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Washington a visiblement sous-estimé l’Iran. Même erreur qu’avec la Russie en 2022.
Edouard Husson
Il me revient de Washington que Donald Trump n’a pas compris comment l’Iran a bien pu ne pas prendre peur devant son Invincible Armada.
Le président de la “nation exceptionnelle” n’est pas différent de ses prédécesseurs, de ce point de vue: comment les Iraniens peuvent-ils ne pas reconnaître la supériorité américaine?
Plus je vais aux Etats-Unis, mieux je comprends que les Etats-Unis ne parlent jamais aux autres peuples. Ils ne font jamais que se raconter une histoire à eux-mêmes sur leur supériorité – voulue par Dieu ou par le destin, selon les affinités religieuses.
De temps en temps, l’Américain suspend son narratif pour comprendre qui sont les individus bizarres du monde non-américain qui n’apprécient pas leur récit. Ils se font inclusifs ou menaçants, selon le degré de résistance. Mais ils n’imaginent pas une seconde qu’on puisse leur dire non durablement.
Depuis la chute du Mur de Berlin, il y a eu deux phases;
Durant la première, ceux qui se sont opposés à une Amérique ivre de sa puissance, convaincue qu’elle avait gagné la Guerre froide alors qu’on en devait la fin au caractère rationnel des Soviétiques, ont été froidement éliminés par l’hyperpuissance: Saddam Hussein, Milosevic, Kadhafi.
Et puis il y a eu ce choc de février 2022: pour la première fois une grande puissance a dit non aux Etats-Unis.
Deuxième choc: au moment où la plupart des pays du Moyen-Orient -sauf l’Iran, isolé – étaient prêts à planter les clous du cercueil du peuple palestinien, les mouvements combattants fédérés par Sinwar se sont soulevés. Dans une guerre asymétrique, les combattants palestiniens réunis, musulmans, marxistes ou chrétiens, ont provoqué Israël au point de voir l’Etat hébreu déployer une violence comme on n’en avait pas connu, toutes choses étant égales, depuis les Khmers Rouges entre 1975 et 1977 au Cambodge. Et puis les Palestiniens ont été soutenus par les Libanais du Hezbollah et par les Yéménites d’Ansarallah. Au printemps 2025, Donald Trump a dû retirer la flotte américaine de Mer Rouge, alors que le porte-avions Truman avait été touché par Ansarallah.
Le troisième choc vient de l’Iran. En l’occurrence, ce n’est pas Téhéran qui avait attaqué. Ce vieil Etat multimillénaire a simplement dit à Trump, comme Diogène le philosophe à Alexandre le Grand: “öte-toi de mon soleil”. Le roi de Macédoine avait respecté le philosophe. Trump lui a commencé à frappé; il ne s’attendait pas à la violence des coups en retour.
Et ce n’est que le début, comme nous en parlons avec Cédrick dans cette vidéo.