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illusion de l'isolement, Israël, la résistance libanaise, Le piège de l'usure, Liban, sud liban
Une analyse approfondie, tant sur le terrain que sur le plan militaire, des axes d’incursion israéliens dans le Sud-Liban.
Talal Nahle

Au milieu d’une campagne médiatique hostile visant à présenter de « faux succès sur le terrain », la réalité sur le terrain, le long du front du Sud-Liban, révèle une situation tout à fait différente. D’après une évaluation militaire précise des voies d’avance de l’ennemi, il est évident que l’armée d’occupation est passée d’un concept de contrôle direct à une tactique d’« isolement et de coupure des lignes de ravitaillement », pour finalement tomber dans le piège d’une stratégie de « guerre d’usure », menée par la Résistance avec une grande brillante tactique.
Vous trouverez ci-dessous une analyse détaillée sur le terrain de la carte des opérations militaires dans les trois secteurs, suivie d’une présentation de la stratégie actuelle de la Résistance.
Premièrement : Carte des axes et des tactiques de terrain de l’ennemi
L’objectif central de l’ennemi à ce stade va au-delà de la propagande ; il s’efforce d’isoler les villages avancés de leurs lignes de ravitaillement arrière et de s’emparer de points d’observation stratégiques.
1. Le secteur ouest : établir le contrôle des tirs
* Mouvements de l’ennemi : l’ennemi se concentre sur des manœuvres de contournement et sur la consolidation de ses positions sur les hauteurs d’Al-Bayyadah, en contournant la région de Naqoura où il a achevé son incursion.
* Objectif militaire : Établir un contrôle stratégique et de tir depuis les hauteurs d’Al-Bayyadah sur la ville de Tyr (Sour) et les plaines environnantes, en isolant tous les villages situés derrière cette élévation et en coupant leurs lignes de ravitaillement.
2. Le secteur central : manœuvres de contournement et échec de la pénétration directe
Ce secteur est le théâtre de tentatives d’isolement complexes, où l’ennemi évite de s’engager dans des affrontements directs à l’intérieur des villages :
* L’axe Qouzah – Wadi Al-Ouyoun : L’ennemi a avancé depuis Qouzah vers « Beit Lif » mais a évité d’y pénétrer, contournant plutôt la ville pour se diriger vers « Wadi Al-Ouyoun » (la vallée séparant Beit Lif et Seribne). Il a également évité d’avancer jusqu’à Seribne et s’est dirigé vers « Rachaf ».
* Repousser l’attaque : En atteignant la périphérie de Rachaf, l’ennemi s’est heurté à une force défensive qui l’a contraint à battre en retraite vers Wadi Al-Ouyoun, où il se positionne actuellement, sans avoir réussi à pénétrer dans Beit Lif, Seribne ou Rachaf.
* Objectif de cet axe : Atteindre la ville de « Haddatha » afin de couper la ligne d’approvisionnement ouest vers la ville de Bint Jbeil et ses villages adjacents (étant donné que le front d’Aita est pratiquement terminé).
* L’axe Aitaroun – Wadi Al-Skaikiyah : De l’autre côté, l’ennemi a évité une avancée directe vers Aitaroun, le contournant pour atteindre « Wadi Al-Skaikiyah », qui relie Aitaroun à « Wadi Al-Slouqi ».
* Objectif de cet axe : isoler le « Carré de la Résistance » (Bint Jbeil, Ainata, Aitaroun, Maroun al-Ras, Yaroun…) en coupant leur voie d’approvisionnement venant de Shaqra et de la ligne de Wadi al-Hujeir.
3. Le secteur oriental : la résistance de Khiam et les pertes de Taibe
* L’axe de Khiam : malgré le contrôle de l’ennemi sur la partie sud de Khiam depuis les flancs est et ouest, et sa tentative d’ouvrir un corridor vers le centre, il a totalement échoué à consolider son emprise. Le nord de Khiam reste pleinement résistant, et les artères de soutien et d’approvisionnement restent connectées et intactes.
* L’axe de Taibe (le champ de la mort) : après avoir échoué à pénétrer directement et à s’emparer de la ville, l’ennemi a recouru à deux voies de contournement :
* Quartier de Baydar Al-Faqani : il a tenté de se frayer un chemin et de descendre vers la vallée en déployant une concentration irrationnelle d’infanterie et de véhicules blindés. Il s’est ainsi retrouvé littéralement dans une zone de tir, subissant de lourdes pertes qui l’ont contraint à battre en retraite.
