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Gérard Funffrock, ingénieur, docteur en histoire contemporaine (Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

Les USA sont, parmi les puissances qui sanctionnent les petits pays, petites nations, petits États ou considérés comme tels mais qui ne se soumettent pas à l’hégémon, celles qui sanctionnent le plus. Ces pays et leurs gouvernements sont considérés comme hostiles à la sécurité des États-Unis. L’ouvrage de Richard Nephew théorise la pratique de ces sanctions (The Art of sanctions) dont l’objectif déclaré est de provoquer l’effondrement économique du pays visé. Dans quel but ? Inciter les populations soumises à se révolter contre les dirigeants du pays puni, y compris par des interventions d’agents infiltrés chargés d’armer et d’exciter la population à se battre dans l’objectif avoué de renverser le régime en place et de démembrer le pays visé pour profiter indûment de ses richesses (la caverne d’Alibaba, gaz, pétrole, minerais). Cet objectif, du point de vue américain, a été ‘réussi’ à partir de 2003 en Irak, en Syrie, en Libye par exemple mais les conséquences ont été dévastatrices sur la stabilité du Moyen-Orient et la descente aux enfers des populations (famines, déplacements de populations, victimes des bombardements). Plus récemment, en Iran, en lien avec les opposants, notamment ceux de l’ancien régime du Shah et de sa dictature terroriste via la Savak, les USA et Israël ont coordonné les interventions régulières de la CIA et du Mossad depuis plusieurs années afin de changer le régime, de le faire capituler puis de le démembrer, de le détruire. Tentatives qui, pour l’instant, ont échoué. L’Iran est une grande nation qui n’est ni l’Irak ni la Syrie ni le Venezuela. Irania delenda est, tel est le slogan qui vise la destruction de l’unité de la nation iranienne en vue de son démembrement et de son éclatement. Par contre, cette stratégie des sanctions appliquée à la Russie depuis 2014 n’a pas vraiment eu l’effet escompté bien au contraire. Pitié pour le peuple iranien indépendamment de la nature de son régime politique issu en 1979 de l’effondrement économique de l’Iran du Shah soumis aux compagnies anglo-américaines depuis le coup d’État de 1953 qui renversa le malheureux Mossadegh, démocrate et très peu communiste.

Selon Joris Cuynet, dans son ouvrage L’Iran sous sanctions. Une société sous pression, paru en 2022, l’auteur indique que les sanctions ont été particulièrement sévères. Dès la venue au pouvoir des Chiites en 1979, au moment de la victoire de la révolution islamiste, les USA sanctionnent les Iraniens après la prise d’otages dans l’ambassade américaine : gel des avoirs iraniens aux USA. En 1980, les USA utilisent Saddam Hussein pour que l’Irak attaque l’Iran (1 million de morts pour les 2 parties, appauvrissement de l’Iran). En 1995, c’est l’embargo économique imposé à l’Iran, en 2013, sanctions sur le secteur automobile. Contre le programme nucléaire révélé en 2005, l’UE après sanctions sur les Droits de l’Homme, impose, en 2010 et 2012, un embargo sur le secteur pétrolier et financier ; en 2018 (Trump 1), les USA, en plus, imposent des sanctions aux pays qui commercent avec l’Iran en dollar. L’ONU sanctionne sur les armes et le nucléaire. En 2019, Trump 1 dénonce unilatéralement le traité conclu avec l’Iran sur l’enrichissement en uranium. Les sanctions se durcissent. La vie quotidienne du peuple iranien s’enfonce petit à petit dans la pauvreté puis parfois dans la misère, comme en 2020 au moment du Covid, alors que le pays dispose d’une manne pétrolière et gazière qu’il ne peut exploiter librement. L’on peut comprendre la haine du peuple iranien à l’égard des USA et d’Israël, haine instrumentalisée (mais peut-on lui reprocher?) par le gouvernement pour souder l’unité de la nation.

