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Jean-Luc Mélenchon

Je rédige ces lignes dans l’urgence après une fin de semaine spécialement occupée : le congrès du Parti de Gauche et le vote en Grèce ont mobilisé tout mon temps nuit et jour depuis jeudi dernier ! Je me trouve à présent à Strasbourg où le Parlement européen va devoir se prononcer sur le projet de Grand Marché Transatlantique. Je survole tout cela. Les vidéos de mes diverses interventions permettent à ceux qui veulent en savoir davantage sur mon point de vue de disposer d’un ample matériel. Je n’insiste donc pas. Mais je veux dire quelques mots d’ambiance à présent.

Cette semaine s’est joué un bras de fer terrible. Les dirigeants de l’Eurogroupe ont essayé de faire tomber le gouvernement grec. La réplique est venue : un appel au vote ! Et malgré un véritable blocus, le peuple grec a voté « non ». Désormais la situation est retournée. Si les puissants mettent la Grèce en banqueroute ils devront payer eux-mêmes la dette grecque en application des traités ce sujet ! Tel est pris qui croyait prendre !

En tous cas, je ne suis pas prêt d’oublier cette soirée de dimanche. De retour de l’émission sur RTL « Le Grand Jury », nous fîmes halte au « Y Grec », rue Godot de Mauroy, où Syriza-Paris a ses habitudes. Une petite foule joyeuse s’y était rassemblée et des chansons furent inventées sur place dans les rires et les embrassades à mesure que l’ampleur de notre victoire s’affirmait. Une nouvelle fois, les sondages truqués, les médias serviles et la foule de catéchumènes mercenaires se sont ridiculisés ! Leur haine et leur mauvaise foi a éclaté aussitôt passées les premières heures de stupeur, déchaînant de nouveaux torrents d’injures et de mensonges contre les grecs. Jubilatoire ! On se sentait revenu en 2005 !

D’ailleurs, depuis plusieurs jours, la matinale de France Inter et les éditos de Libération sentaient déjà à plein nez la hargne de cette époque, et le bourrage de crâne battait son plein ! J’avais appelé à se retrouver place de la République pensant relayer une consigne de Syriza Paris. On se retrouva donc à plusieurs centaines et sans doute plus d’un bon millier à l’heure dites, serrés au pied de la statue de la République. Après qu’on ait épuisé la répétition de nos chansons, j’improvisais un discours sans micro.

C’est alors que des jeunes gens décidèrent de répéter chacune de mes phrases ! Quelle scène inouïe pour nous tous ! C’est la première fois de ma longue vie militante que je vis une situation comme celle-ci. Si jamais la fonction de tribun du peuple a jamais eu un sens concret ce fut bien à cet instant où la foule et l’orateur parlent ensemble avec les mêmes mots ! Je veux dire que selon moi, à cet instant, la véritable Europe était là : celle de gens se sentant solidaires les uns des autres, émus les uns par le sort de autres et en communion avec leur combat. L’autre Europe, celle du fric et des postures médiatiques, se tortillait dans son venin seule et triste dans les salles de rédaction et les palis d’impuissance ! Le coup d’État contre Tsipras a échoué, la mobilisation populaire en est venu à bout, comme hier les pauvres du Venezuela ont sauvé Chavez du coup d’État fomenté par les USA et les élites sociales corrompues de ce pays.

Je ne veux pas oublier de vous recommander de ne tenir aucun compte de ce qui se dit que j’ai dit à propos de ma candidature pour 2017. C’est du manger pour la foire médiatique. Si la question vous intéresse, je vous renvoie à la vidéo de mon discours pour que vous puissiez bien comprendre la portée de mon raisonnement sur la stratégie que nous devons déployer dans le proche avenir sur ce sujet !

Il est impec’, le peuple grec, tra-la-la-la-lère !

Quelle superbe victoire ! Le peuple grec a dit « non » aux exigences du Fonds Monétaire international, de la Banque centrale européenne, et de l’Eurogroupe. Il a dit non à plus de 61% ! Avec 62% de participation, ce qui est beaucoup pour un vote convoqué en une semaine. Le « non » est majoritaire dans toutes les régions du pays. La légitimité du vote et du résultat est donc éclatante ! Comme nous l’avons chanté dimanche soir Place de la République à Paris « il a la classe, notre Tsipras », « il est impec’, le peuple grec » ! Cette victoire a été obtenue dans un climat inouï de propagande et de menaces contre le gouvernement Tsipras. La victoire n’en est que plus belle pour nous. La défaite n’en est que plus humiliante pour les autres. Comme ils feraient bien d’y réfléchir sérieusement ! Que se passerait-il si tous ceux qui ont demandé à Tsipras de démissionner en cas d’échec du référendum s’appliquaient à eux-mêmes leurs conseils ! Ils le mériteraient, car autant de moyens déployés pour aussi peu de résultats est une sévère correction ! Tous ceux qui espéraient la démission de Tsipras devraient démissionner eux-mêmes. A commencer par Martin Schulz, le président du Parlement européen, particulièrement actif dans les manœuvres contre Syrisa.