* La voie de contournement plus large : il a contourné Taibe via (Adchit Al-Qusayr, Deir Siriane, Qantara) et est descendu en contrebas de Qantara vers « Al-Mhaisbat ». Là, ses véhicules ont été signalés comme détruits dans les communiqués de la Résistance. Il est actuellement incapable d’achever la descente depuis Al-Mhaisbat vers Wadi Al-Hujeir.
Deuxièmement : le contexte stratégique général (le plan de tenaille du Litani)
Si l’on considère la situation dans son ensemble, l’armée d’occupation tente de mener une opération massive de « séparation des lignes » sur toute la largeur de la zone située au sud du fleuve Litani :
* Premier volet : tentative de descente depuis Al-Mhaisbat vers Wadi Al-Hujeir.
* Deuxième volet : tentative de poussée depuis Wadi Al-Skaikiyah vers Wadi Al-Slouqi.
* Le danger en cas de succès : Séparer complètement le premier niveau défensif du second ; ce qui signifie isoler (Houla, Meiss, Aitaroun, Bint Jbeil) des lignes de ravitaillement situées à (Shaqra, Baraachit, Majdel Selm), et séparer (Taibe et Qantara) de (Ghandouriyeh, Froun, Qaaqaiyat al-Jisr), étouffant ainsi les poches de résistance à l’intérieur.
* Un paradoxe tactique frappant : Il reste militairement incompréhensible que l’ennemi n’ait pas encore avancé depuis l’axe (Metula – Kfar Kila – Deir Mimas – Khardali), malgré son contrôle effectif sur le sud de Khiam, Al-Hamames et Kfar Kila.
Troisièmement : La doctrine de la Résistance et la réalité sur le terrain (Pourquoi l’ambiance est-elle si positive ?)
L’atmosphère générale au sein de la Résistance et de sa base de soutien est « très positive », non pas comme une propagande psychologique, mais sur la base de réalités opérationnelles strictes :
* Gestion des ressources humaines et prévention de l’ancrage létal : la Résistance ne tient plus ses positions de manière futile, ce qui entraînerait des pertes. Les concentrations irrationnelles de troupes, qui servaient auparavant de cibles faciles pour les frappes aériennes, ont été interdites. De ce fait, le taux de pertes après un mois de combats est à peine de 10 % par rapport à la bataille « Oli Al-Baas » (Ceux de la Grande Puissance).
* Attirer l’ennemi dans la zone de tir : La Résistance laisse l’ennemi avancer dans des zones spécifiques pour l’attirer dans des « zones de tir » garanties (comme cela s’est produit dans le quartier de Baydar Al-Faqani et à Al-Mhaisbat).
* La philosophie d’une guerre d’usure : nous ne menons pas une bataille pour une victoire décisive instantanée, mais plutôt une guerre d’usure prolongée. L’objectif est d’infliger des souffrances et de causer des dommages réels aux forces ennemies, indépendamment du volume et de l’intensité des tirs. Un seul missile précis par jour peut permettre d’atteindre l’objectif souhaité ; par conséquent, le décompte quotidien des tirs et des portées ne doit pas être considéré comme le seul indicateur de capacité.
* Aveugler l’aviation ennemie et briser la suprématie aérienne : L’ennemi souffre d’une grave « cécité ». Les drones ne possèdent plus une domination absolue sur les mouvements des combattants de la Résistance, comme en témoignent les tirs de roquettes réguliers et continus provenant du sud du fleuve (même depuis des plates-formes que l’ennemi prétendait avoir détruites et dont il avait publié des vidéos).
Quatrièmement : La dimension démographique et géographique (Un message à l’environnement favorable)
Il est crucial que la base de soutien de la Résistance comprenne les réalités géographiques qui ont permis de percer le Sud, afin d’évaluer les « points faibles » par opposition aux « bastions de la résistance ». L’ennemi est délibérément entré par des portes démographiques spécifiques pour faciliter son incursion :
* Il est entré à Naqoura depuis la direction d’Alma Al-Chaab (majorité chrétienne).
* Il est entré à Wadi Al-Ouyoun depuis la direction de Qouzah (majorité chrétienne).
* Il est entré à Khiam depuis Al-Mari (majorité druze) et Wazzani (majorité sunnite).
Ces faits ne sont pas présentés pour inciter à la division, mais pour renforcer la prise de conscience de l’environnement favorable, pour identifier les véritables bastions de la résistance qui continuent de verser leur sang et de faire obstacle à la machine de guerre israélienne, et pour comprendre l’ampleur du ciblage géographique complexe auquel la Résistance est confrontée.