforcé de moderniser le langage du Parti travailliste et de redéfinir ses loyautés, afin de l’adapter aux conseils d’administration, aux lobbyistes et lui ôter toute velléité de renouer avec ses anciens engagements envers les syndicats ou la propriété publique”.

C’est cette proximité avec la classe des milliardaires qui a permis à Mandelson de revenir sans cesse au gouvernement comme un mauvais film, malgré ses nombreux revers.

La cible

Pour analyser correctement la crise actuelle du Parti travailliste et le scandale Mandelson, il faut se pencher sur le prédécesseur de Starmer à la tête du parti, Jeremy Corbyn.

La classe politique et médiatique qui vénérait autrefois Mandelson — et s’empresse aujourd’hui de le désavouer — est celle qui a passé cinq ans à détruire Corbyn.

En réalité, Mandelson et Corbyn ont été les deux pôles du Parti travailliste autour desquels se sont cristallisées différentes visions de l’avenir de la Grande-Bretagne.

Sous Blair, Mandelson s’est attaché à remodeler les députés et la bureaucratie du Parti travailliste à son image : celle d’un parti gestionnaire au service de la classe émergente des magnats de la technologie.

Mais il n’a pas réussi à rallier à sa cause le troisième centre de pouvoir du Parti travailliste, à savoir ses membres, ce qui explique pourquoi Corbyn a contourné les garde-fous institutionnels en 2015 et s’est retrouvé élu à la tête du parti.

À cette époque, le Parti travailliste était depuis longtemps un parti technocratique sans âme, rivalisant avec les conservateurs pour servir les intérêts des riches, tout en entretenant le frêle espoir que, par une osmose miraculeuse, une partie de leur richesse se répercuterait sur le reste de la population.

Les priorités politiques de Corbyn étaient à l’opposé de tout ce que Mandelson défendait, et aux antipodes de ce que voulaient les milliardaires qui, pendant des décennies, ont été autorisés à piller les services publics britanniques.

Il appelait à la reconstruction d’une économie redistributive plus juste, fondée sur les principes du socialisme démocratique. Il voulait reprendre le contrôle des services publics nationaux et développer les services publics. Il mettait l’accent sur la construction d’une solidarité communautaire et de classe :

Pour le plus grand nombre, pas pour quelques-uns”.

En 2017, Mandelson a révélé que sa mission politique consistait à se débarrasser de Corbyn en tant que leader du Parti travailliste :

“Je travaille chaque jour, à mon petit niveau, pour mettre fin à son mandat. Chaque jour, j’essaie de faire quelque chose, fût-ce minime — un e-mail, un coup de téléphone ou la tenue d’une réunion — pour sauver le Parti travailliste de son leadership”.

Les médias appartenant aux milliardaires étaient bien sûr tout disposés à l’aider.

Corbyn était jugé trop débraillé pour être Premier ministre. Il était sexiste, pas assez patriote ou représentait une menace pour la sécurité nationale. Il était soit trop stupide pour diriger le pays, soit un espion russe.

Enfin, Corbyn et les centaines de milliers de nouveaux membres attirés par le Parti travailliste grâce à son message de changement et d’espoir étaient accusés d’antisémitisme parce qu’ils critiquaient l’occupation permanente et illégale des Palestiniens par Israël.

Des plans d’urgence ont même été préparés en cas de victoire de Corbyn. Un général de l’armée a déclaré au Sunday Times que les officiers se mutineraient pour renverser tout gouvernement dirigé par Corbyn. Des images divulguées ont montré des soldats en Afghanistan utilisant son visage comme cible d’entraînement.

“Endurer le calvaire”

Derrière ces manœuvres se cachait la puissance des États-Unis, un empire dont la politique est entièrement contrôlée par la classe des milliardaires.

Dans un enregistrement divulgué en 2019, Mike Pompeo, secrétaire d’État américain et ancien directeur de la CIA, a averti qu’il était vital d’empêcher le leader travailliste d’accéder au pouvoir, suggérant qu’une campagne de diffamation visant à discréditer Corbyn était déjà en cours.

