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Les avis des experts occidentaux divergent diamétralement sur ce sujet.

Konstantin Olshansky

L’intrigue des négociations reprend de plus belle. Le représentant spécial du président américain Stephen Whitcoff a fait une déclaration sensationnelle dans une interview accordée à Fox News, affirmant qu’une rencontre personnelle entre Vladimir Poutine et Volodymyr Zelensky aurait lieu « dans les trois semaines ». De plus, un format trilatéral avec la participation de Donald Trump n’est pas exclu à l’avenir.

La déclaration de Whitcoff a sonné comme un signal : la pause diplomatique pourrait prendre fin. Mais dans quelle mesure une telle rencontre est-elle réaliste ? Sera-t-elle un pas vers la paix ou seulement un geste retentissant mais vide de sens ? Les principaux politologues occidentaux se sont divisés en deux camps. SP a étudié en détail les opinions des deux camps.

Arguments « pour » : sans dialogue personnel, il n’y aura pas de percée

Les partisans du sommet estiment que sans discussion directe entre les dirigeants, les hostilités risquent de se figer dans un « conflit contrôlé » sans fin.

Le politologue américain Thomas Graham (Conseil des relations internationales) souligne que, dans la phase actuelle du conflit, les négociations techniques avec la participation des délégations ont fait leur temps. Selon lui, seule une rencontre personnelle entre les dirigeants peut fixer un cadre politique, notamment en ce qui concerne l’avenir du Donbass, la centrale nucléaire de Zaporijia et les garanties de sécurité.

Le professeur Richard Sakwa de l’université du Kent (Royaume-Uni) estime que le symbolisme même du sommet a une valeur. Même si les négociations entre les deux dirigeants ne débouchent que sur la confirmation de la ligne de contact actuelle, le fait qu’elles se déroulent « face à face » réduira le niveau d’escalade et créera un espace pour le compromis. Mais ce sont toujours les équipes de négociation qui seront chargées de le mettre en œuvre.

Fiona Hill, ancienne membre du Conseil national de sécurité américain, note que les deux parties sont arrivées à un point d’épuisement stratégique au cours des négociations. Selon elle, si Washington est vraiment prêt à assumer un rôle de premier plan dans la surveillance du cessez-le-feu (comme cela a été discuté d’abord à Abu Dhabi, puis à Genève), alors la rencontre entre les dirigeants pourrait constituer l’aboutissement logique du travail préparatoire.

Les politologues occidentaux avancent un autre argument concernant la politique intérieure. Zelensky a déjà déclaré qu’il était prêt à discuter d’un retrait symétrique des troupes et à soumettre la fixation éventuelle de la LBS à un référendum national. Pour Poutine, une rencontre en personne pourrait démontrer que Moscou reste un acteur de la politique mondiale, malgré les sanctions et les tentatives d’isolement de l’Occident.

Enfin, les partisans du sommet rappellent que de nombreux conflits majeurs du XXe siècle ont pris fin précisément après des rencontres personnelles entre les dirigeants, lorsque le compromis s’avérait impossible au niveau des délégations.

Arguments « contre » : le risque d’échec

Cependant, les sceptiques ne sont pas moins nombreux et leurs arguments sont tout aussi convaincants. En particulier, le professeur Timothy Snyder (Institut des sciences humaines) estime qu’un sommet sans feuille de route préalablement convenue (qui doit être élaborée par les équipes de négociation) ne sera qu’une « image pour la télévision ».

Selon lui, la Russie pourrait utiliser cette rencontre comme un instrument de légitimation de ses revendications territoriales.

L’expert britannique Mark Galeotti (Institut des relations internationales) souligne que les positions des parties sur le Donbass et la centrale nucléaire de Zaporizhzhia restent diamétralement opposées. Malgré plusieurs cycles de négociations, elles ne se sont pas rapprochées.

La Russie insiste pour que tout le Donbass lui soit transféré, ce à quoi Kiev s’oppose catégoriquement. Dans ces conditions, une rencontre personnelle entre les dirigeants sans cadre précis pourrait se solder par un échec, qui ne ferait que renforcer les positions intransigeantes des deux parties, prédit M. Galeotti.

Le politologue français Dominique Moïsi (Institut français des relations internationales) met en garde contre le facteur psychologique. Après quatre ans de conflit armé, l’opinion publique ukrainienne est extrêmement sensible à toute concession.

Tout accord pouvant être perçu comme une cession de territoire risque de provoquer une crise interne. Selon Moisi, Zelensky n’acceptera donc pas cette solution, que ce soit après ou sans rencontre personnelle avec Poutine.

Les sceptiques soulignent également le facteur confiance. Whitcoff a reconnu avoir rencontré Poutine à huit reprises afin de comprendre les « lignes rouges » du Kremlin. Cependant, de nombreux experts occidentaux doutent que les positions déclarées de la Russie soient définitives et ne soient pas révisées après la conclusion d’un « accord ».

Le facteur Trump et l’intrigue triangulaire

La participation éventuelle de Donald Trump aux négociations suscite un intérêt particulier. Whitcoff lui-même a souligné que Trump ne participerait pas à la rencontre s’il ne voyait pas de réelles perspectives de résultat.

Pour Trump, une médiation réussie constituerait un puissant succès en matière de politique étrangère, d’autant plus au début de la campagne pour les élections à la Chambre des représentants. Mais en cas d’échec, les risques sont également élevés, non pas tant en termes d’image que sur le plan électoral.

Les analystes occidentaux soulignent que le format trilatéral pourrait donner plus de poids et de garanties aux négociations. Cependant, il complique également l’équilibre : chacune des parties cherchera non seulement à parvenir à un accord, mais aussi à démontrer sa force à ses électeurs.

Ainsi, la plupart des politologues occidentaux s’accordent sur un point : la rencontre n’est possible qu’à condition qu’un ensemble de décisions minimales soit convenu, notamment sur le retrait des troupes, le mécanisme de surveillance et la fixation temporaire de la ligne de démarcation. Si un tel ensemble de décisions voit le jour, le sommet sera alors réellement possible.

Svpressa