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Barack Obama avait déclaré que Donald Trump était « inapte à devenir le commandant en chef ». Donald Trump n’avait cessé de dénoncer « l’incompétence » de Barack Obama. Une élection plus tard, le premier a dû recevoir le second à la Maison-Blanche, jeudi, pour préparer la transition d’ici à la prestation de serment du nouveau Président, le 20 janvier.
Cette première rencontre entre les deux hommes, qui ne se connaissaient pas alors que Donald Trump fut proche des Clinton, ne pouvait qu’être lourde d’ironie et d’amertume. On se souvient que le candidat républicain avait estimé que Barack Obama passerait à l’Histoire pour avoir été le plus mauvais président des Etats-Unis. L’intéressé lui avait répondu que, lui au moins, passerait à la postérité comme Président. Et voilà que Donald Trump peut désormais lui rétorquer : « Moi aussi ».
La victoire du milliardaire new-yorkais laisse toujours l’Amérique abasourdie et l’on pouvait facilement lire, jeudi, sur le visage de Barack Obama, combien il était décontenancé par cette rencontre tenue pour impensable. La veille, le Président avait rappelé à ses compatriotes que la transition pacifique et ordonnée du pouvoir est la clé de voûte du système démocratique. Il a promis de ne pas ménager ses efforts pour que celle-ci soit un succès, malgré les divergences politiques, citant en exemple l’attitude de George W. Bush à son égard en 2008. « Nous ferons tout ce que nous pourrons pour que vous réussissiez, parce que si vous réussissez, c’est l’Amérique qui réussit », a-t-il dit à son hôte devant une poignée de journalistes présents.
« Un homme très bon »
Il fallait, au Président sortant, une solide dose de générosité pour se comporter ainsi envers son successeur. Certes, celui-ci a remisé au placard ses insultes de campagne pour saluer désormais en Barack Obama « un homme très bon » qu’il « respecte ». Il s’est félicité que l’entretien ait duré plus longtemps que prévu, et a émis le souhait qu’il y en ait beaucoup d’autres, ajoutant qu’il recevrait volontiers les conseils de son prédécesseur. Le candidat n’en a pas moins promis de démanteler les réalisations de Barack Obama et le Président élu a profité de son passage à la Maison-Blanche pour confirmer qu’il s’attaquerait dès son entrée en fonction à l’immigration, la réforme de l’assurance-maladie, la fiscalité et l’emploi.
Signe que la courtoisie de mise jeudi ne rimait pas avec sympathie ou empathie, Barack Obama a dérogé à une tradition en ne prévoyant pas de photo des deux couples présidentiels. Son épouse a, toutefois, reçu Melania Trump pour le thé dans les appartements privés de la Maison-Blanche, occasion pour l’actuelle et la future Premières Dames d’évoquer les habituels problèmes pratiques et notamment l’éducation des enfants dans cet environnement particulier. La troisième épouse de futur Président, de vingt-quatre ans sa cadette, a eu, avec lui, un fils aujourd’hui âgé de 10 ans.
Le ralliement des élus républicains
Si les honneurs de la Maison-Blanche lui ont été mesurés, Donald Trump s’en est consolé en appréciant le tapis rouge qu’avait déroulé, au Capitole, le speaker de la Chambre des représentants, Paul Ryan. Les deux hommes se détestent cordialement depuis que le second avait différé son soutien au premier à la fin des primaires, avant de reprendre ses distances après la diffusion des propos sexistes du candidat, le mois dernier. Mais le député du Wisconsin, qui rêve d’être reconduit au perchoir de la Chambre, n’a désormais plus de mots assez élogieux pour remercier le Président élu d’avoir sauvé la majorité républicaine au Congrès.
Le scrutin de mardi a montré, il est vrai, que les frondeurs au sein du parti avaient manifestement eu tort aux yeux de leur base électorale. Les seuls sénateurs républicains qui ont manqué leur réélection sont ceux qui avaient critiqué Donald Trump : Mark Kirk dans l’Illinois et Kelly Ayotte dans le New Hampshire. En revanche, leur compère Richard Burr, qui voue une admiration sans borne à l’homme d’affaires, a nettement remporté un affrontement qu’on disait mal engagé en Caroline du Nord. Aussi tout le monde rentre-t-il sagement dans le rang pour célébrer les mérites du Président élu. C’est le cas du sénateur de l’Arizona Jeff Flake qui, après avoir toujours dit qu’il ne pourrait pas voter pour Trump, se félicite aujourd’hui de sa victoire et se dit impatient de travailler avec lui.