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6 juin 1944, commémorations, général de Gaulle, La paix, Normandie, Royaume-Uni
Mesdames et Messieurs,
Le 6 juin 1944, tapie dans l’aube, une immense armada s’avance vers nos côtes et bientôt le destin de l’Histoire va se décider en Normandie.
Il y a 70 ans de cela, le camp de la liberté jetait toutes ses forces contre celui de la barbarie.
«This time the challenge is not to fight to survive, but to fight to win the final victory for the good cause ». C’est par ces mots que le roi George VI annonça à son peuple la nouvelle du débarquement.
«La bataille suprême est engagée», c’est par ceux-là que le Général de Gaulle en informa les Français.
A cet instant même, le jour le plus long commence.
Et il commence notamment ici, dans la nuit du 5 juin, avec l’assaut du 9ème bataillon des parachutistes britanniques.
Leur mission est décisive.
Il s’agit de neutraliser les batteries de Merville qui surplombent les plages du débarquement. Le récit de cet assaut, vous le connaissez tous, et nul ne peut se le remémorer sans frissonner.
L’attaque est assumée dans des conditions dramatiques : plusieurs planeurs s’abiment en mer, avec tout le matériel.
Le Lieutenant-Colonel Terence Otway ne dispose que de 150 parachutistes équipés seulement d’armes légères, au lieu de ses 750 hommes du 9ème Bataillon.
Malgré ce coup dur, le renoncement est interdit et l’échec est inconcevable sous peine de compromettre l’opération Overlord.
Pour la victoire et pour l’honneur du bataillon, les parachutistes se glissent dans l’obscurité, franchissent les barbelés, foncent à travers les mines, les grenades et les rafales ennemies.
C’est une charge héroïque. Le choc est terrible mais la batterie ennemie est prise.
Sur les plages d’Omaha Beach, de Gold Beach, de Juno Beach, de Sword Beach, les unités s’élancent alors sur la terre de France.
Parachutistes, fantassins, aviateurs, marins, tous sont à l’assaut.
En quelques heures, dans cet incroyable déchaînement de forces, des milliers de vies ont basculé.
Des jeunesses prometteuses se sont brisées sur les blockhaus.
Des héros se sont révélés.
Héros, ceux qui sautaient dans le ciel noir sous le feu des balles traçantes.
Héros, ceux qui chargeaient dans l’eau rouge sous le tir des mitrailleuses.
Aujourd’hui, les plages et les chemins de Normandie s’offrent paisiblement aux lumières du printemps… Mais nous n’oublions pas le fracas et le sang qui a coulé !
70 ans sont passés, mais notre dette à l’égard de ceux qui chassèrent la barbarie reste intacte.
Le temps n’altère pas le pacte sacré qui existe entre toutes les nations qui se sont battus pour la Liberté. Pour notre liberté !
Entre la France et le Royaume-Uni, il existe une amitié fraternelle, une amitié fondée sur l’admiration que nous ressentons devant le courage de nos alliés britanniques.
Cette affection que nous leur portons, elle est gravée à tout jamais sur ces lieux de combats qui sont désormais des lieux de mémoire.
Ensemble, nous connaissons le coût tragique de la guerre et le prix inestimable de la paix.
Sous la terre européenne reposent tous ceux qui furent emportés par les persécutions et les guerres qui déchirèrent notre continent.
Nous avons fait l’Europe de la paix.
Nous devons être les gardiens de ce trésor : la paix !
La paix qui est précieuse, la paix pourtant fragile, la paix qui est toujours la rançon du courage car le mal avance lorsque les hommes de bien n’ont plus le cran de se défendre.
N’oublions pas, n’oublions jamais tous ceux qui avaient 20 ans, 20 ans pour jouer sa vie, 20 ans pour l’exposer au feu des combats, 20 ans débarquant un matin en Normandie.
En quelques heures, ces «gosses» qui venaient de Bristol, d’Oklahoma City, de Melbourne, de Montréal et d’ailleurs, devinrent des hommes dont l’Histoire parle encore.
Aujourd’hui, à Merville, nous adressons au peuple britannique les remerciements éternels de la France.
Aux côtés des soldats de bien d’autres nations qui se battirent si vaillamment, nous disons : merci du fond du coeur.
Au 9ème bataillon, à ses morts, à ses braves, à ses vétérans et à leurs familles, le peuple français exprime sa reconnaisse infinie.
Vendredi 6 juin 2014