A- Conséquences économiques. (les éléments statistiques sont souvent extraits du livre de Joris Cuynet, L’Iran sous sanctions. Une société sous pression)

La malédiction du pétrole :

après avoir été privés, sous le Shah, de l’exploitation du pétrole et de ses ressources financières aux mains des compagnies anglo-américaines, de 1953 à 1979 (40 % pour la GB avec la Anglo-Iranian Oil Company, 40 % pour la SO et 20 % pour acheter le Shah, sa cour et la Saak), le peuple iranien, de nouveau propriétaire de ses richesses pétrolières, ne peut, dès 1980, vendre son pétrole pour relever l’économie laissée exsangue du pays en 1979.

Les exportations ont chuté ce qui a entraîné la chute de la production : elle passe de 6 millions de barils/jour en 1979 à 3,6 millions en 2010 ; l’exportation passe de 5,5 millions en 1978 à 2 millions en 2010. La population a doublé de 1975 à 2010, passant d’environ près de 33 millions à près de 74 millions selon Joris Cuynet (92 millions en 2025). Cela représentait 60 % des recettes du budget de l’État. Mais, l’embargo de 2012 a encore accentué cette dégradation. Les banques internationales ne traitent plus les transactions entre l’Iran et les autres pays qui ne peut plus exporter pétrole, pièces de rechange pour automobiles, fruits secs et tapis donc autant d’entreprises qui font faillite. Même les exportations de produits de la pêche sont touchées. Les exportations tombent de 2012 à 2020 de 106 Mds $ à 53 Mds $ tandis que les importations passent de 65 Mds $ en 2010 à près de 42 Mds $. En valeur, les exportations de pétrole passent de plus de 114 Mds $ en 2011 à 7,7 Mds en 2020 mais seulement 21 Mds $ en 1978 sous la dictature du Shah. Les Iraniens sont démunis pour faire face à ces sanctions. Les tentatives d’investissements étrangers dans le secteur pour améliorer la rentabilité, la productivité ont été balayées par les sanctions américaines. A partir de 2018, retour des sanctions, toute entreprise commerciale ou banque qui commerce (vente, achat) est immédiatement punie par les USA. En 2018, le pétrole représente 65 % des revenus de l’État (revenus qui baissent) et plus de 20 % du PIB.

La monnaie et le système bancaire :

L’effondrement des revenus pétroliers et l’interdiction de commercer a entraîné la chute de la monnaie nationale et donc une inflation galopante induisant pour la population des difficultés à se procurer le strict nécessaire pour se nourrir, se soigner, se déplacer, s’instruire. Les pénuries de devises (flux financiers entrants) pour acheter à l’extérieur (notamment des médicaments) augmentent par la diminution du tourisme, la forte réduction de la présence de Total et Peugeot. Les capitaux fuient l’Iran et la monnaie qui n’est plus demandée se déprécie. De 2002 à 2021, le rial a perdu 97 % de sa valeur par rapport au $ (2002, 1400 rial pour 1 $, 2021, 42000 rial pour 1 $) mais il a perdu 73 % entre 2011 et 2021 à cause des nouvelles sanctions américaines. Un double taux de change s’établit, l’un est officiel, l’autre au marché noir surtout pour acheter des dollars, ce qui entraîne de la corruption et détourne du commerce licite.

En décembre 2025, les USA (Trump 2) produisent une manipulation de la monnaie iranienne qui s’effondre pour provoquer une panique et la colère des Iraniens afin qu’ils se soulèvent contre le gouvernement.

Le système bancaire est pris dans l’étau des dévaluations officielles et des dépréciations (fuite des investisseurs et des placements). La banque centrale ne peut avoir de politique monétaire pour stabiliser sa monnaie car à court de devises étrangères (elle vend de moins en moins à l’export), elle ne peut racheter sa propre monnaie pour lui éviter le plongeon. En parallèle, les Gardiens de la Révolution ont créé des institutions financières sans autorisation donc illégales induisant du trafic et des détournements de fonds. En rejoignant les BRICS, l’Iran peut bénéficier du remplacement de SWIFT (l’effet ne sera pas immédiat) pour les paiements interbancaires.

