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En Grèce, rien ne semble vraiment prêt pour la mise en route du processus de relocalisation qui entre en vigueur ce lundi.
Les réfugiés arrivés sur l’île de Chios, à 7 km des côtes anatoliennes, dont beaucoup de femmes et d’enfants, sont démunis, comme nombre d’autres, face à leur probable renvoi en Turquie. Image: AFP
C’est ce lundi que doit entrer en vigueur l’accord visant «tous ceux qui ont illégalement pénétré en Europe en traversant la mer Egée», selon les mots mêmes de la chancelière allemande. Ces réfugiés-là pourront être ramenés en Turquie, avec l’aide d’officiers allemands et français de Frontex, l’organisation européenne de protection des frontières, grâce à la loi votée en urgence vendredi au parlement grec, modifiant les conditions d’accueil des réfugiés. Les organisations non gouvernementales relèvent que la demande d’asile est individuelle et donc incompatible avec le recours aux expulsions collectives. Elles craignent, en outre, que la Turquie s’affranchisse d’un certain nombre de règles en matière de respect des droits de l’homme pour renvoyer tous ces réfugiés en Syrie.
«Je ne sais plus quoi faire», s’indigne Zeïneb, une jeune institutrice irakienne, qui campe depuis des jours sur le port du Pirée, où s’entassent dans des conditions insalubres plus de 5000 personnes, parmi lesquelles de nombreux enfants. «Personne ne sait où et comment faire la demande d’asile, ici, en Grèce. On me renvoie d’un service à un autre. Depuis hier, il faut le faire par Skype. Mais sans aucun accusé de réception, ni numéro d’enregistrement. On attend sans savoir. Le désespoir nous gagne.»
Ce retard dans les procédures inquiète le gouvernement grec. Georges Kyristis, coordinateur pour la politique migratoire, explique que sur les 2300 officiers promis par l’UE en Grèce, seuls 200 sont arrivés. «Il nous manque des juristes et des interprètes qui auraient dû être là. Même le personnel de Frontex n’est pas encore arrivé.» Son inquiétude est palpable: «Ces gens désespérés ne peuvent que devenir violents. L’idée de cet accord était d’arrêter le flux de réfugiés venant en Europe des côtes turques, mais cela sera difficile de le faire de façon sereine, car nous ne voulons pas utiliser la force. Ce sont des gens qui fuient la guerre, ce ne sont pas des criminels.» De nombreux heurts se sont déjà produits ces derniers jours, entre réfugiés de différentes nationalités. Aussi bien dans les camps informels du Pirée que dans celui d’Idomeni, à la frontière gréco-macédonienne. Mais aussi dans les centres dits d’«accueil», transformés en une nuit en centres de rétention fermés.
Rached campe désormais au port de Chios, avec les 800 réfugiés qui se sont échappés du hotspot, fermant l’accès de l’île aux bateaux, empêchant toute activité touristique. «Tout cela va très mal finir, pour nous et pour les Grecs», se lamente-t-il. «Nous sommes tous piégés par cet accord.»