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Par André Larané
Près d’un siècle après, la commémoration de l’Armistice demeure l’un des moments forts de la vie civique dans les grands pays européens, en France, en Belgique, au Royaume-Uni, mais aussi en Amérique du Nord, en Australie et en Nouvelle-Zélande…
L’Allemagne fait exception. Elle garde de novembre 1918 le souvenir d’une dramatique période assombrie par la famine, les troubles révolutionnaires, l’agitation politique et bien sûr le retour des soldats du front, humiliés mais « invaincus » du point de vue officiel. Aussi n’a-t-elle jamais fait le deuil de cette tragédie, laquelle est aujourd’hui occultée dans sa mémoire par celle du nazisme.
À chaque commune son lieu de mémoire
Parmi les grands pays, la France est celui qui a payé le tribut le plus élevé à la Grande Guerre (3,4 morts pour 100 habitants), d’où la profusion de monuments aux morts dans ce pays plus qu’en aucun autre…
Les premiers monuments aux morts sont antérieurs à la Grande Guerre elle-même et se rapportent à la guerre franco-prussienne de 1870-1871.
Ainsi la grande place Saint-Nicolas, à Bastia (Corse), se pare d’un magnifique monument destiné à l’origine à célébrer le sacrifice de ses enfants dans cette guerre. Mais il n’a été achevé et donc inauguré que dans les années 1920.
Il fait en définitive référence à la guerre de 1870-1871 et à celle de 1914-1918… mais aussi à la guerre d’indépendance de la Corse. Il montre une mère corse qui offre au général Paoli son troisième fils après avoir déjà perdu ses deux aînés à la guerre !!!
De 1920 à 1925, la France va se doter d’environ 30.000 monuments aux morts, chaque commune ayant à cœur d’honorer ses morts et disparus.
Ces ensembles statuaires de plus ou moins bon goût mais toujours émouvants avec leur liste de tués et de disparus deviennent un nouveau lieu d’expression de la vie civique.
La dimension exceptionnelle de la Grande Guerre n’échappant à personne, la France et les autres belligérants ont instauré par ailleurs de nouveaux rites pour en rappeler le souvenir.
À l’occasion du premier anniversaire de l’armistice de 1918, la France a ainsi inventé le cérémonial de la « minute de silence » en hommage aux victimes du conflit.
L’année suivante, le 11 novembre 1920, la IIIe République célèbre son cinquantenaire en transférant le coeur de Gambetta au Panthéon et, pour la première fois, rend hommage à un Soldat inconnu mort pendant la guerre, représentant anonyme de l’ensemble des « poilus » morts pour la France. D’autres pays comme la Belgique et le Royaume-Uni adoptent le même rituel.
Évoquée une première fois par François Simon, président du Souvenir français de Rennes, l’idée d’honorer un soldat tué au champ d’honneur et non identifié se dégage rapidement dans l’opinion française.
Dans un premier temps, la Chambre des Députés décide qu’il reposera au Panthéon. Mais une campagne de presse amène le 8 novembre 1920 le vote d’une loi prévoyant de rendre les honneurs du Panthéon aux restes du soldat inconnu puis de l’inhumer sous l’Arc de Triomphe de la place de l’Étoile. L’idée est de Charles Dumont.
Le ministre de la Guerre et des Pension, André Maginot, ancien sergent du 44ème RIT, blessé au combat, ordonne aussitôt aux neuf commandants de Région de faire exhumer « dans un point de chaque région pris au hasard et qui devra rester secret, le corps d’un soldat identifié comme Français, mais dont l’identité n’aura pu être établie ». Chaque corps est placé dans un cercueil de chêne et dirigé sur Verdun. Avant que La Marseillaise ne retentisse, il revient au soldat Auguste Thin de désigner à Verdun le Soldat inconnu (6e cercueil, 10 novembre 1920) en déposant sur son cercueil un bouquet d’oeillets rouges et blancs cueillis sur le champ de bataille de Verdun.
Conduit à la gare de Verdun sur un affût de canon, le cercueil du Soldat inconnu arrive le lendemain à la gare parisienne de Denfert-Rochereau pour une cérémonie au Panthéon puis est porté par six soldats dans une chapelle ardente au premier étage de l’Arc de Triomphe, avant d’être définitivement inhumé sous la voûte de l’Arc le 28 janvier 1921.

Un coquelicot pour se souvenir
Contre l’avis des autorités françaises, peu soucieuses de rajouter un jour chômé au calendrier, les anciens combattants obtiennent que le 11 novembre, anniversaire de la cessation des combats, devienne un jour férié et chômé. C’est chose faite à partir de 1922.
L’anniversaire de l’Armistice est devenu depuis lors l’une des fêtes civiques les plus marquantes en France, mais aussi en Belgique et au Canada. Il est également commémoré avec ferveur – mais non chômé – en Grande-Bretagne, ainsi qu’aux États-Unis sous le nom de Veterans Day.
Dans les pays anglo-saxons, les anciens combattants, les officiels et aussi les particuliers communient dans le souvenir des morts en portant un coquelicot de papier à la boutonnière. Cette fleur a une prédilection pour les sols fortement remués et, pour cette raison, s’épanouit dans les champs de bataille et les cimetières militaires. Cette particularité lui a valu d’être évoquée dans des poèmes à la mémoire des soldats défunts.
On dit que deux jours avant l’armistice du 11 novembre 1918, une Américaine eut l’idée d’arborer un coquelicot sur la poitrine. Son idée fut aussitôt reprise par ses concitoyens et, en 1921, le feld-maréchal Douglas Haig encouragea la vente de coquelicots en papier par la Légion britannique en vue d’amasser des fonds pour les anciens combattants pauvres et invalides (British Poppy Day Appeal).