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Une fin des combats est-elle actuellement possible ?
Ashes of Pompeii

Des rumeurs persistent selon lesquelles l’administration Trump chercherait activement une issue au conflit croissant avec l’Iran. L’hypothèse qui prévaut dans certains cercles de la Maison Blanche est que Téhéran, ayant subi de graves dommages lors des récentes frappes militaires, accueillerait favorablement une cessation des hostilités. Ce calcul repose toutefois sur une interprétation erronée et dangereuse de la détermination de l’Iran, de ses griefs historiques et de ses impératifs stratégiques. Et si l’Iran disait non ?
Le premier obstacle, et le plus fondamental, est la confiance. L’Iran peut-il raisonnablement croire aux promesses de Donald Trump ? L’histoire suggère le contraire. Le retrait unilatéral du JCPOA en 2018, malgré le respect avéré des engagements iraniens, a créé un précédent de mauvaise foi. Mais la rupture de confiance va plus loin que les politiques passées. L’attaque surprise du 28 février n’était pas seulement une frappe militaire ; elle a été lancée alors que les pourparlers de paix étaient en cours. Frapper pendant les négociations est la violation la plus grave qui soit de la confiance diplomatique. Cela signifie que les paroles n’ont aucun sens et que la force est le seul langage reconnu par Washington. Pour les dirigeants iraniens toute assurance verbale donnée aujourd’hui a le poids d’un tweet de demain. La diplomatie nécessite une base de crédibilité ; cette base a été systématiquement démantelée.
Deuxièmement, la composition idéologique des gouvernements opposés crée un obstacle structurel au compromis. Le gouvernement israélien actuel est composé de sionistes extrémistes dont le programme rejette souvent la coexistence au profit d’exigences maximalistes en matière de territoire et de sécurité. Parallèlement, les sionistes chrétiens jouent un rôle important dans l’administration Trump, considérant le conflit au Moyen-Orient à travers un prisme théologique qui privilégie l’escalade plutôt que la diplomatie. Cet alignement rend le compromis avec l’Iran intrinsèquement plus difficile. Pour ces factions, la concession n’est pas une stratégie, c’est une hérésie. Quelles exigences l’Iran pourrait-il formuler pour contraindre de manière crédible l’action israélienne ? Des garanties de sécurité contraignantes de la part des États-Unis seraient nécessaires, mais la capacité de Washington à restreindre son allié en temps de crise est historiquement limitée. À l’inverse, toute exigence iranienne visant à imposer des restrictions vérifiables et à long terme aux opérations militaires israéliennes serait probablement considérée à Jérusalem comme une atteinte inacceptable à la souveraineté, ce qui constituerait en soi un casus belli potentiel.
Troisièmement, toute négociation sérieuse avec l’Iran exigerait inévitablement le retrait des bases militaires américaines du golfe Persique. Du point de vue de Téhéran, ces installations ne sont pas des avant-postes défensifs, mais des bases opérationnelles avancées destinées à exercer une coercition et à planifier un changement de régime. Leur présence constitue une menace existentielle. Pourtant, pour tout président américain, en particulier celui qui se présente comme un champion de la force, accepter de retirer les forces de Bahreïn, du Qatar ou du Koweït serait politiquement intenable. Au niveau national, cela serait considéré non pas comme de la diplomatie, mais comme une retraite. Trump, qui mesure le succès en termes visibles et déclaratifs, ne pourrait pas présenter comme une victoire un accord qui exige l’abandon d’actifs stratégiques.
Quatrièmement, l’Iran exigerait la levée immédiate et complète des sanctions. Le coût économique de la campagne de pression a été lourd, mais une capitulation sans allègement complet serait considérée comme une reddition. Cependant, une levée immédiate et totale des sanctions est hors de question pour l’administration. Cela compromettrait le levier central de la pression américaine et susciterait de vives critiques de la part des alliés et des opposants nationaux.
Et il ne vaut même pas la peine de discuter de la réaction aux demandes probables de réparations de l’Iran à l’Amérique ou à Israël.
Tous ces obstacles structurels reposent sur une réalité culturelle et émotionnelle profonde. L’Iran a brandi le drapeau rouge de la vengeance. Pour les chiites, il ne s’agit pas seulement d’une rhétorique politique, mais d’un impératif religieux ancré dans la tragédie de Karbala. Le martyre et la justice due aux martyrs ne peuvent être si facilement oubliés ou abandonnés pour des raisons de convenance politique. La rage en Iran suite à l’attaque du 28 février est énorme, aggravée par la perfidie d’avoir été frappé pendant les négociations. Un retour au statu quo ante n’est pas possible. Les dirigeants qui acceptent de telles conditions risquent d’être considérés comme faibles, ou pire, comme complices de la trahison des fidèles. Et n’oublions pas que c’est le fils du Guide suprême assassiné qui a été choisi comme nouveau chef spirituel de l’Iran. Ce choix peut être considéré comme une gifle pour Trump, qui exigeait d’avoir son mot à dire dans la sélection du nouveau dirigeant.
L’administration Trump semble fonctionner en partant du principe qu’elle contrôle totalement le processus d’escalade et de désescalade. Il s’agit là d’une erreur de calcul critique. L’Iran n’est pas un destinataire passif de la politique américaine, mais un acteur stratégique avec ses propres lignes rouges, ses impératifs nationale et ses alliances régionales. Téhéran a démontré à la fois sa capacité et sa volonté d’agir et de riposter si nécessaire. La diplomatie est un dialogue, pas un diktat.
La question centrale n’est donc pas de savoir si les États-Unis peuvent offrir une issue, mais si l’Iran peut l’accepter. Si la réponse est non – et les points ci-dessus suggèrent des raisons convaincantes pour lesquelles cela pourrait être le cas –, alors le conflit entre dans une phase plus dangereuse et plus longue. Les risques d’erreur d’appréciation augmentent. L’hypothèse selon laquelle la souffrance seule conduira à la conformité ignore le rôle de la fierté, de la souveraineté, de la foi et de la survie dans la prise de décision stratégique. Avant de se réjouir d’une sortie potentielle, les décideurs politiques doivent affronter une vérité dérangeante : l’Iran a son mot à dire. Et si Téhéran choisit de dire non, la voie à suivre devient plus sombre, plus longue et beaucoup moins certaine. À cela s’ajoute le caractère émotionnel, voire vindicatif selon certains, de Donald Trump, qui laisse penser qu’un refus iranien le conduirait à une nouvelle escalade.
Par conséquent, cette sortie potentielle existe peut-être sur la carte à Washington, mais à Téhéran, la route à suivre ne mène peut-être qu’à une tempête, voire à un véritable ouragan mondial.