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Sepp Blatter célèbre sa victoire juste après sa réélection. En utilisant et en maîtrisant le trafic d’influence, le Valaisan envoyait le message suivant aux fédérations: ce système fait partie de l’ habitude. (Reuters)Sepp Blatter célèbre sa victoire juste après sa réélection. En utilisant et en maîtrisant le trafic d’influence, le Valaisan envoyait le message suivant aux fédérations: ce système fait partie de l’ habitude. (Reuters)

Au fil des révélations, le voile se lève sur la philosophie et la culture entretenue par le président démissionnaire de la FIFA durant son règne

Sepp Blatter l’a répété à plusieurs reprises, depuis l’arrestation de hauts responsables de la Fédération internationale de football (FIFA) à Zurich: il ne peut pas contrôler les méfaits et gestes de tous les membres de son association à travers le monde.

L’argument se tient. Mais ce qui lui est reproché – pas encore par la justice, mais par la masse publique et médiatique – c’est d’avoir laissé faire. D’avoir fermé les yeux sur les versements systématiques de pots-de-vin aux responsables continentaux et autres présidents de fédérations nationales. «Les confédérations ne sont pas des filiales de la FIFA, l’a défendu mardi dans l’Obs l’ancien candidat à la présidence Jérôme Champagne. Elle édicte les règles du jeu, organise la Coupe du monde, mais n’a aucun moyen juridique de contrôler […] ces confédérations, des entités propres sans lien hiérarchique avec elle.»

Pas de lien hiérarchique, donc. Mais une philosophie commune. C’est en tout cas ce que les dernières révélations laissent apparaître. Les Irlandais veulent porter l’affaire de la main de Thierry Henry devant la justice? La FIFA leur verse 5 millions pour qu’ils se calment – l’argent a permis de construire un stade à Dublin. L’Afrique du Sud n’a pas reçu la Coupe du monde que Blatter lui avait promise en 2006? La FIFA se substitue à elle pour verser 10 millions destinés à s’assurer du soutien des votants panaméricains pour l’édition 2010.

Petits arrangements

Soyons précis: jusqu’à preuve du contraire, il n’est ici pas question de corruption au sens strict du terme. Au sujet du versement sud-africain aux Caraïbes, la FIFA maintient qu’il s’agissait d’argent destiné à soutenir la diaspora africaine dans la région et à y développer le football.

C’est justement sous l’intitulé «programmes de développement» qu’ont eu lieu ces petits arrangements entre amis (ou entre ennemis). Les fonds alloués dans le cadre de ces programmes sont «versés sur la base de factures, rappelle Vincent Chaudel, économiste du sport chez Kurt Salmon, cité par l’AFP. Si elles ont été gonflées et s’il y a eu des détournements au niveau local, cela ne se voit pas dans les comptes.»

«C’est tout à fait ça, nous confirme un ancien collaborateur de la FIFA. Comment voulez-vous que Blatter lutte vraiment contre la corruption qui s’était installée avant son arrivée? Avec de tels agissements, il n’encourageait personne à changer.» En utilisant et en maîtrisant ce système, Sepp Blatter envoyait le message suivant aux fédérations: le trafic d’influence fait partie de nos habitudes, même si des têtes ont changé. Et même si des comités d’audit et de surveillance ont été mis sur pied.

Mark Pieth, professeur bâlois spécialiste de la corruption, faisait le même type de constat dans nos colonnes en juin 2014, après deux ans passés à auditer la gouvernance de la FIFA de l’intérieur: «Trop de personnes y ont accumulé des dettes et des faveurs à recevoir. [La fédération] est dominée par des jeux de pouvoir.»

Il est aujourd’hui difficile de savoir si (ou quand) Sepp Blatter sera rattrapé par la justice. Mais au vu des faits qui ont été mis en lumière depuis dix jours, une certitude: le démissionnaire est coupable d’avoir entretenu cette culture du patronage, au cours de ses dix-sept années de règne.

Ce vendredi, Sepp Blatter a adressé une lettre aux «amis du football» – aux associations membres. Un courrier dans lequel il les remercie pour la confiance accordée lors de sa réélection, une semaine auparavant. Il les informe aussi qu’en dépit des événements, «la FIFA reste pleinement opérationnelle. Les programmes de développement continuent […].»

Une entreprise de conseils et gestion en marketing sportif du canton de St-Gall, Kentaro, a également fait l’objet d’une perquisition dans le cadre de la procédure menée par le Ministère public de la Confédération (MPC) à propos de l’attribution par la FIFA des coupes du monde 2018 et 2022. Le MPC a confirmé à l’ATS vendredi soir l’information du quotidien allemand Bild. (ATS)

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