C’est un retour à la normale.
La réaction à la démission de Joe Kent, motivée par ses principes et son patriotisme, du Bureau du renseignement national — ainsi que les nombreuses nécrologies MAGA parues peu après — semblent partager l’idée que la décision de Donald Trump de partir en guerre au nom d’Israël est à la fois (a) surprenante et (b) susceptible de provoquer une fracture au sein du Parti républicain dont celui-ci pourrait ne pas se remettre.
Il y a peu de raisons de croire à l’une ou l’autre de ces affirmations : c’est ce qu’est le Parti républicain depuis la fin de la Guerre froide. Ce n’est pas le GOP de Nixon, de Kissinger, de Reagan, de Bush père, de Shultz, de Baker ou de Scowcroft. C’est le parti de Bibi et de Murdoch de bout en bout.
Comme je l’ai souligné il y a exactement trois ans, le 20 mars 2023, dans les pages de The Spectator, l’idée qu’une « guerre civile » se prépare au sein du Parti républicain au sujet de la politique étrangère serait agréable, si elle était réellement vraie. À l’époque comme aujourd’hui, des articles parus dans les grands journaux de Washington affirmaient que le Parti républicain était en guerre contre lui-même au sujet de la politique étrangère. Le Washington Post avait prédit « une “guerre civile” républicaine sur l’Ukraine » le 15 mars 2023. Pas plus tard qu’hier, le 19 mars 2026, POLITICO a publié un article avertissant que « le nombre de fractures au sein du mouvement MAGA augmente ». La veille, le 18 mars 2026, le journal britannique The Independent a publié un article intitulé « Un républicain de la Chambre met en garde contre une guerre civile au sein du mouvement MAGA si Trump se retire de l’OTAN ».
Ce qui se déroule actuellement n’est pas une guerre civile au sein du Parti républicain au sujet de l’Iran — il s’agit simplement d’une réaffirmation du contrôle par les personnes qui contrôlent réellement le Parti républicain. Il faut bien comprendre que ce groupe est distinct des électeurs républicains, qui ne contrôlent très certainement pas le président ni l’appareil du parti au Capitole.
Parmi les principaux donateurs du Parti républicain en 2024 figuraient certains des partisans les moins exigeants du régime d’extrême droite en Israël. La veuve du magnat des casinos de Las Vegas, Sheldon Adelson, Miriam O. Adelson, a fait un don de 148 294 900 dollars ; le gestionnaire de fonds spéculatifs Jeffrey Yass a donné 100 322 180 dollars ; un autre gestionnaire de fonds spéculatifs, Paul E. Singer, a versé 64 795 800 dollars. Et la liste s’allongeait encore.
Qu’en est-il du Congrès ? N’y a-t-il pas des dizaines de disciples de Rand Paul et Thomas Massie au Capitole, impatients de s’opposer à la collusion de Trump avec Netanyahou ? Pas vraiment. Le président de la commission des affaires étrangères de la Chambre des représentants est Brian Mast (R-FL), qui s’habille régulièrement d’un uniforme israélien qu’il a acquis alors qu’il servait comme volontaire civil au sein de l’armée israélienne. Le président de la commission des forces armées de la Chambre est un faucon de longue date nommé Mike Rogers (R-AL), qui est aussi servilement dévoué à Israël que Mast. Les présidents de la commission des forces armées du Sénat, Roger Wicker, et de la commission des relations étrangères du Sénat, Jim Risch, sont eux aussi des partisans de longue date de l’hégémonie israélienne au Moyen-Orient. On peut en dire autant du président de la Chambre Mike Johnson et du leader de la majorité au Sénat John Thune.
Et où sont les voix de la modération républicaine (ou, mot effrayant, de « l’isolation ») dans les médias nationaux ? Elles sont introuvables. Elles existent sur YouTube et Spotify sous la forme de Tucker Carlson, Joe Rogan et Megyn Kelly. Mais aussi louable que soit leur opposition à la guerre, il reste à voir quelle influence réelle ils ont sur Trump. Il semblerait qu’ils aient bien moins d’influence sur le président que Mark Levin, l’animateur troglodyte de Fox Weekend.
De plus, quiconque est surpris par l’apostasie de Trump sur l’Iran a dû oublier à quoi ressemblait son premier mandat. Celui-ci comprenait, entre autres délices : l’occupation illégale du nord-est de la Syrie ; le soutien à la guerre menée par l’Arabie saoudite contre les civils yéménites et à leur affamement ; ainsi que l’armement de bataillons d’extrême droite en Ukraine. Pire encore, toutes les mesures sensées que Trump a tenté de prendre, telles que le retrait des troupes d’Afghanistan et de Syrie, la nomination de Douglas Macgregor au poste d’ambassadeur en Allemagne, ou le fait de contraindre plusieurs États riches de l’OTAN à payer leur juste part pour leur propre défense, ont été sapées par la direction du Parti républicain au Congrès et/ou par les conseillers qu’il avait lui-même nommés. Un président qui a, à un moment ou à un autre, employé des personnages tels que John Bolton, Marco Rubio, Jared Kushner, Mike Pompeo, Mark Esper et Pete Hegseth, puis qui se couronne lui-même comme le seul et unique véritable leader de l’« America First », ne fait que vider ce terme de son sens.
Il ne s’agit pas d’une « guerre civile ». La guerre en Iran n’est qu’un retour à la normale, une réaffirmation du contrôle par ceux qui détiennent réellement le pouvoir au sein du Parti républicain.
James W. Carden est rédacteur en chef de TRR et auteur d’un ouvrage à paraître sur la politique étrangère du Parti démocrate de 1945 à 2025.