Étiquettes
A l’initiative de l’ancien Premier ministre François Fillon et de l’ancien conseiller spécial de Nicolas Sarkozy et député des Yvelines Henri Guaino, plus de cent quarante députés de l’opposition exigent du Président de l’Assemblée qu’il annule la sanction infligée à leur collègue Julien Aubert.
Monsieur le président de l’Assemblée nationale,
Le 6 octobre, lors des débats sur la loi de transition énergétique, madame Sandrine Mazetier, vice-président de l’Assemblée nationale, qui présidait la séance a infligé à notre collègue Julien Aubert, député du Vaucluse, une sanction le privant d’un quart de son indemnité parlementaire pour s’être adressé à elle en lui donnant le titre de «Madame le président» au lieu de «Madame la présidente». On pourrait juger cette affaire simplement risible, si elle n’avait pas couvert de ridicule cette institution essentielle qu’est la présidence de l’Assemblée et surtout s’il n’y avait eu cette sanction, jusqu’à présent réservée aux cas de troubles graves dans l’hémicycle. Sanction d’autant plus intolérable qu’elle punit l’usage correct de la langue française dont il n’est sans doute pas besoin de vous rappeler qu’elle est, selon la Constitution, «la langue de la République».
En effet, comme l’a fait remarquer le député Julien Aubert, en français «la présidente» désigne la femme du président. Faut-il ajouter que «le président», comme «le juge», «le préfet», «le professeur», «le commissaire», «le ministre», expriment en français non la masculinité de la fonction mais sa neutralité par rapport au genre.
La mise à l’amende d’un député pour s’être exprimé correctement en français dans l’enceinte de l’Assemblée nationale française signifierait-elle que l’Assemblée s’arroge désormais le droit de fixer les règles de la langue, ce qui nous amènerait aux portes du totalitarisme? Faudra-t-il dire aussi demain dans nos débats, sous peine de sanctions: «procureure», «rapporteure», «défenseure», «professeure»? L’effroyable sonorité de ces mots n’exprime-t-elle pas assez le martyre que fait subir aux Français l’idéologie de la féminisation à outrance des fonctions, si étrangère à l’une des plus belles langues du monde, forgée par mille ans de civilisation et de culture?
Sera-t-on un jour puni pour avoir utilisé dans nos débats l’expression «école maternelle» que madame Mazetier voulait faire interdire l’année dernière? Police de la langue ou police de la pensée? A vrai dire les deux. Madame Mazetier a utilisé les pouvoirs qui lui étaient conférés à d’autres fins pour imposer par la force de la sanction sa funeste idéologie jusque dans le langage. Détournement et abus de pouvoir sont les mots qui viennent spontanément à l’esprit. Y en-t-il d’autres pour qualifier cette attitude, sinon peut-être un vieux mot de l’ancien code pénal: le mot «forfaiture»?
En couvrant et en approuvant cette décision inique, vous avez, monsieur le président, pris le risque de détériorer profondément les relations entre les membres de notre Assemblée. Votre rôle n’est pas d’être au service d’une majorité mais d’être le président de tous et de faire en sorte que des élus ayant des convictions et des opinions différentes puissent travailler en bonne entente et que leur vie ensemble au sein de notre Assemblée soit possible dans le respect mutuel. Pour la première fois, depuis le début de votre présidence, vous avez gravement failli à ce devoir. Si la décision de sanctionner notre collègue n’est pas annulée, vous porterez la lourde responsabilité d’un climat d’affrontement et de tensions qui ne peut qu’affaiblir l’autorité du Parlement au milieu des épreuves et des difficultés que traverse notre pays. Nous vous demandons donc solennellement de revenir sur votre position et de désavouer cet intolérable abus de pouvoir, comme vous le commandent les devoirs de votre charge et comme l’exige la sérénité de nos débats.
Dans l’attente, recevez, monsieur le président de l’Assemblée nationale, l’assurance de notre haute considération.
Source: lefigaro.fr