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Arabie Saoudite, Donald Trump, guerre contre l'Iran, Le pétrole saoudien, mer Rouge, oléoduc est-ouest
Moon Of Alabama
L’Arabie saoudite tente d’éviter les dommages causés par la guerre contre l’Iran en détournant ses exportations de pétrole du golfe Persique vers la mer Rouge via son oléoduc est-ouest. Ce stratagème échouera toutefois tant qu’elle participera à cette guerre.
Dans les années 1980, les dirigeants saoudiens craignaient qu’une nouvelle guerre entre l’Iran et l’Irak ne ferme le détroit d’Ormuz. En temps normal, l’Arabie saoudite exportait entre 6 et 8 millions de barils de pétrole brut par jour via ses ports du golfe Persique. La fermeture du détroit aurait menacé l’ensemble des capacités d’exportation du pétrole brut saoudien.

Un réseau de pipelines a été construit pour permettre le transport du pétrole brut de la côte est saoudienne, dans le golfe Persique, vers sa côte ouest, au bord de la mer Rouge. Le réseau se composait de deux conduites : l’une pour le pétrole brut, l’autre pour les liquides de gaz naturel. La capacité du pipeline est d’environ 5 millions de barils par jour pour le pétrole brut, plus 2 millions de barils supplémentaires si le pipeline de gaz naturel est converti pour le pétrole brut et utilisé également.
L’oléoduc Est-Ouest, également connu sous le nom de Petroline, aboutit à la ville portuaire de Yanbu, sur la mer Rouge, où plusieurs raffineries transforment une partie du pétrole brut en produits destinés à la consommation locale. La capacité d’exportation de pétrole brut de Yanbu est estimée entre 3 et 5 millions de barils par jour.
En raison de la récente guerre américano-israélienne contre l’Iran, le détroit d’Ormuz a été fermé. L’Arabie saoudite a immédiatement réagi en détournant le pétrole brut de ses ports orientaux vers Yanbu via l’oléoduc Est-Ouest.
Selon Windward :
L’Arabie saoudite aurait réduit d’environ 2,0 à 2,5 millions de barils par jour sa production offshore, y compris celle des champs de Safaniya, Marjan, Zuluf et Abu Safa, ce qui représente environ 20 % de la production nationale.
L’Arabie saoudite a réorienté les volumes d’Arab Light provenant des champs onshore vers le pipeline Petroline d’une capacité de 7 millions de barils par jour, portant les exportations de Yanbu à environ 2,47 millions de barils par jour, soit une augmentation de 330 % par rapport aux niveaux d’avant la crise.
Ce changement se reflète désormais dans le comportement de la flotte. Vingt-sept superpétroliers (VLCC) font actuellement route vers Yanbu, contre 18 navires pour Djeddah et trois chacun pour Jizan, Duba et Rabigh. Cette concentration indique que Yanbu sert désormais de principal point de sortie pour le brut acheminé par Petroline et de nœud central du contournement des exportations saoudiennes via la mer Rouge.

Remarquez sur la carte les très grands pétroliers (VLCC, en bleu) en provenance d’Asie, qui traversent la mer d’Oman, longent le golfe d’Aden, passent par l’étroit détroit de Bab el-Mandeb et pénètrent dans la mer Rouge. Il s’agit d’une voie à sens unique, car les VLCC sont trop grands pour passer par le canal de Suez, situé dans le coin nord-ouest (en haut à gauche) de la carte. Ces navires devront revenir par la même route qui les mène à Yanbu.
Les dirigeants saoudiens ont bien tiré leur épingle du jeu en réacheminant le pétrole des installations d’exportation de l’est vers celles de l’ouest. Cette manœuvre aurait été payante si la fermeture du détroit d’Ormuz avait été provoquée par une guerre entre l’Iran et l’Irak.
Cette guerre a toutefois été lancée par les États-Unis et Israël et, en tant que vassal des États-Unis, l’Arabie saoudite y participe. Ses aéroports et son espace aérien sont utilisés pour ravitailler les avions américains qui bombardent l’Iran. Hier soir, cinq avions ravitailleurs de l’armée de l’air américaine ont été touchés et endommagés au sol à la base aérienne Prince Sultan en Arabie saoudite.