Inflation et niveau de vie.

Les USA poussent l’Irak (Saddam Hussein) à faire la guerre contre l’Iran pour l’affaiblir de 1980 à 1988 (500 000 morts de chaque côté) ce qui induit des pénuries et de l’inflation en Iran (20 %/an).

La chute de la monnaie et l’impossibilité d’importer des marchandises nécessaires ont entraîné une inflation incontrôlable (raréfaction de l’offre et spéculation). Elle passe de 21 % en 2011 à 35 % en 2013 puis 10 % en 2017. En 2018, Trump rompt unilatéralement l’accord sur le nucléaire de 2015 avec reprise des sanctions et l’inflation reprend dès 2018 avec 30% et en 2021, 40%. En 2025, elle est passé de 31 % en janvier à 48 % en septembre, probablement plus depuis décembre. (source : https://fr.tradingeconomics.com/iran/inflation-cpi). Se nourrir, se soigner est devenu très difficile depuis 46 ans de sanctions. Le gouvernement a tenté le contrôle des prix des marchandises, mais peine perdue car des entreprises ont fait faillite à la suite de perte de revenus.

Les revenus des Iraniens n’ont pas suivi l’inflation ; leur niveau de vie, leur pouvoir d’achat a fortement baissé.

Baisse des revenus et pénuries des marchandises de première nécessité.

La chute des exportations, de la monnaie et donc des devises empêche le gouvernement de se fournir à l’étranger en marchandises nécessaires entraînant une inflation (de spéculation). Par exemple, en 2010, l’Iran importe pour 65,5 Mds $ mais en 2019 seulement pour 41,8 Mds $ (- 36%). Les médicaments coûtent cher (+20 à + 100 % selon les origines) quand ils sont disponibles. Mendicité et contrebande augmentent pour se procurer la plupart des objets nécessaires. La classe moyenne s’effondre économiquement, restent les plus aisés qui s’en sortent bien. Les classes populaires sont absentes et invisibilisées et pourtant majoritaires mais ne semlent plus être représentées en pratique.

B- Baisse du PIB, augmentation du chômage.

Population et production.

De 2011 à 2019, le PIB baisse de 3 % mais la population augmente de 10 % entre 2010 et 2018. L’année du Covid (2020) n’a rien arrangé d’autant que pour cette période la Chine et la Russie ne se précipitent pas pour commercer avec l’Iran comme de nombreux autres pays.

L’économie, la production est divisée en 3 secteurs :

– un secteur public constitué des grandes industries essentielles pour l’État : commerce international, banque, assurance, mines, énergie, eau, médias (radio et télévision), communications en réseau (internet etc.)

– un secteur de la coopération : production et distribution urbaines et rurales selon les règles islamiques (chiites)

– un secteur privé : agriculture, élevage, commerces, services.

Le poids de l’État dans l’économie a été multiplié par 4 et le nombre d’entreprises par 33. Le secteur coopératif est resté solide malgré la baisse du PIB et les difficultés depuis la guerre contre l’Irak. Le secteur privé, productif, de structure familiale a été le plus touché par les sanctions. La population de l’Iran étant très connectée à internet (78 % contre 72 % pour le Moyen-Orient et le Maghreb), des start-up se sont créées dans un environnement sans concurrence étrangère (interdite en Iran) ; des sociétés de type Uber et Amazon.

Quant au entreprises privées étrangères sur le sol iranien, les sanctions les ont poussées au départ : Peugeot et Renault, premier employeur industriel de l’Iran en 2010.

Le chômage.