C’est une victoire du peuple contre l’oligarchie coalisée. La campagne avait un grand air de ressemblance avec la campagne de 2005 en France sur le traité constitutionnel européen. Quel déferlement de propagande, chantage, menaces et mensonges face au peuple et à notre à gauche ! C’est d’abord le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker demandant au peuple grec « de voter oui, quelle que soit la question » ! C’est ensuite François Hollande faisant pression insidieusement en agitant les épouvantails : « si c’est le “oui”, la négociation peut très facilement s’engager. Si c’est le “non”, on rentre dans une forme d’inconnu ». C’est évidemment Mme Merkel, détournant le sens de la question posée par Tsipras. Elle essayait de faire croire que le référendum ne portait pas sur l’acceptation de la proposition des créanciers mais qu’il « est évidemment lié au maintien dans l’euro ». C’est aussi Daniel Cohn-Bendit, plastronnant que « s’il était Grec, il voterait oui ». En France aussi, les eurocrates menaient campagne. C’est dire s’ils ont peur de la contagion. Ainsi Alain Juppé affirmant qu’il voterait « oui » lui-aussi. Et Nicolas Sarkozy éructant contre Tsipras : « Quel cynisme, quelle démagogie, quelle irresponsabilité ! M. Tsipras ne partage aucune de nos valeurs ». Il a raison sur ce deuxième point : Alexis Tsipras consulte son peuple quand Sarkozy a organisé le piétinement du vote de 2005 des Français.

La propagande a marché à plein régime. Sur les télévisions grecques, le « oui » avait portes ouvertes et le « non » portes closes. La guerre médiatique repose d’abord sur des armes de désinformation massive. Les médias français ont multiplié l’intox toute la semaine. Ainsi quand le site internet de BFMTV a écrit le mardi 30 juin que « le gouvernement grec pourrait appeler à voter “oui” au référendum » ! Rien de moins ! A peine plus mesuré, le site internet de 20 minutes écrivait le lendemain matin que « Athènes n’exclut en tout cas pas de suspendre le référendum prévu dimanche ». La palme revient comme souvent à Libération qui a passé la journée du 1er juillet à écrire que « Alexis Tsipras est prêt à accepter la plupart des demandes des créanciers ».

Ces grands esprits ce sont auto-intoxiqués ! Ils ont cru à leur propre propagande ! Comme ils croyaient depuis des mois que Tsipras allait finir par capituler. Patatras ! Alors que tous pariaient sur l’annulation du référendum, Tsipras a parlé. Et là, « coup de théâtre ! » comme l’a écrit le site internet du Point : « Tsipras confirme son appel à voter non » et le référendum ! Diantre, un dirigeant qui ne change pas d’avis en trois jours, comment est-ce possible ? Heureusement, Libé a trouvé la parade. Il suffit de garder le même article qu’avant mais en changeant seulement le titre !

Cette guerre médiatico-politique trahit le but politique recherché : faire tomber le gouvernement Tsipras pour forcer les Grecs à accepter la potion d’austérité supplémentaire. Ce n’est pas moi qui le dis. C’est Paul Krugman, prix Nobel d’économie en 2008. Sur son blog, il a écrit avant le référendum que « La Troïka a choisi de faire une offre à Tsipras qu’il ne peut pas accepter. Elle l’a fait en connaissance de cause. L’ultimatum est fait pour remplacer le gouvernement grec, ce qui devrait être perturbant pour tous ceux qui croient aux idéaux européens ». Nous sommes totalement d’accord. La proposition des créanciers était inacceptable. Elle était absurde économiquement : la poursuite de l’austérité aurait aggravé la crise, empêchant toute reprise de l’activité en Grèce. Et le principe d’un déblocage des versements par tranches mensuelles jusqu’en novembre actait la poursuite d’un chantage permanent sans donner aucun horizon de long terme à l’économie grecque. La proposition était dogmatique et stupide sur la question de la dette : en refusant de renégocier la dette grecque, les créanciers empêchent un règlement durable de la situation financière de la Grèce. Et en cherchant la rupture, les créanciers prennent la responsabilité de pousser la Grèce à un défaut total sur sa dette alors qu’une renégociation permettrait une solution équilibrée, efficace, durable et limitant les conséquences financières pour les créanciers eux-mêmes ! Le seul but des créanciers était de se sauver eux-mêmes : la quasi-totalité des sommes promises par les créanciers dans leur dernière proposition devaient servir à… rembourser les créanciers eux-mêmes, dans une fuite en avant qui ne règle aucun problème, au lieu de chercher une solution viable par une restructuration négociée de la dette !

