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Des dossiers récemment rendus publics relancent l’attention sur le réseau politique de Jeffrey Epstein lié à Israël. (Illustration : Palestine Chronicle)

De nouveaux documents du ministère américain de la Justice retracent les activités d’Epstein au Moyen-Orient à partir de 2016, qui ont été à plusieurs reprises liées à Israël, à des pressions et à une protection.

Points clés

  • Des courriels indiquent que des agents de sécurité israéliens ont coordonné l’accès et la surveillance d’un immeuble appartenant à Epstein à Manhattan et lié à Ehud Barak.
  • Epstein a exhorté le Qatar à reconnaître Israël pendant le blocus de 2017-2021 afin de rester dans les bonnes grâces de Trump.
  • La correspondance d’Epstein évoquait l’introduction en bourse de Saudi Aramco et envisageait de vendre à la Chine une option sur une participation importante, ce que certains citent aujourd’hui comme une « preuve » d’un complot centré sur la Chine.
  • La plus grande retombée pour les entreprises au Moyen-Orient à ce jour : le directeur général de DP World, Sultan Ahmed bin Sulayem, a démissionné après avoir fait l’objet d’une enquête liée à ces dossiers.
  • Les dimensions liées à Israël continuent de refaire surface à mesure que le débat public s’intensifie, notamment les controverses autour des déclarations et rétractations impliquant des responsables israéliens.
  • Les conséquences plus larges de la divulgation de ces documents se poursuivent dans les milieux politiques et économiques, tandis que la responsabilité reste inégale.

Premières traces : e-mails de 2016-2017

La dernière série de documents publiés par le ministère américain de la Justice attire à nouveau l’attention sur une tendance qui s’étend sur plusieurs années : les efforts de Jeffrey Epstein pour cultiver son influence au Moyen-Orient ont toujours été étroitement liés à Israël, que ce soit par la proximité avec l’élite, des signaux politiques ou des accords de sécurité.

L’un des signaux les plus anciens et les plus significatifs dans les documents récemment diffusés concerne un immeuble appartenant à Epstein dans l’Upper East Side de Manhattan. Des courriels rapportés par plusieurs médias montrent que des agents de sécurité liés au gouvernement israélien ont coordonné les protocoles d’accès et l’installation de systèmes de protection dans la propriété où l’ancien Premier ministre israélien Ehud Barak aurait séjourné pendant de longues périodes.

La correspondance suggère une relation structurée (procédures d’habilitation, listes du personnel nécessitant un accès, discussions sur la surveillance et les contrôles d’entrée) coordonnée avec des responsables liés à la mission d’Israël à New York. Bien que la présence dans des dossiers ne constitue pas une preuve de comportement criminel, les détails opérationnels élèvent le niveau de surveillance bien au-delà des contacts sociaux occasionnels et placent l’infrastructure de sécurité liée à l’État israélien dans une adresse appartenant à Epstein.

Cette chronologie précoce est importante car elle met en évidence un thème récurrent : Epstein ne se contentait pas de fréquenter des intermédiaires fortunés ; il se trouvait régulièrement à proximité du pouvoir étatique et des protocoles de sécurité, en particulier lorsque la sphère politique israélienne était impliquée.

Pression du Qatar et réseau régional

En 2017, les documents montrent qu’Epstein étendait son influence au Moyen-Orient aux crises politiques du Golfe. Reuters rapporte que pendant le blocus du Qatar entre 2017 et 2021, Epstein a échangé des messages avec un homme d’affaires qatari et membre de la famille régnante, lui offrant des conseils stratégiques et poussant Doha à prendre des mesures qui renforceraient sa position auprès de la Maison Blanche de Donald Trump.

Selon les rapports, Epstein a exhorté le Qatar à nouer des liens avec Israël, soit en s’orientant vers la reconnaissance, soit en s’engageant à financer massivement un fonds pour les « victimes du terrorisme », présentant la normalisation comme un moyen d’obtenir une protection politique à Washington.

L’importance ne réside pas dans le fait que le Qatar ait suivi ses conseils (Reuters note que le Qatar a finalement maintenu son cap et que le blocus a pris fin en 2021). Elle réside dans le fait que la stratégie d’Epstein considérait Israël non pas comme une question secondaire, mais comme un levier diplomatique central : une porte d’entrée vers les faveurs des États-Unis, un marqueur d’alignement et un outil transactionnel qui, selon lui, pouvait remodeler les résultats régionaux.