Les jeunes (15-24 ans) représentent la catégorie de population la plus touchée par le chômage : de 2005 à 2009, le taux varie de 22,3 % à 24,7 %, mais avec le durcissement des sanctions, de 2010 à 2018, il est passé de 25,2 % à 29,2. Pour la population active depuis 2011, il se situe entre 10,4 et 12,6 %. Les emplois publics ont augmenté de 2011 à 2016 de près de 290 000 (hors défense et services secrets). Pour ceux qui ont un emploi, le temps partiel a augmenté passant de 25,1 % en 2015 à 32,2 % en 2018. Le chômage est donc très supérieur à la moyenne de la grande région (Maghreb-Moyen-Orient). Paradoxalement, les sanctions et la structure du chômage ont poussé les femmes et les seniors à chercher du travail par tous les moyens et pour tous les statuts possibles.

Pauvreté et inégalités.

Le nouveau régime instauré par la révolution de 1979, la République Islamique, a promis d’éliminer la pauvreté laissée par 26 ans de dictature du Shah et de captation des richesses pétrolières par les USA et la Grande-Bretagne après le coup d’État de 1953.

Malheureusement, en 1980, les USA poussent l’Irak à faire la guerre contre l’Iran afin d’éliminer le nouveau pouvoir. Elle dure jusqu’en 1988 et fait 1 000 000 de morts (500 000 de chaque côté). Malgré des efforts ciblés pour l’agriculture, l’économie ne permet pas d’éliminer la pauvreté. A partir de 2000, la hausse du prix du pétrole permet d’améliorer la situation. En 2011, des aides directes (28 % du revenu médian) sont versées aux plus pauvres mais l’inflation, les sanctions, la diminution des revenus du pétrole ont réduit les effets des aides sociales. Les inégalités sociales se sont accrues ces dernières années (depuis 2017).

C- La redistribution des richesses et l’effondrement des revenus pétroliers.

Aides directes aux ménages, indemnités et retraites.

De 1997 à 2013 (présidence Khatami, présidence Ahmadinejad), un système d’aides directes a été mis en place pour contrer la pauvreté et les inégalités ; ce système représentait, selon la taille de la famille, 10 % à 40 % du revenu d’un travailleur non qualifié ; les 2/3 des familles ont pu en bénéficier. Ces aides ont été rendues possibles par un endettement de l’État et par les rentrées des exportations pétrolières. Mais les sanctions et l’inflation (le panier de courses moyen multiplié par 6) ont anéanti ce système d’aides devenu inefficace (pouvoir d’achat divisé par 10 de 2010 à 2021 avec des allocations non réévaluées depuis le début).

En 2017, des parlementaires alertent sur les risques du système iranien des retraites : sur 12 caisses de retraite 5 sont en faillite et les autres en équilibre précaire tandis que la population vieillit et que le nombre de cotisants diminue avec un chômage élevé. Des investissements financiers dans des actifs ont fait faillite et la corruption s’est développée dénoncée par les autorités politiques. En 2017, le nombre de pensionnés au-dessus de l’âge légal de départ qui touchent une pension n’est plus que 17 %. Des soignants font face à des impayés de salaire depuis 1 ou 2 ans ; de même, seulement 6,7 % des chômeurs ont une indemnité. L’État ne peut ni emprunter ni imprimer du papier monnaie à cause d’une inflation non maîtrisée. Des manifestations de colère apparaissent contre les dépenses en opérations extérieures (Syrie Liban) plutôt que de favoriser les dépenses sociales. La redistribution des richesses est à l’arrêt.

