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Le Figaro vient de publier un article à charge contre Anticor. Le fait que cette association se soit récemment constituée partie civile contre Serge Dassault, propriétaire de ce journal, est sans doute une coïncidence…
Dans cet article, Le Figaro a cru pertinent de rendre public des mails internes qui révèlent que les membres du conseil d’administration d’Anticor débattent entre eux avant de prendre une décision. On mesure l’étendue du scandale.
L’article tente également de soutenir la curieuse position de Patrick Buisson selon laquelle Anticor ne pourrait pas déposer de plaintes, notamment contre lui, au motif que… l’actuelle Garde des Sceaux a été membre du comité de parrainage de l’association avant de devenir ministre ! On a connu prise illégale d’intérêts plus flagrante.
Le Figaro conclut son propos ainsi : « Aujourd’hui, un membre d’Anticor explique que “la plainte de l’association contre Buisson a peut-être été un peu orientée par le cabinet Taubira et peut-être par la ministre elle-même”. CQFD. » On notera que, malgré la source anonyme et les deux « peut-être », l’auteure n’hésite pas à conclure d’un « CQFD » pour le moins optimiste.
Surtout, malgré son imagination, la journaliste n’explique pas comment Christiane Taubira, nommée ministre de la Justice, le 16 mai 2012, a pu « orienter » la plainte d’Anticor contre Patrick Buisson, déposée le… 10 février 2010 ! Quant à l’information judiciaire, elle n’a pas été déclenchée par le ministère public mais par un arrêt de la Cour de cassation, le 19 décembre 2012.
Quoi qu’il en soit, la déontologie journalistique s’oppose normalement à la mise en cause d’une personne physique ou morale sans permettre à cette dernière de se défendre. Or, aucun responsable d’Anticor n’a été invité à répondre à cette accusation.
Au final, cette pseudo démonstration, qui tend à faire croire qu’Anticor serait téléguidée par Christiane Taubira, est à ranger dans la catégorie des thèses complotistes. Et comme elle porte gravement atteinte à son honneur, Anticor a décidé de déposer plainte pour diffamation contre Le Figaro.
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Les liaisons dangereuses de Christiane Taubira et d’Anticor
Mis à jour le 10/11/2015 à 15:02
Par Anne Jouan

INFO LE FIGARO – Des courriels, échangés entre les membres de l’association anticorruption, montrent sa proximité avec la garde des Sceaux.
Qu’est-ce que la transparence? Peut-on faire partie d’une association anticorruption tout en étant ministre, plus précisément garde des Sceaux et donc responsable du parquet? L’ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, Patrick Buisson, avait déjà posé cette question en février 2013. À cette date, il portait plainte pour prise illégale d’intérêts à l’encontre de Christiane Taubira, lui reprochant d’être demeurée au comité de parrainage de l’association Anticor, partie civile contre lui. Cofondée par le juge anticorruption Éric Halphen, l’association entend notamment lutter contre la corruption et la fraude fiscale. En 2010, Anticor avait, de son côté, déposé plainte pour favoritisme et détournement de fonds publics dans le cadre de l’affaire des sondages commandés par l’Élysée de Nicolas Sarkozy. Anticor avait bien intenté une première action en 2010 mais l’enquête avait été bloquée par la cour d’appel de Paris en raison du régime d’inviolabilité du chef de l’État. Les deux actions font actuellement l’objet d’une instruction judiciaire.
Consultés parLe Figaro, les échanges de mails au sein d’Anticor, qui ont été transmis cet été à la juge Sabine Kheris, montrent combien «le cas Taubira» a, à l’époque, divisé ses membres. Fin 2012, la presse se fait l’écho de la volonté de Patrick Buisson d’attaquer Christiane Taubira. La ministre se fend d’une réponse sur son blog. Elle parle d’«un couic de déroute» de la part de l’ex-conseiller.
Une confusion des genres
Des membres d’Anticor réclament alors qu’elle quitte le comité de parrainage pour éviter les suspicions et le mélange des genres. «Au risque de paraître monomaniaque, il me semble plus qu’urgent que Taubira sorte du comité de parrainage et que soit inscrit dans les statuts qu’un ministre en exercice ne peut en faire partie», écrit Suzanne Devallet, membre du bureau le 19 décembre 2012. Elle ajoute: «Le cas Taubira est assez éloquent de la confusion exploitable que nous entretenons en laissant les choses en l’état (…). Assez original pour une association qui prône la transparence, non? Or de mon point de vue, perdre une certaine crédibilité auprès des citoyens (…), c’est briser ce qu’Anticor essaie de construire: la confiance.» Gabrielle Audefroy, coordinatrice nationale déplore, elle, le 13 novembre, «une confusion des genres».
Jean-Luc Trotignon, alors délégué national d’Anticor estime qu’il n’est pas possible de «l’en retirer, ce serait la désavouer» (13 novembre 2012). Ces dizaines de mails confirment les accointances entre l’association qui se veut «un plaidoyer pour la promotion d’une éthique de la vie politique» et la ministre de la Justice. «J’ai adressé un message au cabinet Taubira indiquant qu’Anticor était très sensible à sa réaction (sur son blog, NDLR) et que je demandais que cela lui soit transmis. Ce qui a été fait très rapidement», se félicite Jean-Luc Trotignon (14 novembre 2012). Puis le 19 décembre : «Il ne faut avoir aucun contact actuellement et pour un long moment avec CT (Christiane Taubira, NDLR), la moindre fuite d’un tel contact servirait tous ceux qui prétendent que nous agissons de connivence.» Jean-Pierre Guis, alors président de l’association, raconte même (13 novembre 2012) avoir appelé «une amie qui travaille au cabinet de Taubira pour lui transmettre ces infos».
Aujourd’hui, un membre d’Anticor explique que «la plainte de l’association contre Buisson a peut-être été un peu orientée par le cabinet Taubira et peut-être par la ministre elle-même». CQFD.
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