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A première vue, le report sine die de l’écotaxe pourrait être un non- événement budgétaire. Le dispositif suspendu, voté dans le collectif budgétaire de l’été, ne devait rapporter, au dernier pointage, que 450 millions d’euros. Surtout, l’exécutif a pris soin d’inscrire dans le budget 2015 une augmentation de la fiscalité sur le gazole destinée à financer les infrastructures, qui rapportera 800 millions l’an prochain, soit presque autant que le milliard de l’écotaxe initiale, une fois déduite la rémunération d’Ecomouv. Facialement, le trou n’est pas énorme, à 200 millions d’euros près.

En réalité, ce choix fait planer deux incertitudes fort malvenues dans le calendrier actuel. D’abord, celle des pénalités faramineuses que l’Etat pourrait devoir verser à la société Ecomouv en dédommagement de cette suspension. Elles sont évaluées entre 850 et 950 millions d’euros, une somme dont l’exécutif, qui cherche encore les économies qui lui permettront de boucler son budget 2015, ne dispose pas. Et la perspective, encore très hypothétique, d’un prélèvement sur les sociétés d’autoroute ne semble pas devoir voir le jour à court terme.

Un signal maladroit

Surtout, à quelques jours de la transmission à la Commission européenne de son projet de budget, l’exécutif envoie un signal maladroit, n’hésitant pas à se priver d’une recette au moment même où les déficits dérapent. Et ce, alors que l’Etat vient d’être condamné à rétrocéder près de 400 millions d’euros au groupe Vivendi pour un contentieux fiscal.

Pas sûr que cela facilite les négociations avec Bruxelles, où le projet de budget passe mal. Sans compter que, du côté des dépenses, Paris peine à détailler ses 21 milliards d’économies promises pour l’an prochain, Christian Eckert (Budget) et Marisol Touraine (Santé) n’ayant donné aucun élément nouveau à l’issue de leur audition par les députés, mercredi.

Le coup de grâce donné à l’écotaxe montre surtout le peu de résistance de l’exécutif face aux pressions corporatistes. Les transporteurs routiers n’auront même pas eu besoin de mettre leur menace de blocage à exécution pour obtenir satisfaction ! Après le recul du gouvernement face à la mobilisation des taxis, c’est sa capacité à mener à bien ses réformes qui pose question. A coup sûr, la journée d’hier aura été suivie de près par les professions réglementées (notaires, huissiers, pharmaciens…) qui sont déjà dans un rapport de force avec Emmanuel Macron, le ministre de l’Economie, dont la loi sur la croissance et le pouvoir d’achat est attendue pour la fin novembre. Or, faute de réduction du déficit, c’est sur la capacité à braver les obstacles pour passer ses réformes que l’exécutif est attendu au tournant par la Commission européenne.

Source://www.lesechos.fr