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Andrea Tenenti était jusqu’à récemment le porte-parole de la FINUL, la « Force intérimaire des Nations Unies au Liban ». Il sait qui n’a jamais respecté le cessez-le-feu… (Photo FINUL)

Par Andrea Tenenti

(Réd.) Andrea Tenenti, porte-parole de longue date de la FINUL, la « Force intérimaire des Nations unies au Liban », résume la situation en ces termes : « Les attaques israéliennes n’ont jamais cessé, et le mécanisme censé sanctionner les violations n’était pas en mesure de faire respecter les règles. » Mais pourquoi y a-t-il encore si peu de protestations internationales contre le génocide perpétré par les Israéliens ?

La reprise des hostilités entre Israël et le Hezbollah n’a guère surpris ceux qui suivaient attentivement la situation. La question n’a jamais été de savoir si un conflit éclaterait à nouveau, mais seulement quand. Les accords qui ont suivi le cessez-le-feu du 27 novembre 2024 entre le Liban et Israël ont été généralement considérés comme temporaires et structurellement faibles, car ils ne touchaient pratiquement pas aux dynamiques sous-jacentes du conflit.

L’accord de cessez-le-feu négocié par les États-Unis et la France visait officiellement à mettre fin aux hostilités actives entre le Hezbollah et Israël. Dans la pratique, cependant, l’accord n’a jamais véritablement mis fin au conflit. Les forces armées israéliennes sont restées présentes sur le territoire libanais et les attaques militaires contre le Liban se sont poursuivies presque quotidiennement. L’accord lui-même comportait une ambiguïté majeure : il accordait à l’armée israélienne la possibilité de mener des opérations dès lors qu’elle percevait une menace potentielle pour sa sécurité.

Cette clause a entraîné un déséquilibre fondamental. Le mécanisme de surveillance présidé par les États-Unis, dont faisait également partie la France et auquel participaient les Forces armées libanaises (FAL) l’armée israélienne et la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL), avait pour mission de veiller au respect de l’accord, mais n’avait pas le pouvoir de vérifier de manière indépendante si les menaces invoquées par Israël étaient réelles ou si les sites attaqués étaient effectivement des positions du Hezbollah. Plus grave encore, ce mécanisme ne prévoyait aucune procédure claire pour vérifier ou sanctionner les violations de l’accord. En conséquence, la question de la responsabilité est restée incertaine dès le départ.

Le seul acteur international à avoir systématiquement documenté les violations était la FINUL, conformément à la résolution 1701 du Conseil de sécurité des Nations unies. Selon les registres de la FINUL, plus de 10 000 violations de l’espace aérien libanais par Israël et 1 400 activités militaires sur le territoire libanais ont été enregistrées entre le 27 novembre 2024 et la fin février 2026. Ces incidents ont fait environ 400 morts et plus de 1 100 blessés au Liban.

Le mécanisme de surveillance lui-même s’est effondré avec la reprise des hostilités entre le Hezbollah et Israël après le début de la guerre américano-israélienne contre l’Iran. Lors de sa dernière réunion, probablement définitive, fin février, les représentants israéliens n’ont pas participé, marquant ainsi la fin du cadre destiné à surveiller les accords de cessez-le-feu.

Entre-temps, les forces armées israéliennes continuent d’occuper cinq positions sur le territoire libanais, près des villages de Labbouneh, Marwahin, Aitaroun, Hula et Sarada, et ont en outre établi deux zones tampons. Conformément aux dispositions de l’accord de cessez-le-feu de novembre 2024, les forces armées israéliennes devaient se retirer de ces zones afin de permettre le déploiement des Forces armées libanaises (FAL), mais cette transition n’a jamais eu lieu.

Pendant cette période, la FINUL a coopéré avec les FAL afin de faciliter le redéploiement de l’armée libanaise dans le sud du Liban, plusieurs positions ayant été replacées sous le contrôle de l’État libanais. Cependant, les attaques israéliennes persistantes et la présence militaire continue (des forces armées israéliennes, ndlr) ont empêché les FAL de rétablir pleinement leur autorité dans le sud et de rétablir les institutions étatiques légitimes dans toute la région.

Le conflit qui a repris le 2 mars 2026 semble encore plus asymétrique, imprévisible et violent que le précédent. L’une des principales raisons en est l’absence de toute médiation diplomatique active susceptible d’endiguer l’escalade. Contrairement aux phases précédentes du conflit, au cours desquelles la diplomatie internationale a tenté – bien que dans une mesure limitée – d’empêcher une guerre totale, ce nouveau cycle s’est développé dans un vide diplomatique relatif.

Depuis le début de cette confrontation à plus grande échelle en 2023, les dirigeants politiques et militaires israéliens ont réitéré à plusieurs reprises leur intention de créer, au nord de la Ligne bleue, des zones tampons de sécurité qui seraient largement exemptes de présence civile. Le schéma des attaques observé depuis fin 2024 suggère des efforts soutenus pour instaurer précisément une telle réalité sur le terrain. L’ampleur des destructions dans le sud du Liban corrobore cette interprétation, car de nombreux villages situés près de la Ligne bleue ont subi des dégâts considérables et plusieurs localités ont été presque entièrement détruites. Il est à noter qu’une grande partie de ces destructions a eu lieu après le cessez-le-feu du 27 novembre, à un moment où une grande partie de la population civile avait déjà été évacuée et où les attaques du Hezbollah contre Israël avaient cessé.

Les tentatives visant à rétablir l’administration locale et les services publics dans les villages touchés se sont heurtées à des revers immédiats. Chaque fois que les autorités locales ont tenté de rétablir une présence administrative à l’aide d’installations provisoires telles que des bâtiments préfabriqués ou des conteneurs, ces installations ont souvent été prises pour cible. Ces attaques ont empêché le retour à la vie civile et la reconstruction des institutions locales.