L’Iran dispose d’alliés qui l’ont aidé à étendre la guerre à la région. Les milices chiites en Irak ont attaqué des bases américaines locales. Le Hezbollah au Liban détourne les forces israéliennes en les entraînant dans un conflit local. Puis il y a Ansar Islam, alias les Houthis, au Yémen, qui se dit prêt à rejoindre bientôt la lutte aux côtés de l’Iran :
Mohammed al-Bukhaiti, haut responsable houthi, affirme que le groupe a décidé de se ranger militairement aux côtés de l’Iran et annoncera l’« heure zéro » (le début des opérations) au moment opportun.
Entre 2015 et 2022, les Saoudiens ont mené et perdu une guerre contre les Houthis du Yémen. Au cours de cette guerre, en mai 2019, l’oléoduc est-ouest saoudien a été touché :
Les Houthis, qui sont en guerre contre l’Arabie saoudite, ont déclaré mardi matin avoir lancé sept drones visant des installations saoudiennes vitales, sans donner plus de détails. Ils ont ensuite revendiqué l’attaque contre l’oléoduc dans des commentaires diffusés par le porte-parole militaire houthi, le général de brigade Yahya Sari.
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Les Saoudiens n’ont pas immédiatement attribué la responsabilité de ces attaques de drones, qui visaient deux stations de pompage de pétrole situées à l’ouest de la capitale et alimentant l’oléoduc qui relie l’est de l’Arabie saoudite au port de Yanbu, sur sa côte ouest.
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Saudi Aramco, la compagnie pétrolière contrôlée par le gouvernement, a déclaré qu’à titre de précaution, elle avait temporairement fermé l’oléoduc est-ouest et maîtrisé un incendie qui avait causé des dégâts mineurs à une station de pompage.
En octobre 2023, par solidarité avec la population de Gaza alors attaquée par Israël, les Houthis ont fermé le détroit de Bab el-Mandeb et la mer Rouge à tout trafic lié aux États-Unis et à Israël. La marine américaine a tenté pendant plusieurs mois de rouvrir la mer Rouge, mais sans succès. En octobre 2025, après un cessez-le-feu à Gaza, les Houthis ont levé leur blocus de la mer Rouge.
Aujourd’hui, le président américain Donald Trump rêve que des navires de guerre chinois l’aident à rouvrir le détroit d’Ormuz. Cela alors que l’Iran prévoit, avec l’aide des Houthis, de fermer également Bab el-Mandeb et de bloquer le trafic en mer Rouge :
Les décideurs iraniens indiquent que les Américains semblent ne pas comprendre que, pour l’Iran, il s’agit d’une guerre existentielle. Dans un tel contexte, rien n’est considéré comme trop précieux pour être sacrifié.
Avec l’accord du nouveau dirigeant, Sayyed Mojataba Khamenei, il a été convenu que si les États-Unis frappaient ou débarquaient sur des installations iraniennes, Téhéran serait prêt à une escalade spectaculaire.
Les réponses approuvées possibles comprennent :
1. La fermeture de Bab el-Mandeb et des attaques contre les ports de la mer Rouge exportant du pétrole, étendant ainsi la guerre à une voie maritime mondiale vitale.
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La décision saoudienne de détourner les exportations de pétrole brut du golfe Persique vers la mer Rouge via l’oléoduc Est-Ouest était judicieuse et opportune. Mais elle ne servira à rien tant que les Saoudiens feront partie du camp américano-israélien dans la guerre contre l’Iran.
Il a déjà été prouvé que l’oléoduc Est-Ouest est vulnérable aux attaques de drones lancées depuis l’Iran ou les zones du Yémen contrôlées par les Houthis. Le point d’exportation saoudien de Yanbu, sur la mer Rouge, sera coupé de la majeure partie du trafic mondial lorsque les Houthis décideront de fermer à nouveau la mer Rouge et d’interrompre le trafic via Bab el Mandeb.
Les exportations saoudiennes seront alors limitées aux pétroliers de la taille de ceux pouvant transiter par le canal de Suez pour rejoindre Yanbu sans passer par le Yémen. Tout superpétrolier (VLCC) se dirigeant actuellement vers la mer Rouge pour charger à Yanbu se retrouvera de fait piégé.