“Il se pourrait que M. Corbyn parvienne à résister et à se faire élire. C’est toujours possible”, a déclaré Pompeo. “Vous devez savoir que nous n’attendrons pas qu’il passe à l’action pour contre-attaquer. C’est trop risqué, trop important et trop difficile une fois que le mal est fait”.

Pourquoi les institutions américaines et britanniques étaient-elles si déterminées à empêcher Corbyn d’accéder au pouvoir, même si cela supposait de saboter ouvertement le processus politique démocratique britannique ?

Précisément parce que Corbyn était le seul homme politique britannique d’envergure à ne pas avoir été corrompu.

Pendant que M. Corbyn était à la tête du Parti travailliste, les élections britanniques ont cessé de n’être qu’un simple enjeu politique. Le vote comptait. Pour une fois, la politique portait sur le fond. Le leader en question ne confondait pas les intérêts des électeurs ordinaires avec la richesse des milliardaires.

Si Corbyn avait réussi à passer le cap de l’élection et à prendre ses fonctions à 10 Downing Street, il aurait pu éliminer la clique de Mandelson qui contrôlait le Parti travailliste et redonner la parole aux gens ordinaires.

Corbyn prévoyait de mettre fin au régime d’austérité bipartite qui règne au Royaume-Uni depuis maintenant 16 ans, une politique économique qui justifie le pillage permanent des caisses publiques par les milliardaires.

Les impôts sur la fortune, la limitation des salaires excessifs, la participation des travailleurs aux grandes entreprises, la nationalisation et les impôts sur les gains exceptionnels auraient durement affecté les milliardaires.

Les lignes rouges de Corbyn

La politique étrangère britannique aurait-elle suivi la même voie bipartite qu’au cours de ces dernières années avec Corbyn ?

Il n’aurait jamais sacrifié la vie de dizaines de milliers d’enfants palestiniens à Gaza au profit des intérêts des fabricants d’armes.

Il n’aurait jamais accepté que des avions britanniques transportent des bombes américaines d’une tonne à destination d’Israël pour raser Gaza, ni que des avions de la Royal Air Force effectuent des vols d’espionnage au-dessus de l’enclave pour fournir à Israël des renseignements permettant de cibler les Palestiniens.

Il va sans dire qu’il n’aurait jamais accepté, comme l’a fait Starmer, qu’Israël ait le “droit” d’affamer la population de Gaza en la privant de nourriture, d’eau et de carburant.

Il aurait également rejeté la myriade de restrictions à la liberté d’expression et de manifestation imposées dans son pays pour protéger Israël des opposants au génocide avéré, désormais qualifiés de“terroristes”, qui préparent progressivement les bases d’un État policier.

Il se serait surtout opposé au soutien continu de la Grande-Bretagne aux “guerres éternelles”, véritable moteur d’une classe de milliardaires désireuse de contrôler les ressources mondiales à son seul profit et s’enrichissant sans cesse grâce aux profits de l’industrie de l’armement.

Il n’aurait jamais accepté, contrairement à Starmer, de plus que doubler les dépenses britanniques pour la machine de guerre de l’OTAN, une source de revenus alléchante pour les milliardaires, comme l’a souligné le milliardaire Donald Trump.

Sous Corbyn, la Grande-Bretagne aurait-elle cédé le contrôle de la base de données colossale du NHS (le système de santé britannique), c’est-à-dire les données vous concernant et me concernant, à un géant américain de la technologie d’espionnage comme Palantir, qui joue déjà un rôle clé dans le génocide israélien à Gaza et dans la milice fasciste montante de Trump, l’ICE ?

Nous connaissons la réponse, car Corbyn nous l’a donnée.

L’un des ministres de Corbyn aurait-il appelé, à l’instar de la ministre de l’Intérieur Shabana Mahmood, à utiliser l’intelligence artificielle pour remettre au goût du jour l’idée de surveillance du XVIIIe siècle, le panoptique, qui garantirait, selon ses propres termes, que “les yeux de l’État puissent vous surveiller à tout moment” ?