Selon des informations récentes, les forces armées israéliennes seraient présentes dans d’autres villages du sud du Liban, notamment à Ramyah, Yaroun, Hula, Kafr Kela, Khiam, Kfar Shouba, Aitaroun et Markaba. Si cela se confirmait, cela signifierait une nouvelle extension de la présence militaire israélienne sur le territoire libanais, sans qu’aucun calendrier de retrait ne soit en vue.

Ces développements mettent à rude épreuve le droit international, en particulier les principes de souveraineté (étatique, ndlr) et de protection de la population civile. La réaction de la communauté internationale s’est pourtant avérée remarquablement modérée. Les initiatives diplomatiques qui auraient pu contribuer à l’apaisement du conflit se sont jusqu’à présent faites attendre.

La situation s’est encore aggravée suite à une décision controversée du Conseil de sécurité de l’ONU du 31 août 2025, largement impulsée par le gouvernement américain lors du débat annuel sur la prolongation du mandat de la mission (FINUL, ndlr).

La nouvelle résolution a accordé à la force de maintien de la paix (FINUL, ndlr) sa dernière prolongation et a exigé la suspension des opérations d’ici fin 2026 ainsi que sa dissolution définitive d’ici 2027. Si cette décision devait rester en vigueur, le Sud-Liban pourrait bientôt se retrouver sans aucune présence internationale capable d’observer les événements, de soutenir la population civile et d’aider les Forces armées libanaises (FAL) dans leur redéploiement.

Les conséquences d’une telle absence sont graves, et le risque d’erreurs d’appréciation et d’une escalade incontrôlée augmenterait considérablement.

L’utilisation présumée de phosphore blanc le long de la Ligne bleue, associée à des pulvérisations répétées de pesticides chimiques qui, selon certaines informations, viseraient à empêcher les agriculteurs de replanter leurs champs, suggère un effort délibéré pour maintenir la zone dépourvue de population et d’infrastructures civiles.

Ces pratiques accentuent le dépeuplement de la zone frontalière tout en sapant l’économie agricole déjà gravement touchée du Sud-Liban, ce qui pourrait avoir des conséquences socio-économiques à long terme.

Par rapport au conflit de 2023-2024, les hostilités actuelles se sont également étendues sur le plan géographique. Les frappes aériennes et les attaques ont désormais lieu dans de nombreux autres endroits au Liban, y compris dans des zones auparavant considérées comme relativement sûres. Cette extension a renforcé la peur au sein de la population et pourrait déstabiliser l’équilibre politique déjà fragile au Liban.

La situation politique intérieure au Liban reste extrêmement délicate. Une pression militaire persistante risque d’entraîner un glissement des alliances politiques, d’affaiblir les institutions étatiques et de saper davantage les forces de sécurité libanaises. Pour de nombreux citoyens libanais, la recrudescence des attaques ravive le souvenir de périodes passées de troubles et d’instabilité internes. Une telle dynamique pourrait servir les intérêts stratégiques d’Israël en affaiblissant davantage le Liban sur le plan interne.

La reprise des attaques du Hezbollah contre Israël, qui serait, selon certaines informations, liée à l’assassinat du Guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, pourrait également refléter la dynamique de ce que le groupe perçoit comme une confrontation existentielle, en partie dictée par des impératifs idéologiques. , le Hezbollah se présente depuis longtemps comme un pilier de « l’axe de la résistance », et son engagement continu contre Israël renforce cette identité.

Dans le même temps, le Hezbollah est confronté à un défi de politique intérieure. Face à l’évolution du paysage politique au Liban, l’organisation s’efforce de réaffirmer son importance. Dans ce contexte, la reprise des activités militaires peut servir à démontrer que la résistance armée reste nécessaire.

Ces derniers mois, les Forces armées libanaises (FAL) ont tenté de reprendre des zones dans le sud du Liban, et ce avec une détermination considérable malgré des ressources limitées. Mais ces efforts n’ont jamais bénéficié du soutien international qui leur avait été promis. Une communauté internationale affaiblie et fragmentée, souvent limitée par des alliances géopolitiques et la prédominance des priorités stratégiques des États-Unis et d’Israël, s’est révélée incapable d’apporter un soutien durable.

Les développements récents ont désormais conduit Israël à se préparer à la possibilité d’une invasion terrestre au Liban. Une telle opération s’inscrirait dans une longue tradition d’interventions militaires israéliennes dans le pays, notamment celles de 1978, 1982, 2006 et, plus récemment, 2024.

Si une offensive terrestre venait à avoir lieu, les conséquences pour le Liban et la stabilité régionale pourraient être graves. L’évolution actuelle laisse présager une constellation dangereuse mêlant escalade militaire, instabilité institutionnelle et paralysie diplomatique. Sans un engagement international renouvelé et une médiation crédible, la frontière israélo-libanaise risque de sombrer dans une nouvelle phase de conflit longue et dévastatrice.

Andrea Tenenti est expert en communication stratégique et dispose de plus de trois décennies d’expérience au sein des Nations unies. Jusqu’en septembre 2025, il a occupé les fonctions de porte-parole et de chef du département de la communication stratégique et des relations publiques de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL), où il a informé les médias internationaux et conseillé la direction de la mission en période de tensions accrues entre Israël et le Hezbollah. Ses domaines de spécialité sont les questions politiques et de sécurité au Moyen-Orient, la communication stratégique et les opérations de maintien de la paix.

Ce commentaire a été publié le 11 mars 2026 sur Al Jazeera English.

Voir à ce sujet le rapport de Faris Giacaman sur la politique absolument inhumaine et l’attitude extrêmement brutale d’Israël envers les habitants non juifs et les peuples voisins non juifs.

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