C’était donc une provocation et un ultimatum. La crise a été provoquée de manière délibérée. A ce stade, il s’agissait pour la Grèce de rembourser au 30 juin, 1,5 milliard d’euros au FMI. Or, la BCE détient 1,9 milliard d’euros qu’elle doit à la Grèce. C’est l’argent des intérêts perçus par la BCE sur la dette grecque. En vertu des règles et des accords précédents, elle doit rendre cette somme à la Grèce. La Grèce avait donc l’argent pour payer le FMI. La BCE pouvait même verser directement l’argent au FMI ! Si cela n’a pas été fait, c’était pour étouffer Tsipras et le faire céder. Tsipras a eu le courage de résister et l’intelligence pour trouver la parade : faire appel au peuple.

Ce qui s’est joué, et se joue encore, est un coup d’Etat financier. Ce n’est pas moi qui le dis. C’est Arnaud Leparmentier, éditorialiste du journal Le Monde. Il l’a écrit dans son journal le 18 juin : « La Grèce doit trouver un accord avec les Européens. Signé par Alexis Tsipras ou un autre, peu importe. Il existe des précédents peu reluisants. C’était en novembre 2011, au G20 de Cannes, au plus fort de la crise de l’euro : le premier ministre grec, Georges Papandréou, et l’Italien Silvio Berlusconi avaient comparu au “tribunal de l’euro” devant Sarkozy, Merkel et… Obama. Bien sûr, ils ne furent pas renversés par un putsch comme de malheureuses démocrates sud-américaines victimes de la CIA. Mais, de retour dans leur pays, ils ont comme par miracle perdu leur majorité. Papandréou fut remplacé par le banquier central Papademos, et Berlusconi, par l’ex-commissaire européen Mario Monti. Imaginons donc un scénario de crise : (…) constitution d’un gouvernement d’union nationale, avec ou sans Tsipras ; (…) retour des négociateurs à Bruxelles-Canossa. Odieusement antidémocratique ? Les Grecs jouent au poker. Pourquoi pas nous ? ».

Les sociaux-démocrates allemands se sont particulièrement illustrés dans ces basses œuvres. C’est le prix à payer en tant qu’alliés de Mme Merkel au gouvernement de l’Allemagne. Ainsi Martin Schulz, président du Parlement européen. Pour lui « Alexis Tsipras est imprévisible et manipule les gens en Grèce, cela a presque un caractère démagogique ». Relevez au passage que les mots sont les mêmes pour cet ami de François Hollande que chez Sarkozy. Martin Schulz a surtout confié qu’il espérait la victoire du « oui », permettant « la fin de l’ère Syriza » et l’arrivée d’« un gouvernement de technocrates pour que nous puissions continuer à négocier » ! Là encore, comme Sarkozy qui avait appelé Tsipras a démissionner en cas de victoire du « oui » ! Au parti social-démocrate allemand, Martin Schulz n’est pas le seul sur cette ligne. Le président de son parti, Sigmar Gabriel avait donné la consigne. Il est aussi vice-chancelier d’Allemagne et ministre de l’Economie de Mme Merkel. Il appelait carrément à ce que Tsipras « annule le référendum ». Les sociaux-démocrates n’étaient déjà plus sociaux, désormais, ils ne sont même plus démocrates ! Il est même allé plus loin que Mme Merkel dans la désinformation. Alors que Merkel disait que le référendum était « lié au maintien dans l’euro », Sigmar Gabriel ne s’est pas embarrassé d’une telle subtilité. Pour lui, la question était « oui ou non au maintien dans la zone euro ».