Dans le même temps, le cache du fichier indique qu’Epstein a cultivé des contacts dans les sphères du Golfe, de la finance et des affaires, un écosystème où les débats sur la normalisation avec Israël, la coopération en matière de sécurité et le patronage américain se croisent fréquemment.

Les retombées se propagent

La conséquence institutionnelle la plus immédiate au Moyen-Orient documentée à ce jour concerne les entreprises : le directeur de longue date de DP World, Sultan Ahmed bin Sulayem, a démissionné après que son nom ait été mentionné dans les dossiers du ministère américain de la Justice et que l’examen de ses communications avec Epstein se soit intensifié, a rapporté Reuters.

Il décrit des échanges crus et explicites, et note que les principaux bailleurs de fonds institutionnels ont suspendu leurs nouveaux investissements sous la pression, avant que des changements de direction ne suivent. DP World a nommé une nouvelle direction après les retombées, soulignant que l’impact du scandale ne se limite pas à une atteinte à la réputation, mais qu’il affecte les flux de capitaux, les décisions d’investissement et la gouvernance des entreprises d’infrastructures stratégiques.

Cela est important dans le contexte de l’influence régionale : DP World est au cœur du transport maritime mondial et de la logistique portuaire, notamment en Afrique et au Moyen-Orient. En d’autres termes, les dossiers Epstein entrent désormais en collision avec l’architecture des corridors commerciaux et des empires commerciaux liés à l’État, précisément le type de réseaux qui peuvent discrètement remodeler les relations géopolitiques.

Notre évaluation stratégique

Le débat public sur le « réseau mondial » d’Epstein s’oriente de plus en plus dans deux directions : l’une qui traite le scandale comme une série de défaillances morales individuelles, et l’autre qui tente de détourner l’attention vers l’extérieur, vers des États rivaux, en particulier la Chine et la Russie, en sélectionnant certaines informations contenues dans des e-mails concernant Aramco ou d’autres transactions.

Les médias occidentaux rapportent en effet qu’Epstein a lancé des idées impliquant une option d’achat importante de la Chine dans Saudi Aramco en 2017, un élément désormais fréquemment cité pour suggérer un récit dominant centré sur la Chine.

Mais les documents qui ont été rendus publics révèlent quelque chose de plus révélateur sur le plan politique : Israël reste un élément récurrent dans la position d’Epstein au Moyen-Orient, apparaissant non pas comme une référence périphérique, mais comme un pivot stratégique dans l’établissement de ses relations, sa logique d’influence et la proximité avec l’État qui ressort des documents.

L’épisode du Qatar est révélateur. La ligne de pression d’Epstein n’était pas « se tourner vers l’Est et la Chine », mais « se rapprocher d’Israël » pour garantir l’alignement du pouvoir américain. La correspondance liée à Barak est encore plus frappante : il est difficile de considérer une telle coordination opérationnelle autour de l’accès et de la sécurité comme une simple coïncidence sociale, même en l’absence d’allégations criminelles.

La tentative d’individualiser le scandale, en l’attribuant à des acteurs isolés, se heurte également à une réalité structurelle : les réseaux décrits dans les dossiers touchent à plusieurs reprises à l’influence étatique, à la protection des élites et au type d’immunité transfrontalière dont ne bénéficient pas les citoyens ordinaires. La vague actuelle de démissions et de retombées institutionnelles souligne qu’il ne s’agit pas seulement d’Epstein en tant que personne, mais aussi des systèmes qui lui ont permis de circuler en toute impunité.

Enfin, les efforts visant à détourner l’attention vers la Chine et la Russie fonctionnent comme une distraction politique dans un autre sens : ils aplatissent une histoire dans laquelle l’accès politique lié à Israël et l’effet de levier de la normalisation apparaissent à plusieurs reprises comme la monnaie d’échange dans les jeux d’influence au Moyen-Orient. Les documents montrent que les élites traitent Israël à la fois comme un bouclier et un signal, quelque chose à exploiter à Washington et à déployer dans les crises régionales.

Si les dossiers Epstein révèlent quelque chose de manière cohérente, c’est bien ceci : le scandale ne se réduit pas. Il s’étend à l’architecture politique qui a permis à un trafiquant de s’intégrer dans les réseaux d’élite, y compris ceux qui ont un lien direct ou indirect avec la politique et la sécurité israéliennes.

(AJA, AJE, PC, Anadolu, Reuters, médias israéliens)

Palestine Chronicle