D- Le système sanitaire, le Covid

En 2014, la justice des États-Unis a sanctionné la banque française BNP Paribas à hauteur de près de 9 Mds $ d’amende pour avoir commercé avec l’Iran, Cuba, le Soudan pour non-respect des sanctions américaines (extra-territorialité de la loi de l’hégémon). Cette rétorsion n’a pas incité les entreprises, banques et industriels à commercer avec l’Iran. De plus, l’effondrement de la monnaie iranienne, le rial n’a pas permis au gouvernement d’acheter les biens de première nécessité sur le marché mondial. Résultat : la capacité de l’Iran à importer des médicaments et du matériel médical s’esr effondrée de même la production iranienne, la distribution et la disponibilité des médicaments. Les entreprises françaises, allemandes, suédoises et italiennes ont cessé dès 2018 de livrer de la matière première médicamenteuse ou des médicaments à l’Iran qui se tourne alors vers l’Inde et la Chine pour des substituts de moins bonne qualité ayant des répercussions négatives en chirurgie, médecine, gynécologie-obstétrique. Les vaccins et les produits biologiques ne sont plus accessibles comme le matériel pour ambulances. Depuis 2019, les livraisons humanitaires sont contraintes. Lors des grandes inondations de 2019, les secours humanitaires internationaux ne peuvent arriver à temps. Le gouvernement ne peut donner de chiffres sur la surmortalité due aux sanctions. Ce qui questionne la légitimité et la légalité en terme de droit international.

Le gouvernement instrumentalise l’effondrement sanitaire qui est réel et dramatique pour obtenir la levée des sanctions. Le gouvernement iranien s’appuie sur le droit international de l’ONU et sur des traités internationaux pour dénoncer l’action des États-Unis. Par exemple, sur les pénuries, des chercheurs iraniens qui publient dans le monde occidental constatent que sur 26 médicaments essentiels pour l’asthme, les cancers et le diabète, la moitié a subi une diminution de la disponibilité depuis 2008 jusqu’à 42 % pour certains médicaments (OMS). Les Suisses et les Français ont diminué en 2017-2018 la livraison de médicaments respectivement de 30 % et 25 %. Les soldats gazés pendant la guerre Iran-Irak de 1980-1988 ne trouvent plus de médicaments adaptés. Au total, selon l’OMS, il manque 244 médicaments sur 433 qualifiés d’essentiels (Human Rights Watch).

En février 2020 débute l’épidémie mais le gouvernement minimise le nombre de morts pour ne pas affoler la population avant les élections législatives du 21 février. Le 1er novembre 2021, 6 millions de cas et près de 127 000 morts sont dénombrés. Les hôpitaux manquent de tout notamment de masques, de gants, de combinaisons. Le gouvernement est confronté au dilemme rester chez soi sans travailler, sans produire ou se remettre au travail avec les risques de contagion dans le cadre d’une économie effondrée. Les USA ne veulent pas aider (Trump 1, M. Pompeo), les Allemands, Britanniques et Français apportent quelques aides. Mais les Iraniens n’ont pas les moyens d’acheter (prêt du FMI). Pour les vaccins ils refusent ceux du monde occidental et se tournent vers la Russie, la Chine, la Corée du Sud et l’OMS. Été 2021, les Iraniens mettent au point leur propre vaccin non reconnu par l’OMS et la vaccination démarre peu après. Le retard du gouvernement pris pour s’occuper de la crise sanitaire, pour révéler la gravité du problème a rendu la population méfiante comme dans de nombreux pays y compris en France (pénurie de masques, utilité ou non des masques, absence de vaccin français).

E- L’accès à l’eau et le réseau hydrique.

Cette question est un problème crucial pour les Iraniens depuis longtemps mais aggravé par une gestion chaotique de l’eau et par les sanctions américaines.

La moyenne de la pluviométrie est de 250 mm/an (pour la France, elle se situe entre 650 et 900 selon les régions) mais très inégalement répartie ; ainsi, 70 % de la pluviométrie est concentrée sur les bords de la mer Caspienne et au nord de la frontière irako-iranienne ; dans les autres régions, 70 % des précipitations s’évapore et 97 % de la surface du pays fait face à des sécheresses périodiques. Les réserves d’eau se sont effondrées sur les 2/3 du territoire. Les lacs s’assèchent comme certaines rivières à cause des barrages en amont pour l’industrie et l’agriculture. La consommation d’eau n’est pas contrôlée et gaspillée par la population, par l’agriculture (90 % de la consommation) et par un réseau défectueux entraînant des pertes inutiles. La population a également doublé depuis 1979 (révolution islamique) passant d’environ 40 millions à 90 en 2025 ce qui aggrave le problème (production agricole fortement augmentée). Les techniques agricoles restent artisanales et peu économes en eau ; de plus, pour l’exportation et les devises, l’Iran produit intensivement du riz, des concombres et des pastèques, cultures nécessitant beaucoup d’eau.

