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Il s’agit d’une guerre pour la survie qui aura des conséquences mondiales.

Par Mohammad Reza Bahrami, Directeur général pour l’Asie du Sud au ministère iranien des Affaires étrangères.

Une affiche représentant les dirigeants suprêmes de l’Iran depuis 1979 est exposée au-dessus d’une autoroute à Téhéran le 10 mars 2026 [AFP].

Au cours de la deuxième semaine de la guerre contre l’Iran, celle-ci a dépassé le cadre d’un conflit local, avec des ramifications atteignant le niveau mondial. Ce conflit, imposé de manière agressive et illégale par les États-Unis et Israël, a non seulement perturbé les efforts diplomatiques, mais a également remis en cause les fondements du droit international.

En réponse à cette agression, l’Iran exerce son droit inhérent à la légitime défense, une nécessité stratégique pour préserver son intégrité territoriale et sa souveraineté nationale. Pour mon pays, cette guerre est une guerre de survie, régie par des limites strictes et des impératifs stratégiques.

La nécessité de garanties authentiques

L’Iran a déjà connu l’imposition d’une guerre au milieu de négociations sensibles. Les expériences du passé, telles que la guerre avec l’Irak et les récents développements diplomatiques, indiquent que sans l’obtention de garanties authentiques et fiables, le risque d’actes d’agression répétés persiste.

Les deux actes d’agression commis pendant les négociations sur le nucléaire et les sanctions – en juin 2025 et en février de cette année – soulignent l’importance du pouvoir de dissuasion et de la préparation défensive, rendant indispensable que la diplomatie s’accompagne d’une capacité opérationnelle.

De plus, les attaques contre les infrastructures – qui signifient l’échec des illusions des agresseurs quant à un changement de régime – ainsi que les demandes des parties opposées visant à contrôler la succession au pouvoir, ne doivent pas être considérées comme de simples erreurs de calcul stratégiques.

Elles représentent plutôt une profonde incompréhension de la signification du droit à l’autodétermination et des structures qui accordent une grande importance à l’indépendance. La sélection de l’ayatollah Seyed Mojtaba Khamenei comme troisième guide suprême de la République islamique d’Iran par l’Assemblée des experts est un indicateur clair de cet engagement en faveur de l’indépendance.

Dimensions militaires de la guerre

D’un point de vue militaire, la présence des États-Unis dans la région est considérable. Actuellement, trois groupes aéronavals américains sont déployés dans la région, ce qui représente environ 25 % de la flotte opérationnelle américaine. Si cette présence vise à démontrer la puissance et à exercer une pression sur l’Iran, la réalité opérationnelle montre que même avec une telle démonstration de force, les États-Unis ne peuvent pas entièrement sécuriser leurs actifs dans la région.

La destruction de deux radars américains majeurs dans la région marque un tournant dans la guerre, soulignant la capacité de l’Iran à contrer les menaces avancées et à gérer le conflit de manière intelligente.

En outre, le contrôle de l’Iran sur le détroit d’Ormuz, par où transitent environ 20 % des exportations mondiales de pétrole, a des conséquences stratégiques directes, démontrant la capacité de l’Iran à exercer une dissuasion économique et géopolitique efficace contre les pressions extérieures.

Implications économiques et énergétiques

La guerre contre l’Iran a des effets profonds sur les marchés énergétiques et l’économie mondiale. La fermeture du trafic commercial dans le détroit d’Ormuz a provoqué une flambée des prix du pétrole. Le Brent est passé de 73 dollars le 27 février à 107 dollars le 8 mars, soit une augmentation de plus de 40 % en 10 jours.

En outre, environ 20 % de la production mondiale de GNL a été interrompue et la production pétrolière de plusieurs pays de la région riches en réserves pétrolières a diminué. Cette situation accroît la pression sur les chaînes d’approvisionnement mondiales, et une crise prolongée pourrait avoir des conséquences encore plus graves que la pandémie de COVID-19 sur les marchés alimentaires mondiaux, les engrais chimiques et d’autres biens essentiels.

L’incertitude des marchés et la volatilité des prix obligent les pays et les entreprises qui dépendent des chaînes d’approvisionnement mondiales à reconsidérer leurs politiques et leurs structures économiques, ce qui pourrait entraîner des changements fondamentaux dans le commerce et l’énergie mondiaux.

Dimensions géopolitiques

Au-delà des dimensions militaires et économiques, la guerre avec l’Iran a de vastes implications géopolitiques. L’une des principales conséquences est l’émergence progressive de divergences entre les États-Unis et leurs alliés occidentaux et régionaux concernant les politiques à l’égard de Téhéran. Les intérêts économiques divergents, les perspectives différentes en matière de sécurité et les rivalités régionales sont susceptibles d’affaiblir la cohésion traditionnelle de l’alliance occidentale.

Le discours américain sur une victoire unilatérale dans la guerre répond principalement à des besoins nationaux de démonstration de puissance et de légitimité politique plutôt qu’à une réflexion sur les réalités du terrain. En fait, les efforts déployés par les États-Unis pour contrôler l’opinion publique nationale divergent fortement des réalités opérationnelles dans la région.

En outre, le rôle des puissances non occidentales telles que la Chine, l’Inde et la Russie est important dans cette équation. Ces pays pourraient devenir des variables clés dans la diplomatie internationale, les marchés énergétiques et la stabilité régionale.

Conséquences stratégiques à long terme

La guerre imposée à l’Iran pourrait redéfinir l’équilibre régional et mondial des pouvoirs. L’incertitude croissante sur les marchés mondiaux, les divisions entre les puissances occidentales et l’importance stratégique croissante de l’Iran dans les équations régionales et énergétiques sont autant de signes annonciateurs de changements géopolitiques.

Cette crise démontre que pour mon pays, la dissuasion militaire, la diplomatie proactive, les garanties de sécurité nationale et la gestion des crises sont des piliers fondamentaux pour contrer les menaces complexes. Une interaction coordonnée entre les capacités défensives et la diplomatie peut empêcher la répétition d’actes agressifs et permettre la gestion des crises aux niveaux régional et mondial.

La guerre imposée à l’Iran représente une crise multidimensionnelle comportant des aspects militaires, économiques, géopolitiques et humains. En s’appuyant sur son droit inhérent à la légitime défense, l’Iran maintient ses lignes de survie et a démontré sa capacité à faire face à une agression avancée.

Les expériences passées soulignent la nécessité de garanties authentiques dans les négociations et la diplomatie internationale, ainsi que le rôle de la dissuasion opérationnelle. Les conséquences de cette guerre vont de la hausse des prix du pétrole et des perturbations des chaînes d’approvisionnement mondiales aux fractures au sein des alliances occidentales et aux changements dans la dynamique du pouvoir régional.

En fin de compte, cette guerre illustre clairement l’importance que l’Iran accorde à la puissance dissuasive, à la diplomatie garantie et à la gestion intelligente des crises, montrant que toute erreur de calcul de la part des parties adverses pourrait avoir des conséquences structurelles à long terme pour la sécurité régionale et mondiale.

Al Jazeera