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allègement de dette, élus incapable de prendre des décisions, bureaucrates non élus, rééchelonnement de la dette
Le «non» au référendum Grec s’illustre par un retour de la politique dans les subtils mécanismes de l’UE pour de nombreux commentateurs.
De nombreux commentateurs ont salué la décision du premier ministre grec, Alexis Tsipras, de tenir un référendum en Grèce; référendum qui s’est conclu par un «non» très net aux demandes des créditeurs et dont il est très difficile, au moment où j’écris de juger tous les tenants et aboutissants. Ils considèrent qu’il s’agit d’un «retour de la politique» dans les subtils mécanismes de l’Union européenne et de la zone euro.
Une telle grille de lecture implique que l’euro, sa crise qui dure depuis cinq ans et les tentatives pour y remédier sont le fait d’obscurs bureaucrates non élus qui œuvrent depuis Bruxelles (Jean-Claude Juncker et Jeroen Dijsselbloem), Francfort (Mario Draghi) ou encore Washington (Christine Lagarde).
Ce point de vue est bien trop simpliste à mes yeux, car il semble exonérer les dirigeants politiques élus de leur responsabilité dans la crise. Et cela ne reflète en rien la vérité.
Depuis le début, les politiques ont été aux commandes. La création de l’euro à la fin des années 1990 était un projet politique, pas économique. À l’époque, de nombreux économistes doutaient que l’euro survivrait à ses premières crises majeures.
Ce scepticisme trouvait son origine dans la manière dont l’union monétaire avait été construite, dépourvue des institutions majeures (comme une union bancaire, budgétaire ou sociale) nécessaires à son bon fonctionnement.
Dans son pamphlet sur l’Europe publié à l’automne dernier, l’ancien chancelier allemand Helmut Kohl avait souligné qu’il aurait souhaité que l’union monétaire soit précédée d’une certaine forme d’union politique.
Toutefois, ses partenaires européens (notamment François Mitterrand), qui ont négocié la création de l’Union monétaire européenne, y ont vu avant tout un moyen d’avoir à nouveau leur mot à dire sur la politique monétaire qui, dans les années 1990, était plus ou moins dictée par la Bundesbank.
La légende veut que le gouvernement grec ait maquillé ses chiffres pour entrer dans l’euro en 2002. Mais, même à l’époque, c’était un secret de polichinelle. C’est donc en toute connaissance de cause que Gerhard Schroeder, Jacques Chirac et leurs collègues ont admis la Grèce.
De plus, entre 2002 et 2009, aucun dirigeant politique européen n’a daigné souligner qu’il n’y avait pas la moindre mise en commun implicite des dettes des différents pays de la zone euro.
Cela a suscité chez les investisseurs un sentiment trompeur de sécurité, d’où la convergence des taux d’intérêt et l’endettement excessif du secteur privé (en Espagne et en Irlande, les célèbres «tigres» ibérique et celtique) et de l’Etat (dans le cas de la Grèce) entre 2002 et 2008.
Lorsque la crise a éclaté en Grèce en 2010, avoir impliqué le Fonds monétaire international était une décision politique, et ce alors que la zone euro est l’une des régions les plus riches du monde.
Cette décision a également été prise alors que tout le monde avait conscience que le FMI ne pourrait résoudre le problème de la dette en Grèce avec ses recettes habituelles (restructuration de la dette et dépréciation monétaire).
De plus, on vient d’apprendre par un document publié la semaine passée que, déjà à ce moment-là, le FMI prônait un rééchelonnement important de la dette grecque, qui aurait sans doute évité que la crise s’intensifie.
Ce fut également une décision politique de ne pas accorder à la Grèce un allègement de dette durable en 2011, car l’argent des contribuables de la zone euro était en jeu et qu’aucun dirigeant politique européen n’était disposé, dans son pays, à essuyer la colère de ses électeurs.
À présent, il y a encore plus d’argent des contribuables en jeu. L’actuel président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a dit un jour, dans une boutade restée célèbre: «Nous savons tous ce qu’il faut faire. Ce que nous ne savons pas, c’est comment être réélus après l’avoir fait.»
À mes yeux, la crise de l’euro n’est depuis le début non pas une crise façonnée par de sombre bureaucrates, mais bien par des politiques élus incapable de prendre des décisions qui fâchent. On vient de voir le résultat en Grèce d’avoir voulu repousser ces décisions aux calendes grecques.
* Chef économiste, UBS Wealth Management