Le gouvernement, après avoir encouragé, de façon non contrôlée, la construction de barrages et de puits (pour l’agriculture) revient en arrière à partir des années 2000. Il n’y a pas de direction unique du problème de l’eau, chaque institution ou faction islamique fait ce qu’elle veut pour servir des intérêts particuliers. Le prix de l’eau est trop bas pour pouvoir investir dans des infrastructures modernes économisant l’eau. Depuis les dernières années (2017, 2018), le prix a été fortement augmenté entraînant des manifestations avec des affrontements contre les gardiens de la Révolution, les puits illégaux ont été interdits, en vain.

Les sanctions américaines depuis 1979 ont obligé les gouvernements iraniens successifs (intégristes ou modérés) à privilégier la production industrielle et agricole afin d’échapper aux embargos et de pouvoir nourrir la population dans des conditions très dégradées. Le problème de la ressource en eau et des gaspillages n’a pas vraiment été traité par obligation de cultiver des plantes exigeantes en eau (riz par exemple) pour l’exportation.

L’effondrement des ressources, la diminution voire l’annulation des investissements et des prêts étrangers ou du FMI ont empêché tout investissement ou amélioration de tous les systèmes d’économie d’eau. L’État, sous sanctions, n’a plus aucun moyen financier pour remédier à quelque problème que ce soit (réseau, techniques agricoles et drainage, distribution de l’eau en milieu urbain) ; il ne peut solliciter l’étranger pour investir dans de nouvelles technologies. Les nouvelles importations, venant de Chine, sont plus chères et de moins bonne qualité. L’Iran, malgré les difficultés, doit importer partiellement ce qu’elle ne peut plus produire en agriculture sur son sol : riz, oléagineux, maïs, son et farines.

F- Conclusion.

Les effets des sanctions ont eu pour conséquences l’effondrement économique, social du pays, ce qui était l’objectif recherché par les États-Unis afin de provoquer des révoltes pour changer le régime et mettre en place des gouvernements favorables aux Américains et à leurs compagnies pétrolières et gazières tout en conservant une puissance dans le Moyen-Orient. Le but de ces guerres économiques par les sanctions est le démembrement de la nation iranienne. Les Iraniens ont développé leur défense de la nation et leur haine des Américains et des Israéliens qui assassinent sur place leurs dirigeants, ingénieurs etc et bombardent le pays sans raison ou déclaration de guerre selon la charte de l’ONU (bombardements gratuits de juin 2025 par l’aviation israélienne puis américaine au prétexte d’une guerre préventive). En même temps, leur hostilité à la façon de régler certains problèmes par le gouvernement s’est développée avec le sentiment de déclassement de l’Iran par rapport aux pays arabes voisins. En dehors d’une agression américaine, l’issue reste incertaine car le seul ‘sauveur’ mis en avant par les médias occidentaux reste le fils du Shah destitué en 1979 pour faillite économique et politique terroriste pro-américaine (avec la SAVAK, police politique du Shah) ; les oppositions sont hétérogènes : celles qui souffrent des sanctions et qui peuvent attribuer leur malheur au gouvernement islamiste qui réduit toute opposition légitime ou non, sont réelles et celles, qui rêvent d’un retour à l’ancien régime et qui sont financées par différents pays occidentaux via leurs services secrets (CIA, Mossad, MI6). Probablement, une grande partie de la population peut se resserrer autour du gouvernement.

En choisissant entre deux maux, le moindre et le moins inconnu.

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