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Juan Cole

Les négociations entre les États-Unis et l’Iran à Islamabad se sont achevées tôt dimanche sans qu’un accord global ait été conclu. Le vice-président J. D. Vance a imputé l’échec des négociations au refus de l’Iran de s’engager à ne jamais fabriquer de bombe nucléaire, ce qui, j’en suis convaincu, est un mensonge éhonté. Le gouvernement iranien a maintes fois nié toute militarisation de son programme d’enrichissement civil, et les agences de renseignement occidentales n’ont jamais estimé qu’il s’était lancé dans un programme d’armement. Ce point est l’un des plus mal compris dans les médias et les analyses politiques occidentaux, en grande partie à cause de la propagande israélienne (Israël possède bel et bien des centaines d’ogives nucléaires).

Ce que les Iraniens ont probablement refusé de céder, c’est le droit à l’enrichissement nucléaire. Le Traité de non-prolifération nucléaire, que l’Iran a signé mais pas Israël ni les États-Unis, confère le droit à l’enrichissement à des fins pacifiques, telles que l’approvisionnement en combustible des réacteurs nucléaires : « Aucune disposition du présent Traité ne doit être interprétée comme portant atteinte au droit inaliénable de toutes les Parties au Traité de développer la recherche, la production et l’utilisation de l’énergie nucléaire à des fins pacifiques, sans discrimination et conformément aux articles I et II du présent Traité. » La Russie, la Chine, le Brésil, la France, le Japon, les États-Unis, les Pays-Bas, le Royaume-Uni et l’Allemagne le font tous.

Le politologue Mohamad Hasan Sweidan affirme que ses contacts lui ont assuré qu’un des principaux points d’achoppement était l’insistance de l’Iran pour que le cessez-le-feu inclue le Liban, une position rejetée par le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu qui, selon Sweidan, souhaite mettre en place un cessez-le-feu dans ce pays seulement de manière progressive. L’analyste du Quincy Institute, Trita Parsi, a suggéré que Vance cherchait à détourner l’attention en évoquant la question nucléaire plutôt que le Liban.

Mais nous savons que d’autres questions en suspens concernaient l’ouverture du détroit d’Ormuz sans que l’Iran n’impose de droits de passage aux navires, ainsi que les stocks et la fabrication de missiles balistiques et de drones à longue portée par l’Iran.

Ces négociations n’avaient guère de chances d’aboutir à des avancées majeures. Il s’agit toutefois des pourparlers les plus importants entre les États-Unis et l’Iran depuis la négociation de l’accord nucléaire de 2015, le Plan d’action global conjoint (JCPOA), dans lequel l’Iran s’était engagé à ne pas enrichir son uranium au-delà de 3,5 % et avait renoncé à son stock d’uranium enrichi à 19 % destiné à son réacteur médical. Trump a déchiré ce traité en 2018, alors même que l’Iran avait été certifié comme le respectant.

D’une certaine manière, en autorisant ces pourparlers, Trump revient sur sa position absolutiste de 2018.

Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Ismail Baqai, a insisté sur le fait que les pourparlers se poursuivraient et que ce cycle ne marquait pas la fin du processus. La presse iranienne a imputé l’échec des négociations aux exigences irréalistes des États-Unis.

Si les Iraniens ont des raisons de vouloir un accord, compte tenu de la capacité avérée des États-Unis et d’Israël à infliger des dommages considérables à leur économie et à leurs infrastructures, ils disposent également d’atouts qui les dissuadent d’accéder aux exigences maximalistes américaines.

Ils ont toujours la capacité de saboter les pétroliers et les méthaniers qui tentent de traverser le détroit d’Ormuz. Trump a fait grand cas du passage de navires de guerre américains dans le détroit samedi, mais même si c’est vrai, cela n’a aucune importance. Ce sont les pétroliers hautement inflammables qui ont besoin d’être assurés que l’Iran n’enverra pas de drones les attaquer. Ce sont des bombes flottantes, contrairement aux destroyers, et ils ont un caractère commercial. Les coûts d’assurance et les pertes énormes qu’entraînerait une attaque de drone constituent de véritables facteurs dissuasifs. Dans l’état actuel des choses, ils doivent conclure un accord avec l’Iran.

De plus, l’économie mondiale risque d’être mise à mal par le goulot d’étranglement dans l’approvisionnement en pétrole et en gaz. La croissance économique américaine pour cette année a déjà été révisée à la baisse à 0,5 % car les coûts élevés du carburant vont la ralentir. Plus le détroit restera fermé longtemps, plus l’économie mondiale en souffrira. Si les États-Unis disposent d’une marge de manœuvre grâce à leurs propres réserves de pétrole et de gaz — ce qui n’est pas le cas de pays comme la France, l’Allemagne, la Turquie, les Philippines, le Japon et la Corée du Sud —, même les prix américains vont flamber, car les marchés de l’énergie sont mondiaux et les pénuries affectent les prix partout.

La Corée du Sud reproche déjà à Israël de mener une guerre imprudente qui met à mal l’économie sud-coréenne, ce qui a donné lieu à une grave dispute diplomatique. Le président sud-coréen a rappelé au gouvernement israélien qu’avoir été victime d’injustices par le passé ne donne pas le droit de nuire à des innocents aujourd’hui. La Corée du Sud a souffert sous l’occupation japonaise puis pendant la guerre de Corée, son peuple sait donc ce qu’est la souffrance. Et en ce moment, cela ressemble à la difficulté d’essayer d’acheter un gallon d’essence.

Le gouvernement américain dispose de bien moins de temps et de bien moins de pouvoir pour éviter une crise économique imminente que ne le pensent Vance et l’administration Trump. Le gouvernement iranien, en revanche, sait exactement ce qu’il fait.

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