Les liens douteux avec les milliardaires

Mandelson est désormais dans le collimateur pour une bonne raison. Parce que les milliardaires — et leurs médias — préfèrent voir votre hostilité dirigée vers leur protégé plutôt que sur eux.

La théorie de la “pomme pourrie” — ou des deux “pommes”, si l’on compte Andrew Mountbatten-Windsor — détourne habilement notre attention de ceux qui ont été protégés et de ce qui leur a été octroyé.

L’accent est mis sur la relation personnelle de Mandelson avec Epstein. Mais son réseau de relations d’affaires s’étendait bien au-delà d’un seul prédateur sexuel.

Jusqu’à ce mois-ci, lorsque la pression médiatique l’a contraint à démissionner après la publication des dossiers Epstein, Mandelson était le fondateur et l’associé principal du cabinet de lobbying Global Counsel. Ses clients sont certaines des entreprises les plus puissantes de la planète.

Plusieurs d’entre elles se retirent aujourd’hui pour éviter toute association avec Mandelson. Parmi leurs clients actuels ou récemment disparus, on compte des géants de la technologie tels que Palantir, TikTok et OpenAI, des entreprises de combustibles fossiles comme Shell, Anglo American et Glencore, des institutions financières comme JP Morgan, Standard Chartered, Barclays et Bank of America, et des entreprises de biens de consommation comme Nestlé, Shein, BMW et la Premier League anglaise.

Ces entreprises n’ont rien fait d’illégal en étant représentées par Global Counsel, ni Global Counsel lui-même n’a commis d’acte illégal. C’est plutôt que l’interface quasi invisible entre le monde de la politique et les entreprises les plus puissantes de l’histoire de l’humanité a défini ce qui est considéré comme légal.

L’opacité de ce système est précisément son atout.

En 2010, Mandelson a déclaré à Epstein que Global Counsel, qu’il était alors en train de créer, fournirait des

“conseillers sur la politique d’accords à négocier, de questions à résoudre ou de mesures réglementaires nécessaires à votre protection/réussite commerciale”.

Au moins, sous la pression, notre classe politique docile commence à poser des questions, certes limitées, sur ce qui s’est réellement passé.

Comment, par exemple, le client de Mandelson, Palantir, a-t-il pu remporter un contrat de 241 millions de livres sterling (329 millions de dollars) avec le ministère britannique de la Défense sans appel d’offres public ? Pourquoi une réunion officielle à Washington entre Mandelson, Starmer et le directeur général de Palantir, Alex Karp, n’a-t-elle pas été officiellement consignée ?

Un autre client de Global Counsel, OpenAI, qui a récemment signé un accord avec le Royaume-Uni pour explorer l’intégration de son IA dans les systèmes judiciaires, sécuritaires et éducatifs, a récemment nommé George Osborne, ancien chancelier britannique, en tant que représentant principal. Il sera chargé de travailler avec les gouvernements du monde entier sur leur politique en matière d’intelligence artificielle.

Diffamation

Il est impossible d’imaginer Corbyn ayant volontairement intégré ce monde contrôlé par les entreprises, condition désormais requise pour tout politicien aspirant à un poste au sein du gouvernement. C’est la raison pour laquelle les milliardaires et leurs médias, tout comme la bureaucratie du Parti travailliste, ont œuvré sans relâche à la diffamation de Corbyn.

L’ascension et la chute de Morgan McSweeney, jusqu’au week-end dernier chef de cabinet de Starmer, illustrent à merveille cette sombre collusion entre les élites politiques et économiques.

McSweeney a fait ses armes en politique au début des années 2000 en développant pour Mandelson une base de données politique appelée “Excalibur”, afin d’affiner les messages de campagne du Parti travailliste et recueillir des informations compromettantes sur ses adversaires politiques, y compris les députés travaillistes, qu’il divulguait ensuite à des journalistes complaisants.

