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Nasser Qandil
Il n’était pas un secret, dès le départ de la décision de faire la guerre à l’Iran, que Washington et Tel-Aviv s’étaient mis d’accord sur le fait que les guerres inachevées sur les fronts de Gaza, du Liban, du Yémen et de l’Irak, malgré les avancées réalisées, rendaient impossible la redéfinition d’un nouveau Moyen-Orient permettant à Washington de retrouver sa position internationale et à « Israël » d’imposer sa domination sur la région. Une guerre décisive contre l’Iran est donc une nécessité incontournable pour mener à bien cette mission, puis revenir mettre fin aux guerres inachevées selon la théorie des dominos. La guerre contre l’Iran s’est vu assigner un objectif direct : renverser le régime. À cette fin, son mécanisme central a été défini : l’assassinat du Guide de la République et du plus grand nombre possible de dirigeants, en vue de permettre à l’opposition armée de prendre le contrôle des centres gouvernementaux, protégés par des foules populaires se soulevant contre un régime désorienté, paniqué, désorganisé et incapable d’agir en l’absence d’un centre régulateur de ses composantes et de ses centres d’influence, ce qui éviterait à Washington et à Tel-Aviv une guerre d’usure menaçant d’affecter le marché de l’énergie, tout en écartant la possibilité que l’Iran ferme le détroit d’Ormuz et sa capacité à le faire, et menaçant également d’épuiser les armes de précision offensives et défensives, en particulier les missiles de défense aérienne, comme cela s’est produit lors des cycles de guerre précédents.
– Le plan a échoué et la guerre s’est transformée en une guerre d’usure dans laquelle les États-Unis et « Israël » disposent d’une capacité de destruction supérieure, mais l’Iran a rapidement relevé le défi et démontré sa capacité à la transformer en une guerre d’usure complexe, avec notamment la capacité de lancer des missiles, dont le plus important est le missile à fragmentation qui ne peut être évité par les défenses aériennes, Elle a prouvé sa détermination et sa capacité à jouer rapidement et avec force la carte du détroit d’Ormuz, sans se soucier du chantage médiatique préventif visant à dissuader les pays du Golfe de se faire prendre pour cible sous prétexte de leur neutralité dans la guerre, Elle a ainsi compris la signification de la non-suspension des accords de coopération défensive en vertu desquels les bases américaines ont été établies dans le Golfe, ainsi que la portée de la non-fermeture de l’espace aérien et des eaux territoriales du Golfe aux avions et navires américains. Elle a ainsi fait du secteur énergétique du Golfe et des points de concentration américains, qui abritent des avions, des soldats, des radars, des centres d’écoute et des services de renseignement, jusqu’aux infrastructures technologiques des grandes entreprises américaines liées à l’exécution de contrats au profit des services de renseignement américains et du ministère américain de la Défense, et avec le temps, le détroit d’Ormuz et les ressources énergétiques du Golfe sont devenus des atouts entre les mains de l’Iran pour exercer une pression sur les marchés mondiaux.
– La menace de détruire l’Iran s’est opposée à celle d’un effondrement du système économique mondial, et l’arme nucléaire n’était plus en mesure de changer la donne. et malgré son obstination et son déni, Washington a été contraint d’accepter la carte iranienne et ses dix points comme base de négociation, comme l’a écrit le président Donald Trump dans son tweet annonçant la conclusion d’un accord de cessez-le-feu avant de prendre conscience du scandale et que sa porte-parole ne vienne déclarer qu’il avait jeté la carte iranienne à la poubelle, Alors que le secteur énergétique en guerre est ce qui fait mal à Washington, l’emprise d’« Israël » sur le Moyen-Orient, de Gaza au Liban, est ce qui fait mal à l’Iran, C’est pourquoi l’Iran a formulé son équation en associant les forces de la résistance à la guerre, estimant que tout accord doit inclure les fronts de la résistance, tandis que Washington a cherché à neutraliser le front énergétique et à amener les fronts de la résistance et « Israël » à la table des négociations, comme en témoigne le jeu de mots américain sur la question de savoir si le Liban fait partie de l’accord ou non.
– La question est toujours celle du redécoupage du Moyen-Orient, et le conflit autour de ses axes n’est pas un détail mineur, mais bien le cœur du conflit qui se déroule actuellement et qui se déroulera à la table des négociations ; ce conflit pourrait conduire à l’effondrement de l’accord de cessez-le-feu. Le seuil critique auquel se trouve actuellement le conflit n’est pas seulement lié à des considérations de principe, humanitaires et morales, mais il est l’expression d’une lutte acharnée entre les volontés quant à la nature des nouvelles cartes du Moyen-Orient, entre une vision américaine implicite fondée sur un échange consistant à consacrer la position avancée de l’Iran dans la région du Golfe en échange d’une position avancée pour « Israël » au Proche-Orient, et l’insistance de l’Iran à lier la fin de la guerre à la fin des conflits non résolus sur les fronts de la résistance, conformément aux accords visant à préserver les équilibres dans ces zones, à un cessez-le-feu au Liban et de même à Gaza, ainsi qu’au maintien de la position des forces de résistance en Irak et au Yémen.
– En ce qui concerne le Liban et le crime commis hier de manière brutale par l’occupation, il doit être clair que c’est à l’autorité politique de décider si l’intérêt national prime sur les calculs politiques étroits ou si elle s’attache d’abord à affaiblir la résistance, même si cette position la place dans le même camp que l’occupation, et qu’elle se soucie de satisfaire Washington, même si sa position est exploitée pour justifier le retrait du Liban de l’accord, et qu’elle brandit le slogan de la souveraineté et que le gouvernement négocie seul pour faire du Liban la victime de la barbarie israélienne qui représente la première menace à la souveraineté, C’est au cours de ces heures que se décident les équations difficiles, et les autorités libanaises ont l’occasion de se placer dans la bonne direction des événements et à la bonne place dans l’histoire, aux côtés de leur peuple et de leur patrie, ou de n’être qu’un simple pion dans les calculs américains, alors que Washington utilise toutes ses cartes au profit d’« Israël » ?