Son hostilité l’a conduit à un aveu de taille. Il a en effet déclaré que le problème tenait au fait que le gouvernement grec veut en fait « politiquement, idéologiquement une autre zone euro » que celle qui existe. Or pour eux, les sociaux-démocrates européens, notamment allemands, sont convertis à l’ordo-libéralisme. Pour eux, le peuple est le problème. Il ne doit pas se mêler d’économie, ni même de politique d’ailleurs ! C’est ce qu’a dit crûment le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker en affirmant qu’ « il ne peut pas y avoir de choix démocratique contre les traités européens » quatre jours après l’élection de Tsipras en janvier ! Pour nous, le peuple est la solution. Cette victoire éclatante ouvre donc une nouvelle page en Europe. Le choix est désormais entre l’austérité et la démocratie. Le peuple grec a choisi son camp. Et nous avec lui !

Les créanciers doivent accepter de discuter, négocier et trouver un compromis. Ils doivent donc en rabattre sur leur intransigeance et leur arrogance. Il faut organiser la restructuration de la dette grecque. Commençons par décréter un moratoire pour discuter calmement des moyens techniques pour alléger le fardeau pour la Grèce. Mais le problème est plus global. La dette publique grecque n’est pas la seule dette illégitime et insoutenable en Europe. J’ai donc proposé que l’on organise une conférence européenne sur les dettes souveraines pour discuter du problème dans son ensemble et tenir compte des implications des décisions à prendre pour chaque pays sur ses voisins et l’équilibre financier en Europe. Evidemment, la France s’honorerait de prendre une telle initiative. Cette idée vient de l’ONU où a été constitué un comité sur les dettes souveraines illégitimes. Ce comité reproche à l’Europe de le tenir écarté de tous les débats de la zone sur cette question qui est pourtant vouée à avoir un impact mondial ! On notera que les pays de la vieille Europe dont la France de Hollande et l’Allemagne de Merkel ont voté contre la constitution de ce comité à l’ONU ! Telle est la duplicité de ces gens !

La balle est désormais dans les mains de l’Eurogroupe et de la Banque centrale européenne. La situation est la suivante : la Grèce ne veut pas sortir de la zone euro et aucun mécanisme n’existe dans les traités pour l’en exclure. Les discussions sur une éventuelle sortie de la zone euro sont donc de la propagande. Sauf à vouloir préparer les esprits à un coup de force supplémentaire, d’une ampleur inédite. La BCE peut techniquement éjecter de fait la Grèce de la zone euro. Il « suffit » pour cela de couper définitivement tout accès aux liquidités en euros aux banques grecques. Celles-ci s’écrouleront alors en quelques heures, obligeant le gouvernement grec à les nationaliser ou la banque de Grèce à leur fournir d’autres liquidités que des euros. Les conséquences sur le système bancaire et financier européen et mondial sont imprévisibles. Surtout, aucun traité ne prévoit ce droit pour la BCE ni pour personne dans l’Union européenne. L’euro est aussi la monnaie de la Grèce. Il lui appartient autant qu’aux autres. Le blocus monétaire en vigueur est déjà une agression. L’éjection de la Grèce serait un acte de guerre. En toute hypothèse, et quelque soit la forme, placer la Grece en banqueroute déclenchera les obligations du Mécanisme européen de stabilité financière. Vous savez, ce truc voté en douce en février 2011 contre lequel je m’épuisais en alerte dans ma campagne présidentielle pendant que les grands médias organisaient le passionnant débat sur la viande hallal dans les cantines….

Premier vote en Europe sur TAFTA

Mercredi 8 juillet, le Parlement européen se prononce sur le Grand Marché Transatlantique entre l’Union européenne et les États-Unis d’Amérique. Depuis que je combats ce projet et notamment depuis 2009 où je fus le seul candidat à mentionner son existence dans ma profession de foi européenne, tout a été rendu plus difficile à expliquer puisque le texte a changé plusieur fois de nom : les acronymes TAFTA ou TTIP après GMT ont bien embrouillé les pistes ! Le vote portera seulement sur un rapport d’initiative parlementaire. C’est-à-dire un texte sans aucune valeur juridique contraignante pour la Commission européenne ou le Conseil des chefs d’Etat. Il n’empêche, c’est un vote important. Un vote contre du Parlement européen serait une déflagration politique. Mais la droite et les sociaux-démocrates européens complotent ensemble pour que le texte soit adopté.

