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Ibrahim Al-Amine

L’approche adoptée par l’État face à ce qui se passe sur le front libanais semble dépasser l’entendement. Certes, les présidents Joseph Aoun et Nawaf Salam – ainsi que leurs partisans – ne cessent de répéter que « ce n’est pas le Liban qui a décidé d’entrer en guerre contre Israël », mais d’un autre côté, ils affirment aux États-Unis et à Israël qu’ils sont prêts à agir pour mettre fin à la guerre en réprimant le Hezbollah.

Il s’agit là d’un scénario qui manque cruellement de logique et de raison. Comment une autorité qui, pendant quinze mois, n’a pas été capable de faire entendre sa voix face aux États-Unis et à l’Occident pour convaincre Israël de mettre fin à son agression, peut-elle supposer, avec les forces politiques à ses côtés, qu’elle est capable d’assumer une mission dont l’armée d’occupation, avec toute la puissance dont elle dispose, est incapable… À moins que les deux présidents ne croient réellement que le peuple libanais descendra dans la rue pour manifester et réclamer le renversement du Hezbollah, et que des dizaines de milliers de jeunes attendent le signal pour prendre les armes contre lui si nécessaire.

L’idée ici ne concerne pas qui en a la capacité et qui en est dépourvu, mais la nature même du discours. Ce qu’a déclaré Nawaf Salam lors de son interview avec CNN n’est rien d’autre qu’une sorte de délire politique. L’homme implore le moindre signe américain ou israélien indiquant une volonté de s’asseoir à la table des négociations avec lui, il est prêt à renoncer d’avance à toutes les conditions de souveraineté pour satisfaire ceux qui l’ont porté à son poste, et il se comporte comme s’il détenait les clés de la solution dans le pays, sans se donner la peine de manifester le moindre semblant de compassion envers les familles de plus d’un millier de martyrs tombés au combat jusqu’à présent, alors qu’il prétend s’occuper de l’acheminement de l’aide humanitaire aux déplacés.

Souvent, les événements majeurs révèlent non seulement la nature des hommes d’État, mais aussi le sens même de l’existence de l’État. C’est exactement ce qui se passe au Liban aujourd’hui. Aoun et Salam se moquent bien du fait que plus de 500 citoyens libanais aient été tués en 15 mois, que le double de ce nombre ait été blessé, que des milliers de logements aient été détruits, que l’occupation des terres se poursuive et que des prisonniers soient détenus sans que la Croix-Rouge internationale ne soit autorisée à leur rendre visite. Et chaque fois qu’on leur pose une question sur la manière de faire face à ces violations, leur réponse est : « Nous n’avons pas le pouvoir de contraindre Israël à faire le contraire, et les États-Unis ne sont pas avec nous » !

Si la franchise exige qu’ils reconnaissent leur incapacité à protéger le territoire, à préserver la population, à rétablir une souveraineté effective, et leur incapacité même à obtenir un contact téléphonique avec le ministre américain des Affaires étrangères, sans parler de son président, d’où leur vient l’audace de prétendre qu’ils sont capables de mener une guerre civile pour désarmer la résistance ? Veulent-ils se battre avec une armée épuisée qui ne sait pas comment payer les salaires des militaires, leurs frais médicaux et leur transport de l’extrême nord à l’extrême sud, ou bien disent-ils à l’Amérique, à Israël et à Ahmad al-Sharaa : « Venez et occupez-vous de la tâche ! »

La situation ne tolère plus aucune forme de complaisance ou de favoritisme. Quiconque observe comment les véritables habitants de cette terre se comportent face à la plus grande machine de destruction au monde ne peut rester silencieux face à cette folie et à cette honte au Liban. Il devient même sage d’élever la voix contre tout responsable qui ne voit les choses qu’à travers un regard extérieur, et plus précisément le regard américano-israélien (lire aussi : saoudien). Et parmi les piliers du pouvoir, on trouve une multitude de personnalités qui n’ont jamais bénéficié d’une véritable représentation populaire, et qui n’ont accédé à leurs postes que grâce à des calculs arabes et internationaux ou à des ordres émanant le plus souvent de l’extérieur. N’est-ce pas ce qu’a fait la Syrie pendant 15 ans, et voilà qu’aujourd’hui, l’Amérique et l’Arabie saoudite recommencent la même chose ?

Il est désormais de notre devoir de faire entendre notre voix haut et fort : À bas le gouvernement de la honte !

Al Akhbar