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La Gauche, L’armée en déroute, mousquetaires du centre-droit
par Luc BEYER de RYKE
C’est la rentrée. Le temps de remettre ses devoirs de vacances. Tâche laborieuse lorsque ce sont les présidentielles qui inspirent – ou découragent – la copie. Les civilisations sont mortelles proclamait Valéry. Que dire alors des partis. Le Général ne les tenait pas en haute estime. Il revint à Colombey. Longtemps, trop longtemps. À nouveau aux affaires il s’en accommoda en les bridant. Mais pour y réussir, il fallait être de Gaulle investi d’une légitimité admise par ceux-là même qui s’opposaient à lui. Sans grand risque de se tromper il prophétisa qu’après lui ce serait le « trop-plein ».
Aujourd’hui, à droite comme à gauche, cela déborde. Pas plus qu’en déclinant l’Europe, l’Europe, l’Europe, on ne pouvait la faire naître, on ne retrouvera un fédérateur des énergies françaises en clamant de Gaulle, de Gaulle, de Gaulle !
Tout en s’en inspirant on ne peut jouer qu’avec les cartes qui s’étalent devant nous.
Les mousquetaires du centre-droit
« Jouer » est d’ailleurs une expression impropre. Gouverner n’est pas un jeu. Ils sont pourtant légion à y prétendre. Confessons-le, bien peu sont crédibles quand bien même il leur arrive de dire des vérités. Ainsi François Fillon et ce mot qui fera date : « Qui imagine le Général de Gaulle mis en examen ? ». On est tenté d’applaudir une telle audace, de saluer cette sévérité drapée de rigueur, pour se rappeler ensuite que François Fillon a servi loyalement si longtemps celui qu’il dénonce et qui n’a pas attendu ce jour pour intéresser les juges…
Et Alain Juppé, meilleur au quai qu’à Matignon, humanisant aujourd’hui sa compétence technocratique, choisissant d’être plus consensuel que clivant, a connu une « interruption de carrière » rappelée avec insistance par ses adversaires. Cela étant, relevons qu’il a des circonstances atténuantes et que tous saluent en lui le maire qui a ressuscité Bordeaux.
Reste dans la bande des quatre prétendants sérieux, Bruno Lemaire. De la valeur, de l’énergie, de l’ambition et des dents rayant le parquet au nom de la jeunesse et du renouvellement. Un homme d’avenir et qui le fait savoir.
Et puis ? Un chapelet de candidats et de candidates (peu nombreuses elles) qui nous ferait noircir une page bien inutilement.
Les « éclats » de la gauche
D’une opposition déjà « kaléidoscopique » à une autre qui l’est tout autant. À cette différence près que l’alternance ne passera pas par elle. J’ai nommé les Écologistes, le Parti Communiste et l’électron libre qu’est Jean-Luc Mélenchon. Là aussi division, querelles d’égo, incertitudes font partie du quotidien.
Incertitude ? Pas pour Mélenchon. Lui, il y va. Envers et contre tout. Provocant, tonitruant. Il se fait passer en boucle les sorties et saillies de Georges Marchais. Il s’y exerce. Sans vraiment y arriver bien qu’excellent orateur.
Et les Communistes dans tout cela ? Ils sont pris dans la nasse. Pierre Laurent avec une bonne volonté touchante va prêcher à tous la nécessité d’une candidature unique issue de primaires.
Il l’a fait aux Lundis de la gauche à Fabien. Débats de qualité se traduisant par une totale impuissance. La coupole de béton de Niemeyer n’a laissé passer aucune espérance en ce sens.
À Angers, devant les « étudiants » de l’université d’été du PCF, un Pierre Laurent poussif au verbe laborieux a repris sa leçon. Didactique et toujours aussi vaine.
L’armée en déroute
Venons-en à ceux qui occupent les palais nationaux ou s’en évadent. François Hollande à l’Élysée est le général d’une armée en déroute.
Là aussi il me faudrait noircir du papier pour énumérer tous ceux et toutes celles qui, au fil des ans, au fil des mois, au fil des jours ont quitté le Gouvernement. C’est une hémorragie. Et voilà qu’Emmanuel Macron réussit à faire d’un non-événement le premier événement véritable des présidentielles.
Non-événement car depuis des semaines, sinon des mois, il s’agissait d’un départ annoncé. Pourtant lorsqu’il se produit la mappemonde pourrait s’arrêter de tourner car il n’y en a que pour lui.
Nous sommes dans un monde d’images. Celle de la navette fluviale le reconduisant à Bercy demeurera. L’attente d’une conférence de presse qui n’en n’est pas une puisque les questions ne sont pas autorisées. Le soir il s’explique sur TF1. Tout est orchestré, millimétré. Est-il candidat ? Il ne le dit pas. Seulement que, dès l’an prochain, il a pour ambition de « changer la France ».
« L’homme qui murmurait à l’oreille de François Hollande » a désormais davantage celle du Medef que celle de l’Élysée. Jusqu’à ce qu’il s’y installe. Ce qui est loin d’être fait. Mais l’important c’est qu’on en parle.
De l’intelligence, du savoir-faire, la trahison courtoise revêtue d’ambition parée de jeunesse et de renouveau. Bien des atouts grevés par un bilan aussi mince que critiqué. Hypothéqué par l’absence d’un vrai soutien partisan et la convergence d’un univers politique qui lui veut tout sauf du bien.
Reste que François Hollande, le navire amiral de ce jeu de combat naval, encaisse un coup au but tel qu’il ne pourra peut-être pas se représenter. Là aussi ce n’est qu’une hypothèse. Mais loin d’être une évidence, elle n’est pas écartée.
Embuscade
Dans les eaux troubles, attendant son heure, il est un navire de haut bord commandé par une femme. Le jour venu, Marine Le Pen fera feu de toutes pièces. Contrairement aux autres, même si sa nièce Marion rappelle son existence, elle exerce seule le commandement et la manœuvre. Ce jour-là, à gauche comme au centre-droit, il ne restera plus que le mur des lamentations pour s’épancher.