D’ailleurs, nous devions voter sur ce texte il y a un mois, le 10 juin. C’était sans compter les magouilles et l’autoritarisme de Martin Schulz, le président social-démocrate allemand du Parlement européen. La veille, le 9 juin, il a décidé tout seul que le vote serait reporté à plus tard, sans donner de nouvelle date. Pourquoi ? Officiellement en raison d’un trop grand nombre d’amendements empêchant un vote dans les conditions prévues initialement. Rires dans la salle, chacun se souvenant assez bien de ces séances où l’on vote en chaîne des dizaines d’amendements écrits et oraux a la cadence parfois d’un vote toutes les trois ou quatre secondes… Alors, le matin même, il a encore fait voter une motion repoussant aussi les débats ! Elle a été adoptée à 2 petites voix de majorité ! Ni voter ni débattre ! Du Schulz tout craché. Au Parlement européen comme en Grèce pour le « socialiste » Schulz, la démocratie est un encombrement. C’est que le malaise était bien plus profond. Si Schulz a reporté le vote, c’est qu’il craignait de le perdre !

En effet, le refus de ce projet grandit partout en Europe : ONG, syndicats, associations écologistes, défenseurs des libertés numériques… tous alertent sur le danger que représente ce projet d’accord de libre-échange et de libre-investissement entre les deux rives nord de l’Atlantique. Une question rend ce projet encore plus dangereux. C’est celle de la possibilité offerte aux firmes transnationales d’attaquer des décisions publiques devant des tribunaux privés d’arbitrage sur le modèle de celui qui a donné 400 millions d’euros à Bernard Tapie. C’est une remise en cause fondamentale de la souveraineté des États et de l’égalité devant la loi. Cette justice privée favorise aussi les copinages et les magouilles. Ces tribunaux d’arbitrage s’appellent en anglais ISDS – Investor-State-Dispute-Settlement : mécanisme de règlement des différends entre investisseurs et États. Derrière des formules tortueuses, les sociaux-démocrates européens se sont ralliés à ces tribunaux. Ils en contestent quelques modalités mais en acceptent le principe. C’est officiel depuis une réunion des dirigeants sociaux-démocrates européen à Madrid en février en présence de Manuel Valls.

Le report du vote prévu le 10 juin dernier était une première victoire. Je ne suis pas peu fier d’avoir été le premier, et le seul, à avoir parlé de ce sujet dans la campagne européenne de 2009 et dans la campagne présidentielle de 2012. A l’époque, on m’accusait de faire de « l’anti-américanisme primaire ». Mme Le Pen, elle, est une opposante de pacotille à ce Grand Marché Transatlantique. Le 28 mai dernier, la commission du Parlement européen chargé du Commerce international examinait le texte et discutait de ce projet funeste. Mme Le Pen est membre de cette commission. Elle n’était pas là pour ce débat et ce vote ! Son suppléant Aymeric Chauprade non plus d’ailleurs ! Pour ma part, j’ai voté contre le 31 mars dans la commission des Affaires étrangères où je siège.

Depuis 2009, sous la pression citoyenne, les écologistes ont rejoint le camp du « non » à ce traité alors que Daniel Cohn-Bendit a soutenu les premières résolutions en sa faveur. Désormais, il y a même des sociaux-démocrates pour s’opposer au texte. Je me souviens pourtant comment Benoît Hamon avait adopté sa première version au début du processus à la fin des années quatre-vingt-dix ! Mais ce sont évidemment les tribunaux d’arbitrage qu’ils ont le plus de mal à avaler ! Le 10 juin, une large partie d’entre eux menaçaient de ne pas voter la résolution proposée. Or, comme tous les textes au Parlement européen, cette résolution ne peut mathématiquement être adoptée qu’avec un accord entre la droite et les sociaux-démocrates ou au moins une large partie d’entre eux. C’est la grande coalition à l’allemande qui dirige l’Europe. Sans ces voix, Martin Schulz risquait de voir le texte rejeté. Il a donc préféré déterrer un article du règlement pour bâillonner le Parlement européen.

Depuis le 10 juin, Martin Schulz a donc travaillé pour « retourner » une partie des membres du groupe social-démocrate en faveur de ce projet. Le tout en lien avec le rapporteur du texte, un autre social-démocrate allemand. Pour ma part, mon opposition à ce projet de grand marché est constante et totale. Je suis contre cette nouvelle déréglementation des échanges puisque je prône un protectionnisme solidaire. Je suis contre les droits spécifiques reconnus aux multinationales et aux « investisseurs ». Je suis contre le renforcement de l’arrimage de l’Europe aux États-Unis au moment où ceux-ci nous espionnent et nous engagent dans une guerre contre la Russie en Ukraine. Je vote donc contre ce projet. Je ne serai pas seul, croyez-moi bien. Et une fois de plus il sera très intéressant de regarder comment chacun vote, notamment dans la délégation des socialistes. Et parmi eux, il faut regarder de près le vote des députés PS français.

 

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