McSweeney a non seulement joué un rôle central dans la promotion de Starmer, mais il a également été essentiel à la campagne d’autodestruction menée précédemment par le Parti travailliste pour faire tomber Corbyn, comme l’explique le journaliste d’investigation Paul Holden dans son récent livre The Fraud.

Peu après l’élection de Corbyn à la tête du parti en 2015, McSweeney a pris la tête d’un groupe de pression qui a créé un think tank appelé Labour Together, dont la mission secrète était de détruire le nouveau leader et de promouvoir un remplaçant plus en phase avec les attentes des donateurs privés.

Labour Together s’est en fait transformé en une caisse noire secrète destinée aux principaux donateurs fortunés, dont l’un est particulièrement soucieux de blanchir l’image d’Israël et l’autre détient des intérêts importants dans les soins de santé privés, pour soutenir la “cause”.

Lors de l’élection à la direction du Parti travailliste en 2020 pour remplacer Corbyn, Labour Together avait amassé une petite fortune.

Selon la loi, quelque 730 000 livres sterling (996 000 dollars) auraient dû être déclarées à la Commission électorale. Mais McSweeney ne l’a pas fait et, en 2021, la Commission électorale a déclaré le groupe coupable de plus de 20 infractions distinctes à la loi. Il a ensuite été condamné à une amende.

Selon Holden, le comportement évasif de McSweeney poursuivait un objectif politique : empêcher tout examen minutieux des activités de Labour Together.

Le think tank a utilisé les fonds non déclarés pour créer secrètement des groupes fictifs – de faux mouvements populaires financés par des entreprises – qui ont mené une campagne de dénigrement contre Corbyn et ses partisans, les accusant d’antisémitisme. Starmer, lui, a été présenté, en particulier parmi les membres du Parti travailliste, comme un homme intègre marchant dans les pas de Corbyn.

Une fois à la tête du parti, Starmer avait alors le champ libre pour purger les membres de gauche et éviscérer la base du parti pour que le contrôle revienne aux donateurs privés.

Holden conclut :

“Le projet politique qui nous a valu un gouvernement Starmer a été une aventure imprudente, probablement illégale, dont les irrégularités menacent l’intégrité de la démocratie britannique”.

Définitivement désavoués

Ce mois-ci, Holden et un petit groupe de journalistes qui ont également tenté de scruter la boîte noire de la politique britannique sous Starmer ont découvert qu’ils avaient eux-mêmes fait l’objet d’une enquête secrète menée par un proche de Starmer.

En 2023, Josh Simons, aujourd’hui ministre du gouvernement travailliste, a versé 30 000 livres sterling (41 000 dollars) à une agence de relations publiques spécialisée dans la gestion de crise afin d’identifier les journalistes, dont Holden, qui avaient enquêté sur les activités de Labour Together, ainsi que leurs sources.

À l’époque, Simons était directeur de Labour Together, successeur de McSweeney.

Selon Holden, l’objectif était soit d’effrayer les journalistes, soit de les discréditer en diffusant des informations mensongères dans les médias.

Dans son livre The Fraud, Holden raconte comment, à la suite de l’opération de surveillance menée par Simons, le Guardian l’a averti qu’il s’apprêtait à publier des informations selon lesquelles il faisait l’objet d’une enquête pour piratage illégal de la Commission électorale en 2021.

Lorsque Holden a menacé de poursuivre le Guardian en diffamation, le journal a fait machine arrière.

En réalité, les scandales impliquant Mandelson, McSweeney et Starmer sont depuis des années trop flagrants pour les journalistes de Westminster.

Ces journalistes ont choisi de se taire, protégeant ainsi la “boîte noire”, par crainte de s’opposer directement à ces puissantes personnalités politiques, mais aussi aux influents propriétaires des grands groupes de médias qui les emploient.

Mandelson et McSweeney sont déjà hors jeu et Starmer ne devrait pas tarder à les suivre. Ils sont désormais définitivement désavoués. Mais le système qui les a créés est toujours aussi puissant. Il inventera bientôt une nouvelle série d’avatars pour servir ses intérêts.

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