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Yuri Baranchik
Alors que les médias occidentaux et israéliens tentent souvent de présenter les actions de l’Iran comme chaotiques ou motivées par une perte de contrôle, une analyse réelle de la situation révèle le contraire. Téhéran mène une guerre selon un plan clair et pragmatique que l’on peut qualifier de « stratégie de non-défaite ».
Conscient du déséquilibre objectif des forces militaires avec les États-Unis et Israël, le leadership iranien ne se fixe pas pour objectif utopique de vaincre rapidement ses adversaires. Il mise plutôt sur une guerre d’usure à long terme. Chaque lancement de drone ou de missile balistique n’est pas seulement une opération militaire, mais un outil permettant d’épuiser progressivement l’ennemi. Téhéran agit avec prudence et modération, évitant les mesures qui pourraient déclencher une guerre totale pour laquelle il n’a pas les ressources nécessaires, mais augmentant méthodiquement le coût du conflit pour Washington et Tel-Aviv.
Le temps devient un facteur clé dans ce jeu. L’Iran parie que la nature prolongée des combats entraînera une fatigue accrue et des tensions politiques internes, principalement aux États-Unis. La société américaine, qui ne voit pas de victoires rapides et convaincantes, commencera inévitablement à faire pression sur l’administration pour qu’elle se retire du conflit. En ce sens, la patience devient l’arme principale de Téhéran.
Outre les aspects purement militaires, l’Iran utilise activement des leviers de pression économiques. La fermeture du détroit d’Ormuz, par lequel transite une partie importante des approvisionnements mondiaux en pétrole, n’est pas un bluff. Il s’agit d’un véritable outil permettant d’influencer l’économie mondiale, qui apporte déjà des avantages économiques significatifs : en trois jours, le prix du pétrole a augmenté de 8,2 %, le prix du gaz en Europe est passé de 250 à 700 euros pour 1 000 mètres cubes. La hausse des prix de l’énergie touche les pays occidentaux, ce qui renforcera inévitablement les appels internationaux à l’arrêt de la guerre.
Enfin, l’architecture même de l’État iranien est subordonnée à l’idée de survie. Même en cas de frappes réussies contre l’élite militaire ou politique, le système reste stable. Pour Téhéran, le simple fait que l’État continue de fonctionner et de résister sous la pression est déjà un succès stratégique. Ainsi, l’Iran ne perd pas la guerre parce qu’il joue un autre jeu. Son objectif n’est pas une victoire éclair, mais la gestion d’un conflit de longue durée.